Mercure

Ken Tapping, le 28 octobre 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Saturne brille bas dans le ciel au coucher du Soleil.
  • Vénus, Jupiter et Mars sont rapprochées et se lèvent avant 4 heures.
  • Mercure pointe à l’horizon à l’est avant l’aube.
  • Pleine lune le 27 et dernier quartier le 3.

Ces jours-ci, lorsque le ciel rosit à l’est au petit matin, on peut voir par temps dégagé un point lumineux moyennement brillant au ras de l’horizon. Ce point, c’est Mercure, la planète la plus près du Soleil et la plus difficile à voir. Vénus, deuxième dans l’ordre, brille avec intensité plus haut dans le ciel. Près d’elle se trouve Jupiter, cinquième planète du système solaire, plus jaunâtre et moins lumineuse. À proximité, on peut voir Mars, la quatrième planète, beaucoup moins brillante parce qu’elle se trouve actuellement de l’autre côté du Soleil.

Mercure se trouve à environ 40 % de la distance qui sépare la Terre du Soleil, ce qui signifie que, de notre point de vue, elle n’est jamais très loin du Soleil dans le ciel et que sa période orbitale, soit le temps qu’il lui faut pour faire une révolution complète autour du Soleil, est courte, soit 88 jours. En comparaison, il faut environ 365 jours à la Terre. La planète a d’ailleurs reçu le nom du messager des dieux dans la mythologie romaine en raison de la grande vitesse à laquelle elle se déplace dans le ciel. Elle ne demeure jamais bien longtemps dans un angle écarté du Soleil. En quelques semaines à peine, elle se remet en conjonction avec l’astre solaire. Pour voir Mercure, il faudra profiter de l’occasion qui s’offre ces jours-ci ou attendre en décembre, lorsqu’elle sera passée de l’autre côté de son orbite, et apparaîtra alors bas dans le ciel à l’ouest, après le coucher du Soleil.

La meilleure façon de repérer Mercure et de l’observer sans danger est d’utiliser l’horizon pour bloquer les rayons du Soleil. Lorsque Mercure est à l’ouest (à droite) du Soleil, elle est visible à l’est avant l’aube; lorsqu’elle est à l’est (à gauche) du Soleil, il faut la chercher à l’ouest après le coucher. Toutefois, comme Mercure ne demeure jamais visible pendant plus de 90 minutes avant de se lever ou de se coucher, on ne la voit jamais contre un fond très noir et jamais très au-dessus de l’horizon. À certains endroits, on ne la voit même jamais. Voici donc une méthode pour voir cette planète discrète. Mercure est suffisamment brillante pour être vue le jour, mais pas à l’œil nu. Il faut un télescope ou des jumelles pointés au bon endroit. Étant donné la proximité de la planète avec le Soleil, il est très dangereux de balayer le ciel avec des instruments optiques pour la trouver, car on risque trop facilement de croiser le Soleil. Même si cela ne dure qu’une fraction de seconde, les rayons solaires concentrés à travers une lentille peuvent causer des dommages irréparables à la rétine. Il faut absolument attendre que le Soleil soit entièrement descendu sous l’horizon.

À notre distance du Soleil, chaque mètre carré de la couche supérieure de l’atmosphère terrestre reçoit environ 1 400 Watts d’énergie solaire. Mercure en reçoit environ 8 800 Watts. Il n’est donc pas étonnant qu’elle soit si chaude. Sur le côté faisant face au Soleil, au beau milieu de la journée, lorsque le Soleil est au zénith, le mercure peut grimper à 430 °C. La nuit, la température au même endroit peut atteindre 170 °C. Fait étrange, il y a des cratères près des pôles où les rayons du Soleil n’ont jamais pénétré et qui pourraient être parmi les endroits les plus froids de notre système solaire.

La Terre est enveloppée d’une atmosphère dense qui, à la façon d’une couverture isolante, uniformise les températures. L’action du vent et des phénomènes climatiques y contribue également. Mercure, elle, est pratiquement dépourvue d’atmosphère. La chaleur à sa surface provient des rayons du Soleil qui la frappent directement ou qui y sont réfléchis. Les endroits qui ne reçoivent jamais la lumière du Soleil, réfléchie ou directe, et qui, faute d’atmosphère, peuvent renvoyer dans l’espace l’énergie thermique qu’ils ont pu emmagasiner, sont très froids. On pourrait ainsi croire qu’après des milliards d’années d’alternance de froid et de chaleur intenses, Mercure aurait fini par se dessécher, mais ce n’est pas le cas. Lors de son passage en orbite autour de la planète en 2011 et 2015, la sonde Messenger a trouvé de la glace dans les endroits les plus sombres et les plus froids. Mercure n’a donc pas fini de nous livrer ses secrets.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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