ARCHIVÉ - Fuir une plateforme de forage sur la mer gelée

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Le 01 juin 2009— St. John's (Terre-Neuve-et-Labrador)

Lorsqu'un incendie ou un autre drame frappe une plateforme de forage pétrolière extracôtière, les plans de sortie, d'évacuation et de sauvetage (SES) gravitent autour d'hélicoptères, de navires, voire d'embarcations qu'on jette à l'eau d'une hauteur appréciable. Malheureusement, dans la mer de Beaufort canadienne, les conditions météorologiques polaires peuvent bloquer les hélicoptères au sol ou geler la surface de l'océan durant plusieurs mois consécutifs.

C'est pourquoi les chercheurs du Centre d'hydraulique canadien du CNRC (CHC-CNRC) accumulent images satellitaires et études sur le terrain relatives à la glace. Grâce à leur analyse, ils espèrent pouvoir aider les organismes de réglementation et les exploitants de plateformes à planifier une évacuation plus sécuritaire, que l'eau soit liquide ou solide. Ces travaux se greffent bien à un programme plus ambitieux dirigé par l'Institut des technologies océaniques du CNRC (ITO-CNRC), à St. John's, visant à rehausser les capacités SES du Canada.

Selon Anne Barker, du CHC-CNRC, dans les années 1970, les premières plateformes d'exploration étaient érigées sur des îlots artificiels construits en draguant le fond de la mer de Beaufort peu profonde. Les plans rudimentaires d'évacuation consistaient alors à émailler la glace de conteneurs à l'épreuve des ours polaires, remplis d'équipement de sauvetage. Après le forage de reconnaissance, la plateforme était démontée et on laissait l'îlot s'éroder.

La chercheuse du CHC-CNRC, Anne Barker, dans la mer de Beaufort. La paroi à pic engendrée par la pression de la banquise à la lisière d'un champ de glace illustre bien les obstacles qui peuvent ralentir l'évacuation d'une plateforme d'exploitation pétrolière.

La chercheuse du CHC-CNRC, Anne Barker, dans la mer de Beaufort. La paroi à pic engendrée par la pression de la banquise à la lisière d'un champ de glace illustre bien les obstacles qui peuvent ralentir l'évacuation d'une plateforme d'exploitation pétrolière.

« Mais il y a beaucoup de gaz dans l'Arctique, explique Mme Barker. Si un gazoduc se rend jusque-là ou si les réserves ordinaires d'hydrocarbures viennent à s'épuiser, on pourrait se tourner vers la mer de Beaufort. Nous devons être prêts à répondre à cette éventualité. »

Il y a six ans, le CHC-CNRC a donc commencé à se pencher sur la sécurité du personnel des plateformes, avec le concours des spécialistes travaillant pour l'Initiative en technologie et en innovation sur les changements climatiques et le Programme de recherche et de développement énergétiques, que coordonne Ressources naturelles Canada.

Le projet de « sortie, évacuation et sauvetage »

Le vaste projet de SES (sortie, évacuation et sauvetage), dirigé conjointement par l'Institut des technologies océaniques du CNRC et l'Université Memorial de St. John's, associe l'industrie, les organismes de réglementation et de secours, les universités et les organismes gouvernementaux en vue de minimiser les risques et d'accroître la sécurité du personnel en mer.

Jusqu'à présent, l'équipe du projet de SES, dirigée par António Simões Ré de l'ITO-CNRC, a testé différents concepts de coque d'embarcation dans la banquise et la houle. On a ainsi constaté que les embarcations ne convenaient ni dans la banquise de la mer de Beaufort, ni au large de la côte est du Canada.

Parmi les autres réalisations, mentionnons une base de données et un site Web donnant accès à un corpus d'informations sur le concept SES; des tests établissant des valeurs repères pour divers systèmes d'évacuation maritimes; et l'élaboration de nouveaux logiciels servant à évaluer l'équipement de sauvetage, ce qui aidera éventuellement les constructeurs de navires et les armateurs à optimiser les systèmes d'évacuation en fonction du climat et de la zone géographique.

