Vivre sur la lune

Ken Tapping, le 12 avril 2016

Dans le ciel cette semaine…

  • Jupiter est visible au sud-est après le coucher du Soleil.
  • Mars et Saturne se lèvent autour de minuit.
  • Premier quartier de la Lune le 13 avril.

Nous retournerons sur la Lune dans un avenir plus ou moins rapproché, non pas comme visiteurs, mais bien pour y habiter. Notre satellite étant dépourvu d'atmosphère, nous pourrions y construire des télescopes qui ne seraient pas confinés aux seules longueurs d'onde que laisse filtrer notre atmosphère, mais capables d'utiliser toutes les longueurs du spectre. Ces instruments, entretenus par une équipe postée sur une base à proximité, seraient beaucoup plus souples et plus facilement accessibles que ceux déployés par des missions spatiales et qui doivent résister au choc du lancement. Nous pourrions installer des radiotélescopes sur la face cachée de la Lune, à l'abri de la cacophonie des signaux radio produits sur Terre. De plus, comme le vent solaire frappe directement la surface de la Lune, il serait facile à étudier, sans avoir besoin chaque fois d'une mission spatiale pour faire de nouvelles expériences. La Lune serait également une bonne plateforme de lancement pour des missions d'exploration du système solaire et au delà. En effet, le segment le plus coûteux des missions spatiales est celui de la Terre à l'espace, car il faut s'échapper du champ gravitationnel terrestre. Comme celui de la Lune est six fois moindre et qu'il n'y a pas non plus de résistance causée par la friction de l'air à combattre, la mise en orbite est facilitée. On pourrait même y lancer des satellites à l'aide de catapultes électromagnétiques et construire ces engins sur place à partir des matériaux bruts qui se trouvent sur place. Tout cela est possible – à condition de trouver un moyen de survivre sur la Lune.

Comme il n'y a pas d'atmosphère sur la Lune, les colons devraient produire sur place l'oxygène nécessaire à leur survie. Sur Terre, l'atmosphère et le champ magnétique nous protègent des rayons X, des ultraviolets et des particules à haute énergie provenant du Soleil. La Lune étant dépourvue des deux, elle subit ces assauts directement, ce qui est idéal pour la science, mais délétère pour la vie à long terme. Les auteurs de science-fiction ont souvent imaginé des bases lunaires construites sous d'immenses dômes en plastique sous lesquels il y aurait une atmosphère respirable. Malheureusement, ces cloches offrent peu de protection contre les rayons X et les particules à haute énergie. L'absence d'atmosphère donne lieu à de très grands écarts de température sur le cours de la journée : le mercure franchit le point d'ébullition de l'eau le jour pour descendre très au-dessous de zéro la nuit. La solution la plus évidente serait de construire des bases souterraines. À quelques mètres sous la roche, les écarts thermiques seraient beaucoup plus faibles et la plupart des radiations seraient bloquées.

En revanche, l'absence d'atmosphère rend l'énergie solaire facilement exploitable. Sur la Lune, le ciel est toujours sans nuages et les rayons solaires peuvent atteindre la surface sans obstacle. De grands capteurs thermiques à miroir pourraient emmagasiner l'énergie nécessaire pour faire fondre des minéraux, et des piles solaires pourraient fournir de l'électricité. L'énergie et les matériaux bruts étant disponibles sur place, l'idée de construire des engins spatiaux et de les lancer directement de la Lune est attrayante.

Les missions Apollo nous ont révélé un paysage lunaire désertique soumis à l'action du gel et de la chaleur torride depuis des milliards d'années en raison du vide presque absolu. L'absence d'eau constatée serait un obstacle majeur à la vie sur la Lune. Nous avons en effet besoin d'énormes quantités d'eau et la faire venir de la Terre serait impensable. Il y a peut-être de l'espoir, car si la majeure partie de la surface de la Lune est désertique, il subsiste de la glace près des pôles lunaires, au fond des cratères toujours à l'ombre. On ignore d'où provient cette eau. Il se peut qu'elle provienne de l'intérieur du satellite ou qu'elle y ait été apportée par des comètes qui sont entrées en collision avec la Lune il y a très longtemps. Cette eau a pu persister à la surface, car elle est toujours à l'ombre; ailleurs, elle se serait rapidement évaporée. En bâtissant des bases près de ces réserves d'eau, on pourrait subvenir aux besoins des colons sans avoir à importer cette précieuse ressource de la Terre. Cette eau pourrait servir à la consommation humaine et à l'agriculture, et grâce à l'électricité, être transformée en oxygène ainsi qu'en hydrogène pour alimenter les réacteurs de fusées. Nous retournerons un jour sur la Lune. L'humanité a toujours été mue par le désir d'explorer, et celui ci ne s'est pas atténué avec le temps.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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