Des problèmes de souris

Ken Tapping, le 22 mars 2016

Dans le ciel cette semaine…

  • Jupiter est visible à l'est après le coucher du Soleil.
  • Mars se lève vers minuit et Saturne environ une heure plus tard.
  • La Lune sera pleine le 23.

L'un des objets les plus familiers de notre observatoire est sans conteste le chariot roulant rempli d'antennes et de dispositifs électroniques qui s'y promène. Rattaché à un long cordon électrique, il arpente les corridors, pointant ses antennes vers les bureaux et les équipements électroniques installés un peu partout. Nos ingénieurs l'utilisent pour repérer l'équipement qui, pour une raison ou une autre, émet des signaux parasites susceptibles de nuire à nos instruments d'observation radio. Avant l'installation, chaque nouvelle pièce d'équipement est soigneusement testée pour voir si elle produit des parasites et au besoin, elle est confinée dans une pièce blindée, entièrement protégée par du treillis ou des plaques de métal afin de bloquer les éventuels signaux de brouillage. Les ordinateurs que nous utilisons sont placés dans des enceintes métalliques. Comme il n'est pas possible de confiner ainsi les claviers, les souris et les écrans, nous n'utilisons que des dispositifs ayant de très faibles niveaux d'émissions radio. Évidemment, les claviers et les souris sans fil, qui communiquent par signaux radio, sont bannis. L'enveloppe de bâtiment est complètement isolée pour réduire au minimum les ondes qui parviennent jusqu'aux antennes des radiotélescopes. Inutile de dire que les réseaux sans fil sont exclus d'office.

La radioastronomie fait appel à des instruments de détection ultrasensibles pour capter les infimes signaux provenant du cosmos. Elle compte aussi sur des dispositifs numériques et informatiques. En fait, les radiotélescopes sont de plus en plus numériques. Tous ces appareils ont toutefois l'inconvénient de produire un brouillage radio très intense. Vous pouvez le constater vous-même en plaçant une radio non réglée sur une station près de votre ordinateur.

Il y a quelques jours, une forte interférence est apparue au beau milieu d'une des bandes de fréquences qu'utilise notre télescope principal. Même si nous prenons d'infinies précautions pour éviter de créer des interférences, il reste que la proximité des antennes des radiotélescopes crée une certaine vulnérabilité. Comme nous sommes responsables de la majeure partie des problèmes d'interférence qui surgissent, nous avons mis en place des procédures normalisées pour détecter et corriger les équipements fautifs, dont les inspections par notre chariot ambulant, que vous avez pu voir récemment au bout de ses longes électriques sonder le bâtiment pour trouver l'origine du problème de brouillage.

Le chariot a fini par se rapprocher de plus en plus de mon bureau. Suivant les indications de ses antennes de détection, le technicien qui opère le chariot a fini par me passer au crible, un peu à la blague, mais j'aurais bien pu avoir un cellulaire activé sur moi ou ma télécommande de voiture ou ma montre numérique aurait aussi pu causer les interférences. Après plusieurs essais, le fautif a enfin été trouvé : la souris de mon ordinateur. Il a suffi de la remplacer par une nouvelle souris, dûment certifiée, pour corriger le problème, l'affaire d'une demi-journée de travail tout de même.

Ma vieille souris avait pourtant été soigneusement testée avant d'être installée il y a quelques années. À l'époque, elle répondait aux normes, mais avec le temps, ses composants électroniques ont vieilli et ont commencé à faire des interférences. Cela montre bien le problème de la production en série. Pour réduire les coûts et garder leurs produits concurrentiels, les fabricants se contentent d'offrir la qualité minimale requise. Il existe bien sûr des normes strictes au Canada et sur la scène internationale, mais souvent, elles sont en deçà des impératifs de la radioastronomie. Nous devons donc constamment tester, surveiller et apporter des correctifs, sinon remplacer le matériel insatisfaisant.

Outre notre chariot de détection, nous avons des systèmes de surveillance sur le toit pour détecter les interférences provenant d'ailleurs sur le campus et même au-delà. Pour bien mesurer l'ampleur de notre succès, il faut savoir que nous avons ici, dans le sud de la Colombie-Britannique, le plus grand télescope à une seule antenne au Canada, et probablement au monde. La vigilance demeure toutefois de mise, car la lutte contre les interférences n'est jamais finie.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

Tél. : 250-497-2300
Téléc. : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

Date de modification :