Dans le cadre de cette initiative, l'équipe teste en permanence des systèmes de sécurité maritime dans des conditions extrêmes afin d'actualiser les normes sur l'équipement, tout en transférant les résultats des travaux de recherche et les nouvelles technologies au secteur privé.

Parmi les activités dirigées actuellement par Simões Ré, mentionnons l'élaboration de tests normalisés pour évaluer divers systèmes d'évacuation, l'étude de mécanismes de libération en chute libre des embarcations de sauvetage dans différentes conditions climatiques et maritimes, l'essai d'embarcations de sauvetage dans des conditions variables pour mieux renseigner les organismes de recherche et sauvetage, et le partage des données avec les intéressés.

La mer de Beaufort canadienne est réputée pour connaître les pires conditions de glace au monde. Cet environnement gelé varie considérablement au long de l'année, ce qui rend la conception de systèmes d'évacuation convenables particulièrement délicate. L'équipe de Mme Barker se concentre sur l'accumulation de glace, recourant aux anciens sites d'exploration comme de véritables laboratoires afin de cerner et de surmonter les obstacles à l'élaboration de méthodes d'évacuation sécuritaires.

Le vent et les courants poussent les nappes de glace contre les caissons des plateformes. Naît alors un véritable chaos de blocs de glace sur une superficie pouvant atteindre un kilomètre de long et 500 mètres de large, et les empilements dépassent parfois de sept mètres le niveau de la mer. Au printemps et à l'automne, les brise-glace facilitent l'évacuation en creusant dans la banquise des canaux que pourront emprunter les canots de sauvetage. En hiver cependant, la glace est plus épaisse et il arrive qu'elle atteigne le fond, créant ainsi autour de la plateforme un bouclier qui interdit l'accès aux brise-glace ou aux embarcations de sauvetage.

Ces champs de glaçons cachent de profondes fissures, des coudes, des pentes, des falaises et d'énormes blocs qui, lorsqu'il neige ou qu'il y a tempête, peuvent arrêter net même les véhicules à chenilles articulés rappelant les blindés de l'armée. Ce qui serait une paisible randonnée de dix minutes sur une piste d'un demi-kilomètre en terrain plat devient vite une équipée de deux heures aussi périlleuse qu'exténuante. Selon Mme Barker, dans certaines conditions, un bulldozer pourrait dégager un passage jusqu'à des refuges temporaires bâtis au préalable à une distance sécuritaire. L'équipage y attendrait les secours en sécurité et dans un certain confort. Le premier abri du genre a été déployé dans la mer de Beaufort en 2005.

Étant donné qu'elles varient selon l'endroit, la saison et l'année, les conditions de glace compliquent énormément l'élaboration de plans d'urgence dans l'Arctique canadien. C'est pourquoi les agents de réglementation, les planificateurs et les personnes travaillant sur les plateformes ont besoin d'une aide sophistiquée pour choisir la solution adéquate en tout temps.

« Un des aspects les plus fascinants de la glace, mais aussi un des plus énervants, est qu'il y a tant de variables », avoue Mme Barker.

Le CHC-CNRC a condensé les résultats de ses recherches sous forme de tableaux à l'intention des organismes de réglementation et de l'industrie. Un premier tableau demande aux exploitants de plateforme de répondre par oui ou non à une série de questions qui les aideront à établir si un refuge constitue une solution valable dans des conditions précises. Un second tableau aide les concepteurs de plateforme à évaluer la logistique, la préparation détaillée et l'installation des abris. Enfin, un troisième tableau, en cours d'élaboration, élargira la portée au-delà des champs de glace dans la glace de rive, de manière à couvrir les évacuations au printemps et à l'automne, dans l'eau libre ou la banquise.

« L'Organisation internationale de normalisation (ISO) publiera bientôt un guide consacré aux ouvrages dans l'Arctique. Avec plusieurs de mes collègues, j'ai participé au comité qui a contribué à élaborer ces règles, déclare Mme Barker. Nous espérons que les organismes de réglementation et les sociétés pétrolières s'en serviront pour établir si les plans d'évacuation de plateforme qui prévoient des abris sur la glace sont réalisables. »

Renseignements : Relations avec les médias
Conseil national de recherches Canada
613-991-1431
media@nrc-cnrc.gc.ca

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