Sommes-nous seuls?

Ken Tapping, le 19 août 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus et Jupiter sont pratiquement dans l’axe du Soleil et se fondent dans sa lumière.
  • Mars trône bas dans le ciel à l’aube.
  • Saturne est visible au sud-ouest en soirée, un objet de couleur ambré ressemblant à une étoile modérément lumineuse, mais brillant en continu.
  • La Lune entrera dans son premier quartier le 22.

L’existence de vie ailleurs dans l’Univers fait aujourd’hui plutôt consensus. Il ne nous reste qu’à le démontrer. La question reste à savoir s’il y a une autre forme d’intelligence. Y a-t-il sur d’autres planètes des êtres vivants qui se demandent s’ils sont seuls dans l’Univers en contemplant l’infini du ciel? Comme on le sait aujourd’hui, il existe des myriades de galaxies, chacune renfermant des milliards d’étoiles et de planètes, il doit donc nécessairement exister d’autres formes d’intelligence dans le cosmos, même si la probabilité que la vie éclose sur une planète est infime. Alors, comment savoir assurément que nous ne sommes pas seuls?

Il y a environ une centaine d’années, nous avons commencé à émettre tout un éventail de signaux radio puissants. À l’heure actuelle, il doit exister des millions de stations de radio et de télévision de par le vaste monde, sans compter les nombreux radars grande puissance et les autres émetteurs en fonction. Tous les signaux émis sur Terre se propagent dans l’espace et à ce jour, les premiers ont parcouru quelque 100 millions d’années-lumière. Une année-lumière est la distance que parcourent les ondes lumineuses (ou radio) en une année, soit l’équivalent d’un peu moins de 10 millions de kilomètres. La sphère que tracent les transmissions radio autour de la Terre s’étend constamment et englobe maintenant quelques milliers d‘étoiles. S’il se trouve des radiotélescopes sur des planètes orbitant autour de ces étoiles, réglés à la bonne fréquence et pointant dans la bonne direction, ils pourraient bien détecter nos signaux. Quant à savoir ce qu’ils comprendraient à nos émissions de télévision, on l’ignore, mais c’est peut-être la raison pour laquelle ils ne nous rendent pas visite.

Dans les années 1960, le radioastronome américain Frank Drake s’est mis à sonder les signaux radio émis par un petit nombre d’étoiles proches au moyen d’un radiotélescope. Il n’a rien trouvé de concluant, mais sachant toutes les conditions à remplir, ce silence radio n’a rien d’étonnant. Les étoiles scrutées sont-elles entourées de planètes et si oui, abritent-elles la vie? Une intelligence? Est-elle suffisamment avancée technologiquement pour émettre des ondes radio? Dans notre direction? Le fait-elle en ce moment même? À quelles fréquences? Saurions-nous reconnaître l’origine artificielle de ces signaux? Frank Drake a compilé toutes ces inconnues dans une équation baptisée « équation de Drake ». En calculant toutes les variables, on obtient le nombre de civilisations en mesure de transmettre des signaux radio. À l’époque où Frank Drake a élaboré son équation, on ignorait la plupart des nombres nécessaires pour remplir les cases de l’équation. On ne savait même pas si d’autres étoiles possédaient des planètes.

Nous avons cependant fait beaucoup de progrès depuis. Nous savons aujourd’hui que les systèmes planétaires sont chose courante et nous avons même découvert des planètes ressemblant à la Terre. Nous pourrions ainsi concentrer nos recherches sur celles-ci. La question est de savoir s’il y a effectivement des êtres extraterrestres qui transmettent des signaux radio en ce moment et le cas échéant, si ces signaux se dirigent dans notre direction. Enfin, à quoi ressemblent ces signaux?

Heureusement, la technologie a fait des bonds prodigieux depuis l’époque de Frank Drake. Nous pouvons aujourd’hui capter d’immenses portions du spectre radio d’un seul coup et traiter les signaux selon plusieurs méthodes pour détecter différents types de signaux artificiels. Les supercalculateurs que le Canada a mis au point dans le cadre de sa contribution à certains grands projets de radiotélescopes internationaux démontrent bien tout ce que peuvent révéler les signaux radio à l’analyse. De plus, les radiotélescopes sont considérablement plus sensibles qu’auparavant et ils continuent constamment de s’améliorer.

La grande question est de savoir si nous sommes seuls dans l’immensité de l’Univers. Les théologiens et les philosophes jonglent avec la question depuis des siècles, mais il y a fort à parier que la science nous fournira une réponse prochainement.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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