Un outil en ligne gonfle la productivité des traducteurs

Le 27 janvier 2012— Ottawa (Ontario)

Le Conseil national de recherches du Canada a créé un outil de traduction qui, estime-t-on, épargne annuellement des millions de dollars à cette industrie langagière. WeBiText, dont le CNRC a cédé l’exploitation sous licence à l’entreprise montréalaise Terminotix inc., permet au traducteur de chercher rapidement en ligne des termes et des expressions déjà traduits afin de repérer ceux qui conviennent le mieux à son travail. 

Grâce à sa convivialité, l’instrument épargne quotidiennement au traducteur d’innombrables minutes qu’il consacrerait normalement à chercher des « équivalences » aux termes ou expressions techniques. « Nous étions persuadés que le changement de technologie aurait une utilité immédiate », confie Alain Désilets, un chercheur du CNRC, à Ottawa. Sans doute le doit-on au fait que son équipe savait avec précision ce dont les traducteurs avaient réellement besoin. 

WeBiText permet au traducteur de trouver rapidement des termes et expressions déjà traduits en ligne.

Au printemps de 2007, M. Désilets – et ses partenaires de l’Université du Québec en Outaouais (Louise Brunette, Christianne Melançon et Geneviève Patenaude) – commençaient à observer des professionnels de la traduction au travail, dans plusieurs sites industriels du Canada et d’Europe. Leur constatation : le traducteur passe jusqu’à 10 minutes à chercher des mots employés de manière comparable sur une multitude de sites Web. La démarche, aussi laborieuse qu’elle peut être exaspérante, repose aussi sur la connaissance qu’a le traducteur des sites où il est le plus susceptible de dénicher les « équivalences » dans son domaine. 

Accès rapide aux pages Web

Selon M. Désilets, l’idée derrière le logiciel, qui donne rapidement accès à dix millions de pages Web du gouvernement canadien et d’autres sites, consistait à automatiser la recherche de termes ou d’expressions équivalents. « Nous savions que cet outil trouverait parfaitement sa place. » 

Cette initiative du CNRC appuie la Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013, qui promeut la stratégie en matière de langues officielles. Cependant, puisqu’il permet à l’utilisateur d’effectuer des recherches dans 30 langues – et leur nombre augmentera indubitablement dans l’avenir –, WeBiText dépasse largement ce pour quoi il a été créé au départ. En effet, avec des langues comme l’inuktitut, le créole et le lithuanien, le logiciel reçoit environ 10 000 demandes par jour d’un millier d’utilisateurs. De plus, le traducteur peut l’adapter facilement en fonction de ses besoins. 

En se fiant aux données relatives aux coûts enregistrés par les traducteurs et aux statistiques qui précèdent concernant l’utilisation du logiciel, le CNRC estime que WeBiText a déjà épargné à l’industrie langagière environ 3,3 millions de dollars annuellement en temps de travail. Et ces économies ne feront que grandir lorsque d’autres traducteurs apprendront l’existence du nouvel outil. Les traducteurs, les rédacteurs, les terminologues et les réviseurs contraints de corriger ou d’écrire des textes dans plusieurs langues pourront eux aussi y recourir contre de modestes frais d’abonnement annuels. 

Possibilité d’exportation

WeBiText pourrait être exploité hors du Canada, car le logiciel accepte une longue liste de langues, précise Jean-François Richard, président de Terminotix. Pour l’entreprise, cette fonction laisse entrevoir d’importants débouchés à l’étranger. 

Selon l’agent de développement commercial du CNRC Michel Mellinger, qui a concouru à commercialiser la technologie, l’idée à la base de WeBiText est simple en soi, mais la mettre en pratique ne s’est pas avéré si aisé. Il est enchanté que le CNRC soit parvenu à concevoir un produit prêt à être exploité en si peu de temps. 

« La hausse de rendement et la plus grande satisfaction au travail que les traducteurs retirent de ce service sont déjà manifestes, affirme-t-il. Le traducteur aspire à une traduction de qualité. Il disposera dorénavant d’un outil précieux qui lui permettra d’en produire une, tout en lui libérant un peu de temps, qu’il emploiera pour ce qu’il fait le mieux. » 

WeBiText fonctionne particulièrement bien sur certains sites Web, notamment ceux du gouvernement canadien, qui existent dans les deux langues officielles et relient les pages anglaises et françaises d’une manière uniforme. Néanmoins, la qualité du contenu Web varie d’une langue à l’autre, selon la documentation disponible à la source. Ainsi, le formidable séisme qui a secoué Haïti en 2010 a déclenché la recherche de sites anglais-créole en mesure d’autoriser des traductions plus précises à l’intention des équipes de secours internationales. L’équipe WeBiText a trouvé relativement peu de sites de cette nature. 

Traductions de l’inuktitut à l’anglais

Les chercheurs du CNRC ont connu un plus grand succès avec d’autres langues tels l’espagnol, l’allemand et, fait surprenant, le gallois. Le système donne aussi de bons résultats avec l’inuktitut, grâce aux travaux de Benoit Farley, du CNRC, qui a élaboré plusieurs outils de recherche pour cet idiome. Il s’agit d’un volet important du projet, car, auparavant, les traducteurs ne disposaient pas d’outils pour les aider à convertir les textes de l’inuktitut à l’anglais. WeBiText propose la langue des Inuits sous forme syllabique ou dans l’alphabet latin. 

Les traducteurs et les technologues parlent rarement le même langage, pense M. Désilets, qui effectue des recherches sur les technologies langagières comme la reconnaissance de la voix depuis 1995. « Par bonheur, mon équipe (dont fait aussi partie Marta Stojanovic) comprend les traducteurs, de sorte qu’elle est exceptionnellement bien placée pour élaborer des outils qui leur plairont et qu’ils adopteront facilement. » 

M. Désilets qualifie WeBiText de succès, dans le contexte de l’initiative prise par le CNRC pour appuyer la Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013. Il espère que son équipe proposera un autre outil de traduction d’ici trois à cinq ans. Celui-ci pourrait être conçu pour épauler les interprètes, tenus de traduire en temps réel, souvent dans des conditions difficiles. 

Renseignements : Relations avec les médias
Conseil national de recherches Canada
613-991-1431
media@nrc-cnrc.gc.ca

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