Dessine-moi un extraterrestre

Ken Tapping, le 5 août 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus et Jupiter sont éclipsés dans les feux du couchant.
  • Saturne est visible au sud.
  • Mars apparaît dans la lumière de l’aube, bas à l’horizon.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 6.

Dernièrement, les scientifiques de l’observatoire spatial Kepler ont annoncé la découverte d’une exoplanète très semblable à la Terre. Kepler scrute un vaste champ d’étoiles à la recherche de l’infime baisse de luminosité qui se produit lorsqu’une planète passe devant son étoile. En analysant de manière approfondie ces clignements, on peut en apprendre beaucoup sur les planètes, y compris leur taille, leur distance de leur étoile et plus encore. Ce qui nous intéresse surtout est de savoir si la planète est habitée et si oui, à quoi ressemblent ses habitants.

Ici sur Terre, on découvre chaque année de nouvelles formes de vie dans des environnements hostiles. Ces découvertes nous amènent à réviser constamment nos postulats sur les conditions essentielles à l’éclosion de la vie. Un plus grand nombre de planètes pourraient donc abriter la vie, mais la grande diversité des expressions du vivant complique la recherche. Je vous propose de faire un rappel des conditions essentielles à la vie.

Tout d’abord, les êtres vivants ont besoin d’un environnement qui est suffisamment stable pour se développer et qui évolue à un rythme leur permettant de s’adapter. Les variations brusques ne doivent pas être importantes au point d’entraîner la disparition d’un trop grand nombre d’individus pour empêcher la population de se rétablir. Il faut aussi de la matière brute appropriée – de la nourriture dans notre cas – en quantités suffisantes pour permettre aux créatures de grandir et de se reproduire. Une source d’énergie est également indispensable. Les plantes utilisent la lumière du Soleil, nous comptons sur l’action de l’oxygène présent dans l’atmosphère sur les substances chimiques qui composent notre nourriture. Il y a donc un large éventail d’environnements possibles et il est probable qu’il existe des formes de vie très bizarres dans l’Univers, mais pour simplifier notre recherche, nous devons concentrer notre tir.

Au cours de leur existence, les étoiles transforment l’hydrogène qu’elles renferment en d’autres éléments qu’elles libèrent dans les nuages de gaz et de poussières interstellaires en mourant. Après quelques générations d’étoiles, ces nuages deviennent riches en éléments de toutes sortes, qui réagissent entre eux pour former d’autres composés chimiques. Nous avons identifié un nombre incalculable de composés différents dans ces nuages, dont l’ammoniac, l’eau, le monoxyde de carbone, le méthane et d’autres hydrocarbures, l’acide cyanhydrique et même des aminoacides simples – composants élémentaires des protéines. Lorsque l’on fait passer une décharge électrique dans un mélange de composés chimiques, comme on en trouve dans l’atmosphère d’une jeune planète, de façon à simuler un éclair, on obtient après quelque temps une substance noirâtre riche en aminoacides. Il semblerait que la chimie à l’œuvre dans le cosmos favorise les formes de vie partageant une chimie semblable à la nôtre. Comme l’eau liquide est un élément important de notre chimie organique, les planètes qui en possèdent ou qui sont susceptibles d’en posséder nous intéressent particulièrement.

Cela n’exclut pas l’existence d’êtres vivants nageant dans de l’azote liquide ou s’épanouissant au cœur du plasma stellaire ou du champ magnétique d’une planète, mais en nous concentrant sur une filière chimique comme la nôtre, nous pouvons mieux cibler nos recherches. Par exemple, nous devrions pouvoir détecter les planètes qui abritent des êtres vivants ayant une chimie semblable à la nôtre en cherchant la présence d’oxygène dans leur atmosphère. Sur Terre, l’oxygène est constamment renouvelé par les végétaux. Si l’on découvre de l’oxygène dans l’atmosphère d’une exoplanète éloignée, on peut en déduire que le même procédé de synthèse s’y produit.

Le fait de partager une chimie semblable ne signifie pas pour autant que les extraterrestres nous ressemblent. Les formes de vie terrestre sont le résultat de milliards d’années d’évolution, de sélection naturelle et d’accidents, tels que des catastrophes naturelles. Il est peu probable que d’autres planètes aient connu un parcours identique, ce qui signifie que les formes de vie qui y existent seront uniques. Les chances qu’un extraterrestre humanoïde affichant de légères différences par rapport à notre morphologie, comme les personnages que l’on voit dans Star Trek, Star Wars ou Doctor Who, sont infinitésimales.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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