Les deux visages des comètes

Ken Tapping, le 14 octobre 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Saturne brille bas dans les lueurs du couchant.
  • Vénus, Mars et Jupiter, ces deux dernières très proches l’une de l’autre, seront bas dans le ciel à l’est vers 4 heures.
  • La Lune entrera dans son premier quartier le 20 octobre.

En 1908, un objet venant de l’espace a explosé haut dans l’atmosphère au-dessus de Toungouska, en Sibérie. L’explosion a été si violente que son souffle a couché les arbres sur des kilomètres et a fait trembler les verres jusque dans les troquets parisiens, à des milliers de kilomètres du point d’impact. On soupçonne que l’explosion aurait été causée par une comète, amas de glace sale d’un ou deux kilomètres de diamètre. Si elle était survenue au-dessus de l’Europe de l’Ouest, elle aurait causé une dévastation monumentale. On peut facilement comprendre qu’au Moyen-Âge les comètes étaient vues comme de mauvais présages. Shakespeare lui-même, dans son Jules César, utilise une comète pour annoncer l’assassinat de l’empereur. « Quand il meurt des mendiants, on ne voit pas des comètes; mais les cieux mêmes signalent par leurs feux la mort des princes. » Les collisions avec des comètes peuvent toutefois être bénéfiques – sans elles, la Terre serait un monde aride et sans vie.

Au moment de sa formation par l’agrégation de petites parcelles de matière il y a 4,5 milliards d’années, la Terre était une boule de magma en fusion. L’énergie dégagée par les collisions entre particules faisait effectivement fondre la matière. L’eau présente, le cas échéant, se serait transformée en vapeur surchauffée qui serait montée à haute altitude où elle aurait été balayée par la force des vents soufflés par notre jeune étoile. Les températures étaient alors beaucoup trop élevées pour permettre aux éléments fondamentaux existants de se combiner pour former des composés organiques complexes. Pour ces raisons, on a suggéré qu’il a fallu attendre que la Terre se refroidisse pour que l’eau et les composés organiques puissent s’accumuler sans se dégrader. Il se peut aussi que ces substances aient été apportées sur Terre par des comètes faites de glace et d’autres matériaux provenant des confins du système solaire qu’elles viennent déposer dans la banlieue proche du Soleil, là où nous vivons.

Les nuages sombres et froids de l’espace intersidéral sont des amas de gaz, de glace, de poussières et de substances organiques résultant de réactions chimiques qui se sont produites entre les déchets de la production d’énergie d’étoiles disparues depuis longtemps. Ces substances comprennent notamment l’eau, le méthane, l’acide cyanhydrique, l’alcool et l’ammoniaque. Lorsqu’on fait passer une décharge électrique dans un mélange de toutes ces substances, pour simuler ce qui se produit dans l’atmosphère d’une jeune planète, on obtient des aminoacides, essentiels à la vie.

Il existe une abondance de reliquats de la formation du Soleil et des planètes dans les régions du système solaire au-delà de Pluton. À cette distance du Soleil, ils se sont préservés à l’état glacé pendant des milliards d’années. Il arrive à l’occasion qu’un amas soit dévié de sa course et mis sur une trajectoire intérieure où il risque d’entrer en collision avec la Terre ou une autre planète. Les très nombreuses comètes qui ont heurté la Terre dans ses jeunes années ont pu ainsi y apporter l’eau et les matériaux bruts nécessaires à la vie. Celle-ci est probablement apparue aussitôt que la température à la surface du globe l’a permis. On retrouve des fossiles d’organismes primitifs dans la roche datant de 3,5 milliards d’années, à peine un milliard d’années après la formation de la Terre. Ces créatures ont relativement peu changé jusqu’à l’explosion de formes de vie de plus en plus complexes survenue il y a environ 500 millions d’années. On comprend ainsi pourquoi la science porte un si grand intérêt aux comètes et pourquoi on envoie des sondes spatiales pour étudier de près celles qui s’aventurent près de nous. La sonde Rosetta a ainsi analysé récemment des échantillons de vapeur d’eau libérée par la comète 67P qu’elle poursuit. Jusqu’à présent, les résultats semblent indiquer que la majeure partie de l’eau à la surface du globe n’aurait pas été apportée par les comètes, contrairement aux substances organiques. Malgré tout ce que la Terre doit aux comètes qui se sont écrasées à sa surface par le passé, espérons qu’aucune ne nous heurte prochainement.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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