Sortir l'industrie forestière des sentiers battus

Le 10 mai 2018

Rocher à l'Oiseau

Rocher à l'Oiseau
Gracieuseté : MRC de Pontiac

Un comté de l'ouest du Québec veut répondre à la demande croissante dans le domaine des bioproduits énergétiques et chimiques

Une étude réalisée par le Conseil national de recherches du Canada (CNRC) en collaboration avec Ressources naturelles Canada (RNCan) vise à permettre l'exploitation du potentiel insoupçonné d'une ressource qui existe depuis la nuit des temps : les arbres. Dans le cadre de cette étude, une analyse techno-économique et une analyse du cycle de vie ont été réalisées afin d'établir s'il était possible de convertir les résidus forestiers en produits à valeur ajoutée et en énergie. Soucieuse de trouver un usage pour les grandes quantités de bois de trituration laissées sur place à la suite de la fermeture de la dernière usine de pâtes et papiers en 2008, la municipalité régionale du comté de Pontiac (MRC de Pontiac), au Québec, a demandé l'aide du CNRC pour chercher des solutions.

Pendant plus d'un siècle, l'industrie forestière a été un pilier de l'économie du comté de Pontiac, qui fait face à la capitale nationale du Canada sur l'autre rive de la rivière des Outaouais. Toutefois, au cours des dernières années, l'industrie des pâtes et papiers a connu un important déclin, laissant dans son sillage des résidus ligneux et de vastes forêts, deux ressources qui pourraient désormais contribuer à l'essor des nouvelles industries locales axées sur la bioénergie et les produits biochimiques. Si la MRC de Pontiac parvient à mener sa vision à bien, cette collectivité pourrait bénéficier d'avantages considérables sur les plans économique et social.

Tirer le meilleur parti des ressources existantes

Des matières premières abondantes, des usines vacantes et des procédés technologiques matures sont des facteurs qui militent en faveur de la région. Non seulement les granules de bois produits au moyen de résidus ligneux sont-ils en forte demande sur le marché mondial, mais il en va également de même pour la cellulose et la lignine, deux composés organiques qui se trouvent dans le bois et qui peuvent être convertis en une variété de produits à valeur ajoutée. Pour réussir à percer les marchés des bioproduits énergétiques et chimiques, la MRC devra recourir à des procédés de transformation du bois hautement efficaces et avoir un modèle d'affaires bien conçu qui tient notamment compte des enjeux liés aux chaînes d'approvisionnement et de distribution ainsi qu'aux impacts environnementaux.

Un projet clé qui s'annonce prometteur

Étant donné que les ressources forestières revêtent une importance fondamentale dans le comté de Pontiac et qu'elles ont toujours fait partie de son profil socioéconomique, les dirigeants de la MRC ont tout naturellement souhaité les inclure dans une stratégie de développement qui a pour but :

  • d'accroître la compétitivité de la région;
  • de faire cadrer l'exploitation des ressources forestières avec les principes du développement durable et les orientations des gouvernements fédéral et provincial;
  • de souligner l'importance de la forêt tout en faisant la promotion de l'expertise des travailleurs de la MRC de Pontiac.

Cette stratégie de développement a débouché sur la création d'un projet initial concret dont les orientations globales trouvent leur inspiration dans le développement durable et l'innovation : le Centre de valorisation de la biomasse (CVB).

Le projet de CVB vise à relancer l'économie du Pontiac de façon durable, à créer des emplois de qualité et à produire des retombées directes et indirectes dans un secteur qui dispose d'amples ressources forestières. Le CVB répond en outre aux besoins et aux attentes exprimés par les intervenants locaux et le gouvernement du Québec.

Créer des partenariats

Fibre Pontiac, un organisme sans but lucratif, est en tête de l'initiative qui vise à implanter le Centre de valorisation de la biomasse (CVB) au cœur du comté de Pontiac grâce à l'établissement de partenariats avec des entreprises privées, des organismes gouvernementaux, tels que le CNRC et RNCan, les administrations municipales et le gouvernement fédéral.

