ARCHIVÉ - Une nouvelle utilisation d'un médicament déjà connu

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Le 07 février 2007— Ottawa (Ontario)

Les personnes qui souffrent d'asthme ou d'un blocage cardiaque (maladie caractérisée par le ralentissement des battements du coeur) l'utilisent. On le vend sous plus d'une centaine de marques, dont Aleudrin et Isuprel. On pourra bientôt l'utiliser sous forme de simples gouttes pour les yeux pour aider à prévenir la cataracte, la principale cause de cécité dans le monde. Son nom? L'isoprotérénol. Des scientifiques du CNRC ont en effet trouvé une nouvelle utilisation pour ce médicament dont le marché potentiel en Amérique du Nord et en Europe de l'Ouest pourrait dépasser les 8 milliards de dollars annuellement.

Une scène de la vie familiale comme elle pourrait être perçue par une personne ayant des cataractes. Photo courtoisie du : National Eye Institute, membre des instituts nationaux de santé des États-Unis (NIH).
Une scène de la vie familiale comme elle pourrait être perçue par une personne ayant des cataractes. Photo courtoisie du : National Eye Institute, membre des instituts nationaux de santé des États-Unis (NIH).

Ils ont découvert que l'isoprotérénol pouvait empêcher la glycation, un ensemble de réactions qui entraîne la dégradation des protéines, des acides nucléiques et des lipides par les sucres et qui est l'une des principales causes de la cataracte. La glycation augmente avec l'âge, mais elle peut être hâtée par le diabète et le tabagisme, deux facteurs de risque élevé pour l'apparition de la cataracte.

Les gens qui souffrent de diabète courent 60 % plus de risques de développer une cataracte et ils ont tendance à la développer beaucoup plus tôt. On estime qu'en retardant la formation des cataractes de dix ans, on pourrait réduire la prévalence de cette maladie de 45 %. Cela aurait une grande incidence sur la qualité de vie des gens atteints de diabète et réduirait substantiellement les coûts qui en découlent pour notre système de soins de santé. Présentement au Canada, le traitement chirurgical de la cataracte est l'un des cinq domaines où les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux travaillent ensemble pour réduire les délais d'attente. En prévenant la formation des cataractes, on pourrait réduire grandement ces délais d'attente, voire même les éliminer complètement.

Vision normale. Photo courtoisie du : National Eye Institute, membre des instituts nationaux de santé des États-Unis (NIH).
Vision normale. Photo courtoisie du : National Eye Institute, membre des instituts nationaux de santé des États-Unis (NIH).

Yasuo Konishi et ses collègues de l'Institut de recherche en biotechnologie du CNRC (IRB-CNRC) ont testé plus de 2 000 médicaments existants pour trouver des composés capables d'inhiber la glycation. Ils ont découvert que les épinéphrines – dont fait partie l'isoprotérénol – sont de puissants agents anti-glycation.

La découverte d'une nouvelle molécule est un processus long et coûteux, explique M. Konishi, mais « trouver de nouvelles applications pour des médicaments existants comporte à la fois peu de risques et beaucoup d'avantages ». C'est pourquoi près des deux tiers des médicaments approuvés par la Food and Drug Administration des États-Unis entre 1989 et 2000 proviennent du repositionnement de médicaments existants – 674 en tout, alors que seulement 361 des médicaments approuvés concernaient de nouvelles entités moléculaires.

Le plus gros avantage? Un délai rapide de développement de 3 à 12 ans, comparé à 10 à 17 ans pour la mise au point de médicaments « à partir de zéro ». Cela est dû en partie au risque plus faible que comporte le repositionnement de médicaments existants, puisque leurs profils d'innocuité et la façon dont ils agissent dans le corps humain – comment ils sont absorbés, diffusés et éliminés – sont déjà bien connus. Sans compter que les entreprises qui s'intéressent au repositionnement de médicaments ont aussi moins de difficulté à trouver du capital de risque.

Jusqu'ici, Yasuo Konishi et son équipe ont testé une forme promédicament (substance qui est convertie et devient active à l'intérieur de l'organisme) de l'isoprotérénol – le D-isoprotérénol dipivalate – qui a des effets inhibiteurs démontrés sur le développement de la cataracte chez le rat. L'équipe a hâte de passer à l'étape suivante, c.‑à‑d. aux essais cliniques chez l'humain.

L'agent de développement des affaires Daniel Desmarteaux, de l'IRB-CNRC, est aussi très emballé par le potentiel d'exploitation sous licence de ce nouveau produit et par la poursuite d'une utilisation humaine éventuelle.

Diagramme de l'oeil. Photo courtoisie du : National Eye Institute, membre des instituts nationaux de santé des États-Unis (NIH).
Diagramme de l'oeil. Photo courtoisie du : National Eye Institute, membre des instituts nationaux de santé des États-Unis (NIH).

En 2005, M. Konishi a gagné le premier prix du concours Dossier commercial du CNRC pour sa présentation sur le potentiel de l'isoprotérénol pour la prévention de la cataracte. Mark Adam, le consultant qui l'a aidé à préparer son dossier commercial, a depuis fondé une nouvelle entreprise, baptisée AgaPharm, pour en accélérer la commercialisation. « C'est une très jeune entreprise, encore en phase de démarrage. Mais nous avons déjà recruté une personne sérieuse qui désire mettre au point le produit », confie M. Desmarteaux. Mark Adam est aussi très confiant : « Nous croyons que nos gouttes ophtalmiques remplaceront la chirurgie comme traitement de choix pour la cataracte chez les diabétiques », avance-t-il, en ajoutant qu'il y a présentement 5,5 millions de personnes aux États-Unis qui souffrent de cataractes diabétiques et 8 autres millions en Europe de l'Ouest.

AgaPharm a présenté ce produit lors de plusieurs conférences commerciales et s'est récemment classée parmi les finalistes pour le palmarès des 10 premières entreprises en sciences de la vie du Canada. Elle négocie présentement l'obtention de financement pour terminer les essais précliniques et passer aux essais cliniques.

Yasuo Konishi croit que ces essais progresseront très rapidement et que l'on pourra passer à travers les premières phases en trois ou quatre ans, et qu'il en faudra tout au plus quatre à six pour compléter la troisième phase des essais cliniques à grande échelle – ce qui signifie qu'un médicament efficace pour prévenir la principale cause de cécité chez les adultes pourrait être disponible d'ici moins d'une génération.

Qu'est-ce qui cause la cataracte?

La cataracte est due à l'opacification du cristallin, la partie de l'oeil responsable de concentrer la lumière et de produire des images claires et nettes. Le cristallin est en grande partie composé d'eau et de protéines. Parfois, certaines de ces protéines s'agglutinent les unes aux autres et forment des amas qui opacifient une partie du cristallin. La netteté des images qui atteignent la rétine s'en trouve réduite. Avec le temps, ces amas de protéines peuvent grossir, opacifiant de plus en plus le cristallin et rendant la vision de plus en plus difficile.

Les cataractes sont principalement liées au vieillissement et affectent habituellement la vision après l'âge de 60 ans. Mais certaines maladies comme le diabète, ou des facteurs comme le tabagisme ou l'exposition prolongée à la lumière du soleil, peuvent aussi provoquer des cataractes.

Il n'existe pas actuellement de médicament délivré sur ordonnance pour prévenir ou retarder l'apparition des cataractes. La seule façon de traiter ce problème est d'exciser le cristallin et de le remplacer par un implant transparent lorsque la cataracte nuit de manière importante à la vision.


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