Compte-rendu de réunion

Ken Tapping, le 26 novembre 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus brille avec l’intensité d’un projecteur avant l’aube. Jupiter se trouve au-dessus et luit avec presque autant d’éclat.
  • Mars, beaucoup moins lumineuse, est entre les deux. La Lune sera pleine le 25.

Je viens juste de rentrer d’une réunion scientifique ayant pour sujet les études sur les interactions entre le Soleil et la Terre. Nous nous sommes penchés sur les conséquences que pouvaient avoir sur Terre des phénomènes solaires. Avions-nous des preuves scientifiques de l’existence d’un lien direct entre le Soleil, l’environnement et les changements climatiques? Les résultats des recherches les plus récentes sont venus confirmer ce que des études précédentes avaient révélé : le Soleil n’est pas la cause du dérèglement de notre climat. Nous avons discuté de nombreuses questions lors de cette réunion et tiré deux conclusions importantes : l’une est une source de fierté et l’autre, avec une certaine ironie, est une nouvelle vocation à un problème environnemental spatial.

En 1946, Arthur Covington, chercheur au CNRC à Ottawa, a fabriqué le premier radiotélescope canadien à partir de pièces d’équipement radar militaire. Comparé aux télescopes modernes, son instrument était très peu sensible : le Soleil était la seule source radio qu’il pouvait détecter dans tout le cosmos. Avec son équipe, il a mis sur pied un programme pour mesurer l’intensité des émissions radio émises par le Soleil et leurs fluctuations. Comme l’équipement radar de son télescope fonctionnait à 10,7 cm, son instrument était sensible à cette longueur d’onde. Coïncidence purement fortuite, il se trouve que cette longueur d’onde est parfaite pour mesurer l’activité magnétique du Soleil, phénomène à l’origine même des radiations solaires qui balaient la Terre. Pour cette raison, le programme de Covington se poursuit encore aujourd’hui, fournissant chaque jour des données précieuses à un ensemble d’utilisateurs regroupant l’industrie, des organismes gouvernementaux, des chercheurs et d’autres intervenants prenant part à des activités sensibles à l’activité solaire. L’activité mesurée est connue internationalement comme le flux radio solaire à 10,7 cm, ou tout simplement F10,7. L’activité solaire a des effets de courte durée sur la Terre, y compris des pannes de courant et des pannes de communications, et d’autres qui s’inscrivent dans le temps, comme l’accélération de la corrosion des oléoducs et des gazoducs. Notre très grande dépendance à l’égard de l’énergie, des communications et de l’infrastructure de transport nous rend éminemment vulnérables aux caprices du Soleil. C’est donc avec une grande fierté que nous avons vu ces données d’origine canadienne citées dans de nombreuses présentations à notre réunion de la semaine dernière. Des conférenciers ont répété tour à tour que ces données étaient d’une importance cruciale pour la science.

Nous nous sommes aussi penchés sur le problème des débris en orbite qui encombrent l’espace. Ces reliquats de nos activités spatiales – boulons, écrous, fragment de métal, pièces de lanceurs et satellites non fonctionnels – qui filent à 30 000 km/h, sont une menace à l’intégrité de nos activités, contre laquelle nous ne disposons d’aucune protection. Au mieux pouvons-nous cesser d’alimenter ce dépotoir céleste, en espérant que les débris existants pénètreront dans notre atmosphère où ils se désintégreront? L’Armée de l’air américaine surveille tous les objets en orbite faisant plus de 10 cm. Une piètre consolation lorsque l’on sait qu’un modeste écrou d’un peu plus de 0,5 cm peut perforer la coque d’un vaisseau spatial. Des scientifiques ont toutefois trouvé une utilité à ces débris.

Au cours des dernières décennies, nous avons compris l’importance de la haute atmosphère de notre planète. À des centaines de kilomètres au-dessus du sol, l’air est très raréfié. C’est presque le vide, mais l’atmosphère demeure suffisamment dense pour influer sur l’orbite des satellites, absorber les rayons nocifs du Soleil et contribuer de façon importante aux systèmes climatiques et météorologiques. Malheureusement, ce médium n’est pas facile à étudier. Les données fournies par l’indice F10,7 peuvent nous renseigner grossièrement sur les effets du Soleil à cette altitude, mais pas de façon détaillée. Il faudrait disposer d’une armada de petits satellites et les suivre par radar pour mesurer comment l’atmosphère les fait dévier de leur trajectoire. On pensait que les coûts de ce projet seraient prohibitifs, vu le nombre de lancements de satellites nécessaires, jusqu’à ce que quelqu’un fasse remarquer que les satellites en question étaient déjà en orbite et présentaient la diversité de masses et de dimensions recherchée. Ces satellites n’étaient nul autre que les débris spatiaux existants. Sans justifier que l’on continue d’ajouter à la pollution spatiale, cette idée illustre bien que l’on peut trouver une utilité à tout avec de l’imagination.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

Tél. : 250-497-2300
Téléc. : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

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