Une première étape importante dans la réalisation de cet objectif consistait à mener une analyse techno-économique préliminaire afin de mieux comprendre la situation du Pontiac. En 2017, en collaboration avec RNCan, le CNRC a effectué une analyse du genre qui portait sur les points suivants :

  • évaluation des options de technologies pour la déconstruction du bois;
  • calcul du bilan de masse et d'énergie du projet de bioraffinerie intégrée;
  • calcul du coût à la livraison du sucre, des granules de bois et d'autres produits, tels que la lignine et la cellulose;
  • évaluation des émissions de gaz à effet de serre associées à chaque produit.

Après avoir pris connaissance de ce rapport, Fibre Pontiac prévoit de lancer une analyse de coûts détaillée concernant la création d'une bioraffinerie qui intégrerait des activités de granulation, une aire d'extraction et des unités combinées de production de chaleur et d'électricité. Fibre Pontiac estime que le CVB sera une bioraffinerie de pointe hautement efficace, viable d'un point de vue économique et environnemental.

« L'expertise scientifique du CNRC, à Ottawa, et de CanmetÉNERGIE, à Varennes, dans le domaine des technologies de transformation de la fibre de bois en des bioproduits à haute valeur ajoutée a permis de bien cibler des produits d'avenir pour la consommation industrielle et domestique », mentionne Pierre Vézina, président de Fibre Pontiac. « Nous disposons de scientifiques au Canada, au sein de ces deux organismes, nous permettant de nous hisser au premier rang dans la découverte et le développement de bioproduits recherchés à l'échelle mondiale. »

La recherche du CNRC pourrait influer sur l'avenir de la bioéconomie du pays

Les résultats de l'analyse techno-économique devraient avoir une incidence considérable, non seulement sur l'avenir du CVB, mais aussi sur l'évolution de l'industrie des bioproduits à l'échelle du Canada, particulièrement dans les régions où l'approvisionnement à long terme en biomasse ligneuse est fiable. L'étude met effectivement en lumière un modèle d'exploitation profitable qui peut englober des activités de sciage, la production de bioproduits chimiques et de granules de bois et la production combinée de chaleur et d'électricité.

« Après avoir effectué un examen préliminaire des diverses options pour la conversion de la biomasse ligneuse disponible, l'équipe multidisciplinaire a défini une voie de commercialisation durable, mentionne Farid Bensebaa, directeur de la R-D (intérimaire) du Centre de recherche sur les mines, l'énergie et l'environnement du CNRC. Ensuite, en nous fondant sur des critères économiques et environnementaux, nous avons comparé les meilleures technologies de déconstruction du bois existantes présentant un niveau de maturité technologique de moyen à élevé. »

Les résultats de l'analyse techno-économique devraient en outre influer sur les politiques fédérales en matière de bioéconomie, car ils permettront aux responsables des décisions d'accéder à des données techniques, économiques et environnementales détaillées. Grâce à son large éventail de compétences dans une multitude de domaines de recherche, le CNRC possède l'expertise technique et les installations requises pour procéder à ce type d'évaluation. Le CNRC peut compter sur une importante équipe multidisciplinaire et sur un réseau d'ingénieurs, de biologistes et de chimistes qui se spécialisent dans la bioconversion de résidus organiques en produits à valeur ajoutée et dans l'instrumentation et le contrôle des procédés. De plus, le CNRC collabore avec des clients et des municipalités en vue de concevoir et d'évaluer des solutions adaptées à leurs besoins et d'optimiser leurs opérations.

En 2015, lorsque les dirigeants de la MRC de Pontiac se sont mis au travail, ils n'avaient pas anticipé la magnitude et les retombées que leur projet pourrait éventuellement avoir. Grâce à l'appui soutenu du CNRC et de RNCan, le partenariat Fibre Pontiac est susceptible de contribuer à l'essor d'un secteur émergent et d'ouvrir de nouveaux champs de possibilités pour les collectivités canadiennes qui sont confrontées au déclin de l'industrie forestière.

La prochaine phase du projet, qui comprend une démonstration à l'échelle pilote de la bio-raffinerie et une production d'échantillons de contrôle des produits potentiels, est en cours de développement.

Pour en savoir davantage sur ce projet, communiquez avec Farid Bensebaa, directeur de la R-D (intérimaire) du Centre de recherche sur les mines, l'énergie et l'environnement du CNRC au 613-991-6347.

Restez branché

Abonnez-vous

Date de modification :