ARCHIVÉ - Entretien avec le Dr. Harry Jennings

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Le 01 mars 2003— Ottawa (Ontario)

Dr. Harry Jennings

Les recherches menées par les scientifiques du CNRC portent fruit. À preuve, la détermination du Dr Harry Jennings, de trouver des moyens de sauver la vie de nourrissons, a donné lieu à un projet de recherche de 20 ans, qui a mené à la mise au point d'un vaccin sûr et efficace qui protège enfants et adultes contre la méningite méningoccique du groupe C. La première de cette nouvelle série d'entrevues est consacrée à un récent récipiendaire du prestigieux Prix Manning, le Dr Jennings de l'ISB-CNRC.

Q : En 1981, les Laboratoires Connaught vous ont encouragé à déposer une demande de brevet pour la technique de couplage à l'origine du vaccin contre la méningite C. De toute évidence, ils reconnaissaient ainsi le caractère unique de votre découverte. Pouvez-vous nous dire comment vous est venue l'idée d'un vaccin conjugué?

R : Au cours des années 70, nous avions mis au point de nouvelles techniques de résonance magnétique nucléaire (RMN) utilisées pour étudier la composition chimique des molécules, dans le but de déterminer la structure des polysaccharides des bactéries. Ces travaux ont retenu l'attention du professeur Emil Gotschlich, de l'Université Rockefeller -- l'inventeur d'un des premiers vaccins polysaccharidiques contre la méningite à méningocoques -- qui voulait que nous appliquions les techniques de RMN aux polysaccharides des méningocoques. C'est durant cette collaboration que j'ai pris conscience des grandes lacunes des vaccins polysaccharides, lesquels étaient notamment inefficaces chez les nourrissons. Or les jeunes enfants représentaient la moitié de tous les cas déclarés de méningite bactérienne et ils ne pouvaient pas être protégés contre la maladie. Le système immunitaire des jeunes enfants est par contre très sensible aux protéines et ceci a nous amené à examiner la possibilité de créer un vaccin conjugué, en liant des polysaccharides à une protéine, pour améliorer la réponse immunitaire chez les jeunes enfants. Notre premier brevet, qui portait sur une technique de couplage améliorée, a pu rapidement être adapté à la production commerciale d'un vaccin humain acceptable, et il est ainsi devenu le premier brevet jamais délivré pour un vaccin conjugué.

Q : Après l'obtention de votre premier brevet pour le vaccin contre la méningite C, au début des années 80, un certain nombre d'autres brevets ont suivi. Il existe aujourd'hui 12 familles différentes de brevets pour ce vaccin. Quelle est l'ampleur de ce champ de recherche? Prévoyez-vous encore de nombreux brevets à venir?

R : Notre premier brevet pour le vaccin du groupe C est arrivé à échéance, mais un autre a été délivré en 1995. Un grand nombre de nos brevets avec licences sont liés à la mise au point d'un nouveau vaccin conjugué contre la méningite du groupe B, maladie contre laquelle il n'existe à ce jour aucun vaccin véritablement efficace, alors qu'elle représente la moitié de tous les cas de méningite à méningocoques dans les pays industrialisés. Les streptocoques du groupe B sont également une importante cause de méningite chez les nouveau-nés et, en collaboration avec le Dr Dennis Kasper de la Harvard Medical School, nous avons aussi développé un nouveau vaccin qui en est maintenant au stade des essais humains de phase II.

Q : Quand croyez-vous que ce nouveau vaccin contre la méningite B sera mis sur le marché?

R : Notre vaccin est à l'heure actuelle l'agent le plus prometteur pour prévenir la méningite du groupe B; cependant, à cause de problèmes perçus quant à son innocuité, la mise au point sera lente, et sa mise en marché est actuellement prévue pour 2006.

Q : Outre vos travaux sur les vaccins contre la méningite, vous étudiez aussi la possibilité d'un vaccin contre le cancer. Quelles sont les connaissances que vous avez apprises durant vos recherches sur les vaccins contre la méningite C et B qui pourront vous servir dans ce domaine?

R : Certaines cellules cancéreuses, par exemple celles qui caractérisent le cancer du poumon à petites cellules, présentent en surface la même structure polysaccharidique que les méningocoques du groupe B, et cette structure est associée à la métastase des cellules. Depuis quelque temps, nous étudions une technique de prophylaxie immulogique contre ces cancers, qui s'inspire de la technique mise au point pour la création des vaccins contre la méningite du groupe B.

Q : Il y a plusieurs mois, la revue Time Magazine annonçait le retour des vaccins, en laissant sous-entendre que tous les problèmes « peu complexes » avaient été résolus et que les chercheurs s'attaquaient maintenant à des maladies que l'on croyait jusqu'ici impossibles à traiter par des vaccins. Comment s'annonce l'avenir de la recherche sur les vaccins?

R : Les vaccins conjugués ont été la découverte la plus importante des quinze dernières années, dans le domaine des vaccins. Cette technologie peut maintenant s'appliquer à tout pathogène encapsulé et il existe aujourd'hui des vaccins conjugués humains efficaces contre les infections causées par Haemophilus influenzae de type b et Streptoccus pneumoniae. Le succès de ces vaccins a largement contribué à la reprise des recherches dans ce domaine et il ne fait aucun doute que cette technologie sera appliquée au traitement d'autres maladies. Il faut aussi s'attendre à l'évolution des méthodes de développement des vaccins, à mesure que s'amélioreront nos connaissances de base sur la génétique des organismes pathogènes. De plus, le climat politique actuel est propice à la mise au point de vaccins, car il est maintenant établi que les vaccins et la prévention sont des solutions rentables; enfin, les problèmes causés par les nouvelles bactéries résistantes aux antibiotiques sont autant de facteurs additionnels en faveur de la poursuite des recherches sur les vaccins.

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