De la géologie spatiale?

Ken Tapping, le 21 octobre 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Saturne brille bas dans les lueurs du couchant.
  • Vénus se lève avant 4 heures, suivie de Jupiter et de Mars, les deux très proches l’une de l’autre.
  • La Lune entrera dans son premier quartier le 20 et sera pleine le 27.

Il y a quelque temps, j’ai envoyé une photo d’un affleurement rocheux à un bon ami géologue, sans rien dire sur sa provenance. On y distinguait des strates bien distinctes. Mon ami m’a expliqué que ces roches étaient formées de sédiments qui s’étaient déposés au fond d’une grande étendue d’eau relativement tranquille. Le niveau de l’eau aurait fluctué de façon périodique, allant parfois jusqu’à l’assèchement complet. Le cycle se serait produit de plus en plus souvent jusqu’à ce que l’eau disparaisse pour de bon. Je ne vous dis pas la surprise de mon ami quand je lui ai révélé qu’il s’agissait d’une photo de Mars prise par Curiosity, le minirobot mobile (ou rover) qui arpente actuellement la surface de la planète rouge. Tout ce qu’on découvre aujourd’hui sur les objets de notre système solaire et au-delà nous montre à quel point nos connaissances en astronomie évoluent et continuent d’évoluer.

Même si l’astronomie est une des sciences les plus anciennes, pendant très longtemps, elle s’est limitée à mesurer la position de différents objets dans le ciel et les changements observés, comme les mouvements apparents du Soleil, de la Lune et des planètes par rapport aux étoiles. Nos ancêtres se sont toutefois rapidement rendu compte que les mouvements réels étaient très différents de ce que l’on voyait de la Terre. Ils pouvaient prédire une éclipse solaire des années à l’avance, mais avaient beaucoup de difficulté à prévoir le temps qu’il ferait dans les jours qui suivraient, ce qui est toujours le cas aujourd’hui. Il en allait autrement des objets célestes, dont les mouvements étaient réguliers et bien ordonnés, mis à part une accidentelle comète lancée par les dieux comme augure de malheur. On peut penser que c’est ainsi que l’astrologie est née, mais contrairement à l’astronomie qui s’est imposée comme une science, l’astrologie est demeurée un recueil de vieilles superstitions.

Pendant des milliers d’années, la seule planète pouvant être étudiée en profondeur était la nôtre, d’où l’éventail des disciplines scientifiques portant sur cet objet qui se sont développées : la géologie, la géographie, la géophysique et ainsi de suite, l’élément « géo » signifiant « Terre ». Une branche des mathématiques, la géométrie, s’intéresse même à l’espace. La chenille arpenteuse est appelée aussi chenille « géomètre », car elle se déplace comme si elle mesurait soigneusement la distance qu’elle parcourt sur le sol.

Dans les années 1960, l’astronomie a connu une véritable révolution. Jusque-là, elle n’avait pas autant avancé que les autres sciences de la Terre, car malgré tous les progrès des instruments d’observation, les planètes demeuraient de lointains disques ceinturés de nuages ou mouchetés de taches subtiles. On en connaissait peu sur la surface de ces objets et encore moins sur ce qui se trouvait sous celle-ci. La Lune était le seul objet que l’on pouvait véritablement étudier en détail et malgré tout, les scientifiques se disputaient à savoir si les cratères lunaires avaient été causés par des volcans ou par des impacts. En 1969, nous avons marché sur la Lune et nous avons alors pu voir de près la surface de notre satellite et découvrir toutes ses particularités, comme on peut le faire sur Terre. Au cours des décennies qui ont suivi, les sondes, les orbiteurs, les modules atterrisseurs et les rovers envoyés en exploration spatiale nous ont transmis des images détaillées d’autres planètes et lunes. On trouve maintenant des livres sur la géologie lunaire, martienne et celle d’autres mondes. Nous aurons bientôt une description détaillée de la géologie de Pluton et de Charon, son plus gros satellite. Il existe également des cartes « géographiques » de ces mondes lointains. J’ai dans ma bibliothèque un ouvrage intitulé « Planetary Science – the Geological Perspective », qui traite de géologie extraterrestre. Aujourd’hui, le sens du préfixe « géo » s’est élargi pour englober tous les types d’objets célestes, les planètes comme les astéroïdes, ainsi que les lunes et les comètes. La géologie est ainsi devenue l’étude des matériaux et des processus qui entrent dans la formation d’objets, la géographie, l’étude de leur surface. Cette évolution de sens montre que nous pouvons désormais comparer notre planète à d’autres mondes et qu’elle est devenue une planète parmi d’autres.

L’astronomie a donc connu une profonde évolution. De science traditionnelle, elle est devenue un savoir appliquant toutes les autres sciences à des objets autres que notre bonne vielle Terre.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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