La danse des planètes

Ken Tapping, le 18 novembre 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus, Jupiter et Mars font leur apparition à proximité l’une de l’autre avant 4 h.
  • Nouvelle lune le 11.

Difficile de ne pas se laisser éblouir par le spectacle qui se déroule dans le ciel à l’est juste avant l’aube. Trois planètes rapprochées rivalisent d’attrait : Vénus, très lumineuse; Jupiter, presque aussi brillante, mais un peu plus jaunâtre, et Mars, plus discrète et facile à manquer. À l’heure actuelle, Mars est à mi-chemin entre Vénus, la plus basse, et Jupiter, qui surplombe l’étoile du matin. Dans les prochains jours, Vénus se glissera progressivement dans les lueurs du couchant, alors que Jupiter se lèvera de plus en plus tôt jusqu’à ce qu’elle demeure visible toute la nuit. Cette danse des planètes dans le ciel nocturne n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la gymnastique cosmique qui a intrigué nos ancêtres depuis la nuit des temps.

L’explication de ce ballet est fort simple, mais elle exige des calculs complexes. Notre Terre est la troisième planète à partir du Soleil. Il lui faut une année pour faire une révolution complète autour de notre étoile. Les planètes du Système solaire dans l’ordre à partir du centre sont : Mercure (révolution en 88 jours), Vénus (225 jours), la Terre (365 jours), Mars (687 jours), Jupiter (5,2 ans) et Saturne (29 ans). Uranus, Neptune et Pluton sont très éloignées et très peu lumineuses.

De chez nous, la chorégraphie que les autres planètes déploient sur le fonds étoilé, avec ses chassés-croisés et ses marches arrière, apparaît très complexe, alors qu’au fond, ces objets suivent immuablement leur trajectoire quasi circulaire autour du Soleil. Mercure et Vénus semblent faire des va-et-vient d’est en ouest par rapport au Soleil. Elles se montrent à l’aube lorsqu’elles sont à l’ouest du Soleil, et au coucher lorsqu’elles sont à l’est, mais elles ne s’éloignent jamais beaucoup du Soleil. Mars et les autres planètes tracent des motifs différents parce que la Terre passe à l’occasion entre elles et le Soleil. Lorsque cela se produit, on peut voir les planètes au sud autour de minuit, alors que le Soleil atteint le sud à midi. Grâce à la science moderne, nous pouvons facilement comprendre aujourd’hui les mouvements planétaires qui mystifiaient nos ancêtres.

La première théorie de nos ancêtres n’était pas bête. La Terre devait être immobile et tous les objets célestes devaient tourner autour d’elle. Pour eux, les déplacements devaient s’accompagner de vent et de vibrations. Comme nous ne ressentons ni l’un ni l’autre sur Terre, il était raisonnable de penser que notre planète était immobile au centre du cosmos visible. Cela valait pour le Soleil et la Lune, mais certaines planètes dérogeaient à cette conception. Comment pouvait-on expliquer simplement que des planètes semblaient rebrousser chemin sur leur orbite? Les explications les plus saugrenues ont été avancées. En plaçant le Soleil au centre et en faisant tourner toutes les planètes autour de lui, Galilée et Copernic ont grandement simplifié les phénomènes observés. L’Église s’est toutefois révoltée contre l’idée que nous ne soyons plus le centre de l’Univers. Malgré cette opposition de taille, la théorie de l’héliocentrisme s’est répandue.

Les mouvements apparents des planètes se comprenaient plus facilement lorsque l’on admettait que les planètes traçaient des cercles concentriques autour du Soleil. La précision de nos instruments et de nos méthodes de calcul a toutefois fini par révéler des écarts entre les observations et les prédictions, que l’on a tenté d’expliquer de toutes sortes de façons. Il a toutefois fallu attendre que Kepler émette l’idée que les orbites des planètes étaient elliptiques et non circulaires pour que les théories et les observations concordent. Pendant longtemps, on a pu admirer le ballet des planètes dans le ciel, mais grâce à la théorie de la gravitation formulée par Isaac Newton et aux outils mathématiques permettant de l’appliquer, nous pouvons désormais expliquer parfaitement ce que nous voyons.

Que les mystères de la danse des planètes soient tombés n’enlève rien à la beauté du spectacle. Au contraire, on peut ainsi savoir quand l’admirer – il suffit alors de se convaincre de sortir du lit aux heures inaccoutumées où l’on sait que les planètes seront au rendez-vous.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

Tél. : 250-497-2300
Téléc. : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

Date de modification :