L'énigmatique Pluton

Ken Tapping, 2 septembre 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Saturne apparaît bas dans le ciel au sud-ouest en soirée.
  • Les lueurs de l’aube éclipsent Vénus et Mars.
  • Si vous avez la chance d’avoir un ciel très sombre, vous pourrez voir l’arche de la Voie lactée, qui passe pratiquement au-dessus de nos têtes à ce temps-ci de l’année. Munissez-vous de jumelles!
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 5.

Au XIXe siècle, les astronomes ont constaté une anomalie dans l’orbite d’Uranus, septième planète de notre système solaire, la Terre occupant la troisième position. Uranus ne se présentait pas aux endroits prévus de sa trajectoire au moment où l’on s’y attendait. Quelque chose perturbait sa course. Après de savants calculs, l’astronome français Urbain Le Verrier en déduisit que les perturbations de l’orbite d’Uranus devaient être causées par une planète inconnue. Il se mit donc en quête de cette planète. C’est cependant à l’astronome allemand Johann Galle que l’on doit sa découverte en 1846, très près de la position prédite par Le Verrier. La planète a été baptisée Neptune. Des années plus tard, d’autres astronomes constatèrent que l’orbite de Neptune était aussi faussée, probablement par une autre planète inconnue. Les scientifiques entreprirent donc de calculer l’endroit où devait se trouver cette planète et se lancèrent à sa recherche. L’astronome Clyde Tombaugh la découvrit en 1930, cette fois aussi à proximité de l’endroit où elle devait se situer en théorie. La nouvelle venue qui reçut le nom de Pluton suscitait plus d’interrogations que de réponses. Tout d’abord, elle était beaucoup trop petite pour être à l’origine des perturbations qui ont mené à sa découverte. En fin de compte, ces anomalies avaient une tout autre cause. La découverte de Pluton s’est en fait avérée tout à fait fortuite et sans signification sur le plan scientifique, même si la planète avait été trouvée à proximité de l’endroit prévu. Depuis, Pluton nous livre énigme après énigme.

Après la découverte de Pluton, les astronomes calculèrent avec précision sa position pour déduire son orbite. Il leur fallut peu de temps pour comprendre que quelque chose ne tournait pas rond. Toutes les autres planètes de notre système tournent autour du Soleil comme des coureurs sur une piste, chacune campée dans son couloir. Aucune d’entre elles ne croise l’orbite d’une autre planète – sauf Pluton. Une partie de l’orbite plutonienne se trouve en effet à l’intérieur de l’orbite de Neptune, alors que le reste du tracé réside à l’extérieur. Rien d’ailleurs n’exclut une éventuelle collision entre les deux planètes un jour. L’orbite inhabituelle de Pluton pourrait s’expliquer par le fait qu’il s’agit d’un ancien satellite de Neptune qui aurait réussi à se libérer de son attraction gravitationnelle pour orbiter librement autour du Soleil.

Plus les télescopes devenaient puissants, plus les astronomes découvraient aux confins de notre système solaire des objets s’apparentant à Pluton. Selon toute vraisemblance, Pluton n’était que le représentant le plus gros et le plus proche d’une nouvelle famille de corps célestes. Comme ces objets se trouvent dans une région appelée ceinture de Kuiper, Pluton a donc été reclassé comme un « objet de la ceinture de Kuiper ». Depuis, le débat à savoir si Pluton est une planète ou un autre type de corps céleste fait rage. Un appel aux voix lors d’une séance récente de l’Union astronomique internationale n’a pas réussi à faire taire les dissensions à ce sujet.

On pense que les objets de la ceinture de Kuiper seraient des reliquats de la formation du système solaire, d’où le grand intérêt que leur vouent les astronomes. La mission New Horizons a d’ailleurs été lancée pour répondre à ce désir de les observer de près. Comme Pluton fait partie de cette famille, il était logique de l’inclure dans la liste des destinations. Après un périple de presque dix ans, la sonde spatiale a croisé la planète et elle nous renvoie petit à petit les résultats des observations qu’elle a pu effectuer. La transmission s’effectue lentement en raison des distances astronomiques en jeu – la sonde se trouvant à quelque 5 900 millions de kilomètres de nous.

Elle s’est depuis enfoncée dans la ceinture de Kuiper pour y faire d’autres observations. La sonde nous a révélé que Pluton n’était pas, comme on le pensait, un corps de glace et de roche qui avait traversé des milliards d’années impassiblement; au contraire, le planétoïde est doté d’une activité géologique. Si d’autres objets de la ceinture de Kuiper ressemblent à Pluton, il sera alors facile de les classer, Pluton pouvant nous servir de modèle d’étude plus au moins typique. Si au contraire, Pluton demeure unique en son genre, il nous faudra alors répondre à de nombreuses autres questions, ce qui ne serait pas un mal en soi. Ce sont effectivement les découvertes qui font surgir les interrogations à la douzaine qui rendent la recherche scientifique si trépidante.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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