Bâtir des ponts qui dureront toute une vie

Le 25 mars 2015— Cornwall (Ontario)

Des résultats coulés dans le béton

Parmi les chaussées et les ponts qui, dans les villes canadiennes, subissent les agressions d'un rude climat, d'une circulation incessante, du sel de déglaçage et des pluies acides se trouve un pont prêt à résister à l'usure du temps. En effet, le tablier du pont du Canal, faisant partie du pont international de la voie maritime, à Cornwall, en Ontario, est fait d'un béton « nouveau genre » qui devrait nécessiter moins d'entretien que la plupart des 80 000 autres ponts du pays. Ceci garantira des déplacements sûrs et efficaces à quelque 2,3 millions de conducteurs qui l'empruntent chaque année.

Habituellement, lorsque construit avec du béton ordinaire, un tablier de pont peut durer environ un quart de siècle avant d'avoir à subir d'importantes réfections ou d'être remplacé. Dans des conditions similaires, le nouveau type de béton, mis au point par le Conseil national de recherches du Canada (CNRC), ne devrait pas exiger de réfections majeures avant cent ans, selon des estimations. Ce béton se contracte très peu lorsqu'il sèche et se caractérise par une très faible perméabilité à l'eau et aux sels de déglaçage, ce qui lui assure une meilleure protection contre la corrosion des barres d'armature en acier qui le renforcent.

La Société des ponts fédéraux Limitée (SPFL), propriétaire du pont de Cornwall, qui a participé à l'élaboration de ce béton à haute performance, plaçait une telle confiance dans les capacités du produit qu'elle n'a pu s'empêcher d'y recourir pour construire le nouveau pont.

Mieux servir les mordus de la route

Trouver le bon mélange d'ingrédients est un processus complexe qui allie l'expérimentation à diverses technologies propres au béton. En effet, il faut déterminer les proportions adéquates de sables spéciaux, de gros agrégats, de ciment, de produits chimiques tels des adjuvants, et d'eau, puis tester les mélanges en laboratoire et sur le terrain. Grâce aux apports, au soutien et à l'expertise de partenaires des secteurs public et privé, comme la SPFL, Transports Québec, la Commission de la capitale nationale et la Ville d'Ottawa ainsi que W.R. Grace, Lafarge North America et Northeast Solite, le nouveau béton offre d'innombrables avantages à l'industrie de la construction, aux propriétaires de ponts et à tous les voyageurs qui les traversent.

« Pour ce projet, nous avons décidé de nous concentrer sur les ponts, car leur durabilité limitée peut s'avérer onéreuse tout en engendrant maints désagréments si l'on n'entreprend pas les réparations aux moments opportuns », déclare Daniel Cusson, agent de recherche principal du programme Infrastructures essentielles en béton (IEB) du CNRC. « Un pont en réfection est souvent synonyme de retards ou de déviations pour ceux qui doivent l'emprunter afin d'arriver à destination ou pour les camionneurs qui ont des horaires de livraison à respecter. »

Depuis qu'il est placé, il y a deux ans, le béton ne présente aucune fissure mesurable ni le retrait typiquement observé sur les tabliers de ponts semblables en béton à haute résistance. « Le CNRC a tenu à superviser la fabrication in situ du mélange de béton pour s'assurer qu'on employait toujours les bons ingrédients dans les bonnes proportions et que les conditions étaient idéales lors du bétonnage », explique Glenn Hewus, premier vice-président de la SPFL.

Faire le pont entre coût et longévité

En plus de créer un produit de première qualité, le partenariat pluridisciplinaire a permis de mettre au point une solution pratique qui améliore des infrastructures de transport essentielles au Canada et ailleurs. La durabilité, la résistance et la sécurité du nouveau béton réduiront aussi la durée et le coût de l'entretien pour les propriétaires de ponts comme pour les contribuables.

Bien que le béton à haute performance ne soit pas une nouveauté, tient à préciser M. Hewus, la formule élaborée par le CNRC coûte considérablement moins cher que le béton offert sur le marché au terme de sa vie utile. « Certes, notre béton peut coûter 20 pour cent de plus que le béton usuel, mais les coûts épargnés grâce à sa grande durabilité se solderont non seulement par une économie à long terme, mais aussi par un meilleur rendement des investissements, souvent remboursables en l'espace de cinq à sept ans. »

Avec de tels avantages économiques et techniques, comparativement aux autres bétons à haute performance disponibles sur le marché, on songe désormais à utiliser la formule du CNRC pour d'autres ponts dont on projette de construire au Canada. « Le CNRC offre un important service de génie au pays, un service dont les retombées débordent les frontières canadiennes », conclut M. Hewus. Et les résultats remarquables de cette première utilisation indiquent clairement que cette nouvelle solution fera beaucoup de chemin.

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