Collision entre galaxies

Ken Tapping, le 27 avril 2016

Dans le ciel cette semaine…

  • Jupiter apparaît au sud après le coucher du Soleil; recherchez un objet à l’allure d’une étoile blanchâtre brillante qui scintille comme une lampe.
  • Mars et Saturne se lèvent autour de minuit.
  • La Lune sera pleine le 21 avril.

Tout récemment, nous avons découvert des traces d’une petite galaxie qui serait entrée en collision avec la nôtre, il y a de cela plusieurs centaines de millions d’années. Les débris de cet impact s’éloignent de nous. Une collision entre galaxies évoque tout de suite des images de film catastrophe hollywoodien, mais qu’en serait-il vraiment?

Il y a environ 64 millions d’années, un petit astéroïde a heurté la Terre. À cette époque, de nombreux écosystèmes terrestres vivotaient. Les ammonites et les dinosaures, les formes de vie dominantes de ce temps, étaient en déclin. Les changements environnementaux entraînés par le cataclysme ont été la dernière goutte qui a provoqué l’extinction de 75 % des espèces vivant sur Terre à l’époque. À l’échelle cosmique et galactique, l’astéroïde meurtrier était un grain de sable. On sait qu’une galaxie contient d’immenses quantités de gaz et de poussière, des milliards d’étoiles et de planètes, un nombre incalculable d’astéroïdes et quelques trous noirs. Une collision entre deux galaxies défie donc l’imaginaire. En fait, pas besoin d’essayer d’imaginer le tableau, puisque nos télescopes modernes nous révèlent de nombreux exemples de galaxies qui s’entrechoquent.

Imaginez deux grandes galaxies spirales se déplaçant sur une trajectoire de collision. À mesure que les galaxies s’approchent l’une de l’autre, la force gravitationnelle qu’une galaxie exerce sur l’autre augmente, ce qui les amène à se déformer. De grands panaches de gaz et d’étoiles sont arrachés et projetés dans l’espace ou entrent en orbite autour de l’une des deux galaxies. Si la collision est frontale, les galaxies se désorganiseront complètement en s’interpénétrant. Les interactions entre les nuages de gaz et de poussières et les champs magnétiques absorberont l’énergie de la collision et dans certains cas, elles pourraient freiner les galaxies au point où elles deviendront prisonnières de l’autre, et elles seront condamnées à une danse fatale où elles se heurteront à répétition, jusqu’à fusionner pour former une nouvelle galaxie encore plus grande. On peut imaginer le pire pour les habitants des planètes à l’intérieur de ces galaxies, mais en fait, l’assimilation est probablement le procédé par lequel les galaxies grossissent.

Pour l’essentiel, les galaxies sont composées de vide. La densité des nuages de gaz et de poussières y est plus faible que le vide le plus grand créé en laboratoire. Les étoiles sont par ailleurs très éloignées les unes des autres. Même lorsque des amas contenant des milliards d’étoiles entrent en collision, les probabilités que deux étoiles se heurtent ou même se frôlent sont minimes. Si la Voie lactée entrait en collision avec une autre galaxie, après des millions d’années, elle se déformerait. Pour un grand nombre de constellations, ce serait le statu quo, mais d’autres changeraient de configuration ou hériteraient d’une ou deux nouvelles étoiles. Si une étoile croisait notre système solaire, à la distance de Pluton par exemple, l’orbite des planètes pourrait changer, mais pas de manière catastrophique. Certaines planètes pourraient être propulsées hors de leur trajectoire, mais cela est très improbable. Il pourrait même y avoir des retombées positives : en se heurtant, les nuages pourraient se contracter et donner naissance à de nouvelles étoiles et planètes. Ainsi, au lieu de semer la destruction, la collision pourrait être une force de création.

Nos lointains descendants auront la chance de vivre cette expérience aux premières loges dans quelque quatre milliards d’années. Andromède, une galaxie un peu plus grosse que la nôtre, à environ 2,5 millions d’années-lumière, file droit vers nous à 110 km/sec. La collision devrait se solder par la formation d’une supergalaxie. Il existe d’ailleurs d’excellentes simulations par ordinateur montrant ce qui risque de se produire. De nombreuses étoiles seront éjectées dans l’espace, et le Soleil pourrait faire partie du nombre. Les effets pour la Terre et les autres planètes seront toutefois négligeables. Comme le Soleil aura épuisé son combustible dans quelque 2,5 milliards d’années, l’espèce humaine sera éteinte ou alors elle aura colonisé d’autres planètes tournant autour d’étoiles plus jeunes.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

Tél. : 250-497-2300
Téléc. : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

Date de modification :