La mousse de titane du CNRC promet un meilleur traitement des fractures du scaphoïde

Le 01 février 2012— Ottawa (Ontario)

Sheldon Souray – un défenseur de la LNH de haute taille au lancer frappé foudroyant – n’en est pas à la première blessure de sa carrière. Par deux fois, il a notamment subi une intervention chirurgicale consécutivement à une fracture du scaphoïde, os guère plus gros qu’un dé à coudre à la base du pouce. Pareilles lésions surviennent habituellement chez ceux qui projettent les mains en avant pour amortir une chute. Bien que fréquentes, ces fractures ont pour réputation d’être très difficiles à soigner. 

Les fractures du scaphoïde passent aisément inaperçues aux rayons X. Parfois, on diagnostique par erreur une foulure et ce type de fracture guérit mal – même quand on plâtre la main ou que le médecin implante une vis. Néanmoins, une vis innovatrice en mousse de titane – inventée par le chercheur du CNRC Louis-Philippe Lefebvre et par les chirurgiens orthopédistes Paul Martineau et Ed Harvey, de l’Université McGill – pourrait accélérer la guérison tout en atténuant considérablement la douleur et les malaises que ressentent les personnes aux prises avec de telles blessures. 

« Le scaphoïde est vraiment un sale os à briser », affirme le Dr Martineau. « Les gens croient souvent qu’ils se sont foulé le pouce et décident d’endurer le mal. Parfois, ils nous arrivent deux ans plus tard en proie à des douleurs atroces. » 

Au rang des 10 meilleures inventions

M. Lefebvre et le Dr Martineau ont presque terminé les essais biomécaniques sur leur vis. Celle-ci devra ensuite être testée sur des animaux avant qu’on en autorise l’application à l’être humain. Mais les chercheurs ont d’ores et déjà été loués pour leurs efforts. En effet, dans son numéro de février 2012, le populaire magazine Québec Science classait le dispositif parmi les 10 meilleures inventions recensées dans la province l’an dernier, en priant ses lecteurs de voter pour leur préférée. 

Louis-Philippe Lefebvre et Jean-Paul Nadeau

Louis-Philippe Lefebvre, du CNRC, et son collègue Jean-Paul Nadeau examinent la radiographie d’une fracture du scaphoïde et de leur vis en mousse de titane.

M. Lefebvre, qui travaille aux installations du CNRC spécialisées dans les matériaux industriels, à Boucherville (Québec), s’intéresse au titane depuis près d’une décennie. Ce métal robuste mais léger, qui résiste à la corrosion, se retrouve dans des centaines d’articles, des rallonges pour forets aux pièces de moteur à réaction, en passant par les clubs de golf. M. Lefebvre en a ajouté un à la liste. 

Fabrication de la mousse

Pour fabriquer la mousse de titane, il mêle de la poudre de ce métal à un polymère de liaison en poudre et à un agent moussant, puis verse le mélange dans un moule avant de chauffer celui-ci. L’agent moussant agit à la manière du bicarbonate de soude dans la pâte à pain ou les préparations pour gâteau : en se décomposant sous l’action de la chaleur, il forme des bulles de gaz, ce qui rend la vis en titane poreuse. 

Le CNRC a déjà accordé des licences d’exploitation pour cette technologie à plusieurs entreprises. Une d’elles s’en sert dans des applications vétérinaires, pour traiter les maladies affectant les ligaments croisés. Une autre envisage d’y recourir pour fabriquer des prothèses de la hanche; une troisième, des implants dentaires, et une quatrième, des échangeurs de chaleur pour ordinateur. 

Bien que les implants en titane ne datent pas d’hier, en chirurgie orthopédique, « nous avons réalisé que les chirurgiens s’intéressent aux articles en titane poreux parce que le lien avec les os s’établirait mieux », confie M. Lefebvre.

Vis en mousse de titane et matériel employé pour les introduire dans l’os.

De meilleurs résultats pour les patients

L’insertion d’une vis en mousse de titane au centre du scaphoïde devrait se solder par de meilleurs résultats pour le patient en raison de deux particularités. Tout d’abord, la vis a une âme creuse, si bien que le chirurgien peut y injecter des substances qui stimuleront la formation du tissu osseux (un facteur de croissance, par exemple). En second lieu, le tissu osseux peut croître dans les pores superficiels de la vis, ce qui signifie que l’os adhérera plus solidement à l’implant. 

Le Dr Martineau est persuadé qu’on approuvera l’usage de la vis en mousse de titane pour les humains. « Si cette vis donne les résultats escomptés avec le scaphoïde, rien n’interdit d’en fabriquer de plus grandes pour soigner d’autres fractures », ajoute-t-il.

Renseignements : Relations avec les médias
Conseil national de recherches Canada
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