Joyeux Noël

Ken Tapping, le 23 décembre 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • À 23 h 48 (HE) ou 20 h 48 (HT), le 21 décembre, le Soleil a atteint le point le plus septentrional de son périple annuel, qui marque le solstice d’hiver.
  • Quatre planètes sont visibles dans le ciel à l’aube : Vénus, très brillante, Saturne, un peu plus bas, moins lumineuse et un peu plus difficile à voir dans la clarté matinale. Mars, plus discrète, brille au dessus de Vénus.
  • Un peu plus haut, plus ou moins en ligne avec les autres planètes, on peut apercevoir Jupiter dans toute sa splendeur.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 2 janvier.

Une autre année qui se termine, et Noël qui est presque à nos portes. Quels cadeaux astronomiques le père Noël nous a-t-il apportés en 2015? Pour tout dire, les découvertes et les innovations ont été tellement nombreuses qu’il est difficile de choisir. Faute de place, je n’en retiendrai que quelques-unes.

La plus spectaculaire a sans doute été l’exploration rapprochée de Pluton par New Horizons. Les données que la sonde continue de nous transmettre contredisent toutes les attentes. Il y a ensuite eu le rendez-vous de la sonde Rosetta avec une comète. Même si la rencontre a eu lieu en novembre 2014, les découvertes se sont succédé toute l’année. Plus discret, le progrès le plus digne de mention aura pourtant été l’atteinte de la maturité par l’astronomie, qui après un lent mûrissement ces dernières années a connu un essor en 2015 pour s’établir comme science à part entière.

Contrairement à d’autres disciplines scientifiques, l’astronomie n’a jamais pu se pencher sur ses objets d’étude qu’à distance, ce qui à de nombreux égards est encore vrai aujourd’hui. Toutefois, grâce à la sensibilité de plus en plus grande des instruments et aux moyens d’analyse des données sans cesse plus poussés, nous pouvons désormais observer le cosmos avec le même niveau de détail que s’il s’agissait de notre propre planète. Nous pouvons reproduire de plus en plus de phénomènes cosmiques en laboratoire ou dans des accélérateurs de particules. Les radiotélescopes nous dévoilent la composition de la poussière noire et des nuages cosmiques, de même que les réactions chimiques qui s’y produisent. Les sciences dont le domaine se limitait à la Terre, comme la météorologie, la climatologie, la géologie et même l’océanographie et la biologie, sont désormais appliquées à d’autres planètes et à leurs satellites. Nous savons désormais que la plupart des étoiles possèdent des planètes, dont certaines ressemblent à la Terre. Pour certains scientifiques, le fait que nous n’ayons encore jamais enregistré de signes de vie extraterrestre malgré l’existence de nombreuses planètes comme la nôtre dans l’Univers est la preuve que nous sommes probablement seuls au monde. Le reste de la communauté scientifique croit toutefois qu’il est déraisonnable de penser que l’Univers est un désert stérile qui n’existe que pour le bon plaisir des astronomes.

Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’un cadeau de Noël, nous avons eu le bonheur d’assister à la construction en 2015 du plus grand radiotélescope à collecteur unique jamais construit au Canada, voire dans le monde entier. Cet instrument se compose de quatre structures colossales en métal reposant sur le sol et faisant face au ciel. Elles sont le cœur du projet « CHIME » (Canadian Hydrogen Intensity Mapping Experiment [Expérience canadienne de cartographie d'intensité de l'hydrogène]). Réalisé en partenariat avec des universités canadiennes et le Conseil national de recherches du Canada, ce projet s’intéresse à la formation des structures dans les premiers temps de l’Univers.

Le choix de l’Observatoire pour accueillir ce projet, en plus des autres radiotélescopes qu’il abrite et des expériences radio qu’y mènent d’autres organisations, tient à la qualité de son site sur le plan électronique. Les signaux produits par l’activité humaine, y compris leurs interférences, véritable plaie du monde moderne, sont pour la plupart considérablement plus puissants que les émissions radio en provenance du cosmos que nous cherchons à capter. L’absence relative de pollution électronique que nous avons su préserver malgré l’omniprésence des réseaux WiFi, des téléphones intelligents et de toutes les autres technologies électroniques exige des efforts constants de la direction de l’Observatoire, ainsi que le soutien des municipalités locales et des organismes de réglementation gouvernementaux, sans oublier la compréhension de nos voisins. C’est à ces légions de lutins que nous devons le cadeau de Noël le plus précieux de tous – notre capacité à étudier l’Univers depuis la vallée de l’Okanagan.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

Tél. : 250-497-2300
Téléc. : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

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