Une 9e planète?

Ken Tapping, le 2 février 2016

Jusqu’à tout récemment, notre Système solaire comptait 9 planètes connues : Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Pluton. Cette dernière planète a toutefois toujours été une aberration. Alors que toutes les autres tournent autour du Soleil, bien sagement sur leur orbite et selon le même plan, comme des billes roulant dans une assiette, Pluton fait figure d’exception. Son orbite, fortement inclinée par rapport à celles des autres planètes, croise la trajectoire de Neptune, si bien qu’elle se retrouve parfois plus près du Soleil que la planète géante.

Pluton a toujours fait bande à part jusqu’à ce que l’on découvre d’autres objets à son image. Ces corps qui sont de la taille de Pluton ou plus petite se trouvent à l’extérieur de l’orbite de Neptune et suivent des trajectoires habituellement très elliptiques et obliques par rapport au plan général. Ces objets transneptuniens sont nombreux et forment ce que l’on appelle la « ceinture de Kuiper », la véritable famille de Pluton. En 2006, après un vote plutôt acrimonieux de l’Union astronomique internationale, Pluton a été rétrogradée au statut de planète naine, soit un membre surdimensionné de la ceinture de Kuiper. Dès lors, le Système solaire ne comportait plus que huit planètes. Des recherches récentes ont toutefois remis le compteur à (au moins) neuf.

L’un des moyens les plus efficaces pour trouver de nouveaux objets célestes consiste à étudier scrupuleusement les orbites d’objets connus. Comme Isaac Newton l’a énoncé, chaque objet de l’Univers exerce une force d’attraction appelée « gravité ». Plus la taille de l’objet est grande, plus sa force gravitationnelle est forte, et plus la distance entre des corps est grande, moins leur attraction est puissante. Même si nous ne comprenons pas encore tout à fait ce qu’est la gravité, nous connaissons parfaitement ses effets et pouvons les quantifier.

Le Soleil étant de loin l’objet le plus massif de notre système planétaire, sa force gravitationnelle est donc le facteur qui a le plus d’influence sur l’orbite des planètes. L’attraction exercée par les planètes les unes sur les autres est beaucoup plus faible, mais demeure mesurable. On peut effectivement observer de petites aberrations par rapport à l’orbite théorique, puis calculer la masse et la position du corps responsable de ces perturbations. C’est ainsi que les anomalies dans la position d’Uranus ont mené à la découverte de Neptune.

Grâce aux grands télescopes dont nous disposons aujourd’hui, nous pouvons mesurer les mouvements des objets de Kuiper éloignés. C’est ce qu’ont fait les astronomes du California Institute of Technology. À force de prouesses mathématiques, ils ont découvert une force qui influait sur l’orbite de certains d’entre eux.

Comme ils sont très éloignés du Soleil, ces objets sont très peu lumineux et ils se déplacent très lentement sur leur orbite. Les mesures relevées laissent supposer l’existence d’une planète dont la masse est dix fois celle de la Terre, située à quelque 90 milliards de kilomètres du Soleil. En comparaison, Pluton est à 6 milliards de kilomètres. Si elle existe, cette neuvième planète serait très froide et sombre. Vu de sa surface, le Soleil ne serait qu’une étoile très lumineuse. Bien sûr, pour confirmer l’existence de cette planète, il faudra l’observer, mais d’abord la trouver. Devant l’enjeu, les volontaires ne devraient cependant pas manquer.

En ce moment, toutes les planètes visibles à l’œil nu sont en conjonction dans le ciel à l’aube. Commencez par trouver Jupiter au sud-ouest, bien visible en raison de sa luminosité. Il s’agit du point le plus à l’ouest de la droite formée par les planètes, bien visible en raison de sa luminosité. Glissez vers l’est pour repérer Mars, moins lumineuse. Saturne se trouve encore plus à l’est, un objet doré modérément brillant. Bas dans le ciel au sud‑est se trouve Vénus, bien brillante et facile à trouver. Mercure, peu lumineuse et difficile à voir, se trouve plus bas à l’horizon. Nouvelle lune le 8 février.

Ces conjonctions sont très rares, mais elles sont plaisantes à observer. Même si les planètes tirent plus ou moins toutes dans la même direction, les conséquences pour nous seront modestes.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire fédéral de radioastrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton  (C.-B.) V2A 6J9.

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