ARCHIVÉ - Des ordures en or

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Le 07 mars 2007— Ottawa (Ontario)

La première chose qu'on remarque en passant devant un élevage ou un dépotoir est sans doute l'odeur. Pourtant, un trésor se cache sous ces tas de fumier et d'ordures pourrissantes – une source d'énergie écologique.

En décomposant les résidus organiques des cultures, des eaux usées, des déchets animaux et des ordures ménagères, les bactéries présentes dans la nature libèrent un gaz qui est du méthane. Normalement, le méthane s'échappe dans l'atmosphère où il accentue l'effet de serre. Toutefois, quand on le capte et le purifie, il sert aussi à créer de l'énergie... avec les revenus qu'on imagine.

Certains pays européens traitent déjà leurs déchets industriels par un processus de digestion anaérobie. Ces réacteurs anaérobies en Allemagne produisent du méthane des eaux usées industrielles d'une usine de papier journal.
Certains pays européens traitent déjà leurs déchets industriels par un processus de digestion anaérobie. Ces réacteurs anaérobies en Allemagne produisent du méthane des eaux usées industrielles d'une usine de papier journal.

« Une fois purifié de la bonne manière, le méthane peut être directement vendu au réseau de distribution du gaz naturel », explique Serge Guiot, chef du groupe de bioingénierie environnementale à l'Institut de recherche en biotechnologie du CNRC (IRB-CNRC). « Certains moteurs adaptés utilisent aussi le méthane brut pour faire tourner des génératrices dont l'électricité peut ensuite être exploitée ou revendue à un réseau de distribution. »

Cette forme d'énergie s'appelle le biogaz. Le biogaz n'est pas seulement une source de revenus potentielle, cette énergie renouvelable libère beaucoup moins de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles. L'extraction du biogaz – un processus appelé « digestion anaérobie » – s'avère de plus en plus une solution écologique pour les villes et les industries aux prises avec l'accumulation des déchets organiques dans les décharges contrôlées et les usines d'épuration des eaux. Le traitement des résidus organiques par digestion anaérobie (DA) est beaucoup moins dommageable pour l'environnement que les méthodes plus classiques comme le compostage, l'enfouissement ou l'incinération.

M. Guiot pilote un projet du CNRC qui donnera un coup de pouce à cette méthode moins bien connue. En effet, son équipe a entrepris la fabrication d'une unité de DA mobile. De la taille d'une remorque, celle-ci visitera plusieurs sites du Québec où sont traités des déchets organiques, notamment une usine d'épuration des eaux municipale, une usine de pâtes et papiers et une décharge contrôlée. « De cette façon, nous ferons la démonstration de la digestion anaérobie sur les lieux, avec de vraies ordures », poursuit M. Guiot.

L'unité du CNRC passera environ six mois à chaque endroit. Une démonstration à l'échelle montrera aux exploitants comment la DA extrait le méthane de leurs déchets. Ce procédé pourrait être adapté à l'échelle industrielle afin que le volume de méthane obtenu devienne une source de revenus. « Nous leur dirons combien de méthane ils pourraient extraire à grande échelle, reprend le chercheur. Ainsi, ils constateront par eux-mêmes les avantages économiques du procédé, comparativement à ceux de l'incinération ou de l'enfouissement. » L'idée est de convaincre les personnes qui gèrent de telles installations que le méthane vaut de l'or. « Les chiffres devraient les convaincre, car ils viendront du traitement de leurs propres déchets, dans une situation très concrète. »

Néanmoins, un sérieux obstacle devra être surmonté avant que le méthane devienne la source d'énergie verte de demain. En effet, si l'on sait que la digestion anaérobie est une bonne solution au traitement des boues et des eaux usées industrielles, et bien que les agriculteurs y recourent déjà depuis des années à petite échelle pour produire l'électricité utilisée à leurs installations et par leur équipement, il est plus difficile de convaincre les décideurs que la DA pourrait traiter d'autres types de déchets à grande échelle et produire de l'énergie.

Ce digesteur anaérobie produit de l'énergie du fumier de cette ferme laitière ontarienne. Photo : gracieuseté du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario.
Ce digesteur anaérobie produit de l'énergie du fumier de cette ferme laitière ontarienne. Photo : gracieuseté du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario.

« Nous avons les moyens pour le faire, affirme M. Guiot, mais il existe un fossé entre la théorie et la pratique. » Une des principales raisons pour cela est l'argent. À court terme, la digestion anaérobie coûte plus cher que les solutions plus traditionnelles tels l'enfouissement, l'incinération ou le compostage. « Opter pour la digestion anaérobie, cela signifie investir dans le conditionnement et la purification du biogaz, ainsi que dans l'équipement qui convertira le méthane en électricité », continue le chercheur.

Quand elle est bien gérée toutefois, la digestion anaérobie s'avère plus rentable à long terme. M. Guiot connaît un exploitant de dépotoir qui a investi dans un poste de purification et vend du méthane à la TransCanada Energy Company. À présent, il engrange des bénéfices sur du gaz qui se serait normalement échappé dans l'atmosphère. Ontario Power propose aussi des incitatifs financiers aux agriculteurs qui produisent de l'électricité avec du biogaz. La société leur paie l'électricité environ 12 cents le kilowattheure, contre les 6 à 8 cents qu'elle coûte sur le marché.

L'unité mobile du CNRC s'inscrit dans un projet plus ambitieux de Ressources naturelles Canada financé par le Réseau canadien d'innovation dans la biomasse (RCIB). Ce projet a pour but de trouver d'autres moyens pour convertir les déchets en énergie. Selon Jody Barclay, de Ressources naturelles Canada, il présente deux avantages majeurs. « Le projet créera de l'énergie renouvelable, déclare-t-elle, et il nous aidera à nous débarrasser de ce qu'on considère habituellement comme des déchets. En trouvant un usage pour les composés organiques des déchets solides industriels et municipaux, nous réduirons le volume de ces derniers enfoui aux décharges contrôlées. »

M. Guiot estime que les projets de démonstration de ce genre donnent aux chercheurs la chance de jouer un rôle important dans la société. « En mettant le savoir scientifique à la portée de ceux qui le mettent en pratique, nous aiderons ces derniers à prendre les bonnes décisions. » Et peut-être un jour disposera-t-on d'une source d'énergie écologique grâce à la mine d'or que recèlent nos ordures...


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