La planète rouge - 1re partie

Ken Tapping, le 13 décembre 2017

Dans le ciel, cette semaine…

  • Mars et Jupiter se perdent dans les lueurs du lever du Soleil.
  • La Lune sera nouvelle le 18.

Mars est une planète fascinante. Non seulement est-elle au cœur de notre culture, mais elle revêt un immense intérêt scientifique, puisqu’en raison de sa grande similarité avec la Terre, elle constitue une destination probable, voire un éventuel site de colonisation. Comme il est impensable de couvrir ce dossier fascinant en un seul article, voici le premier d’une série de trois que je consacrerai à la planète rouge, la quatrième de notre système solaire.

Les premiers astronomes avaient remarqué que la plupart des étoiles étaient immobiles, mais que cinq objets lumineux — Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne — se déplaçaient sur une bande que nous appelons l’écliptique. Les Grecs les qualifiaient d’astres errants ou planètes, nom qui leur est resté. Mars a reçu le nom du dieu romain de la guerre, car elle était de la couleur du sang.

Jonathan Swift, dans son roman Les voyages de Gulliver publié en 1726, a écrit que Mars possédait deux petites lunes. Or il avait vu juste. En 1877, Asaph Hall les a découvertes, Phobos et Deimos — les jumeaux Panique et Terreur, deux compagnons bien nommés pour le dieu de la Guerre.

C’est la même année, en Italie, qu’est née l’obsession des astronomes pour la planète Mars. Après des observations soignées, Giovani Schiaperelli découvrit des stries linéaires ressemblant à des tranchées à sa surface. En italien, Schiaperelli utilisa le mot canali, qui malheureusement a été traduit par canal, un mot qui désigne un ouvrage d’ingénierie. Mars devait donc être habitée par une forme d’intelligence!

Cette découverte a été une grande source de motivation pour Percival Lowell. En 1894, il fit construire un observatoire au sommet d’une montagne près de Flagstaff, en Arizona, essentiellement voué à l’observation de Mars. Dans les années qui suivirent, il a produit des dessins reproduisant un réseau complexe de sillons qu’il avait observés, qu’il attribua à tort aux tentatives effectuées par les Martiens pour gérer les réserves d’eau déclinantes de leur planète moribonde. D’autres après lui ont constaté que durant l’été martien, la calotte polaire dans cet hémisphère rétrécissait, alors qu’une masse sombre migrait vers l’équateur. Il s’agissait sans doute de végétation qui proliférait sous l’effet de la fonte des glaces. Nouvelle preuve de la vie sur Mars!

En 1911, Edgar Rice Burroughs a commencé à écrire des histoires de cape et d’épée où des héros se battaient pour les ressources de la planète aride contre des vilains, animés par une obsession maladive pour les princesses en détresse. C’est toutefois H. G. Wells qui en 1897 mit le feu aux poudres avec son œuvre La Guerre des mondes, qui raconte comment les Martiens, rongés d’envie, décidèrent d’envahir la planète bleue. Ce livre a été transposé au cinéma au moins deux fois et il a été à l’origine de tout une kyrielle de films et de livres sur les invasions de Martiens. En 1938, un radioroman inspiré de la Guerre des mondes, signé par Orson Welles, a causé la panique générale.

Jusqu’après la moitié du XXe siècle, les représentations de Mars dans la plupart des livres la montrait sillonnée de canaux; on y affirmait même qu’il y avait de la vie, ne serait-ce que végétale, sur la planète rouge. L’idée faisait plus ou moins consensus, jusqu’à ce qu’elle s’effrite. Les astronomes ont d’abord constaté que les canaux n’étaient visibles que lorsque les conditions étaient passables et jamais quand les conditions étaient bonnes. Ils ne trouvaient pas non plus la signature spectrale de la chlorophylle dans la lumière réfléchie par la planète. S’il n’y avait pas de végétation semblable à la végétation terrestre, pouvait-il exister une flore différente? Toutes les spéculations s’éteignirent en 1965 lorsque la sonde américaine Mariner 4, effectuant un survol de Mars, a renvoyé des images montrant un désert de glace et de cratères, mais aucun canal, ni plante, ni princesses ni héros. Les missions spatiales continuent malgré tout de se succéder pour percer les mystères de Mars. Ironiquement, c’est finalement la planète rouge qui est victime d’invasion, et le comble, par nous!

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire fédéral de radioastrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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