Rendez-vous avec Pluton

Ken Tapping, le 8 juillet 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus et Jupiter sont bas à l’horizon à l’ouest après le coucher du Soleil. Vénus est la plus lumineuse.
  • Saturne brille au sud toute la nuit.
  • Lune entrera dans son dernier quartier le 8.

Le 14 juillet, après un périple de plus de neuf ans, la sonde New Horizons s’approchera enfin de la planète Pluton. Ce rendez-vous nous fournira les premières images détaillées de la planète naine et de ses satellites. La sonde poursuivra ensuite son périple, croisant d’autres objets éloignés sur son passage avant de s’aventurer dans l’espace interstellaire.

Découverte en 1930, Pluton n’était alors qu’un minuscule point changeant de position entre deux clichés de cartographie du ciel. Nous n’avons du reste jamais eu d’images beaucoup plus nettes de celle qui a été pendant un certain temps la dernière planète du Système solaire. Les meilleures images la montrent comme un disque flou parsemé de taches sombres et claires. On a pu établir qu’elle avait un diamètre d’environ 1 100 kilomètres, soit le quart de celui de Mercure et le tiers de celui de la Lune. En 1978, on a découvert que Pluton avait un satellite, Charon, compagnon bien nommé du dieu des enfers. Depuis, d’autres satellites ont été découverts : Nix, Hydra, Kerbéros et Styx. Il reste que Pluton est tellement éloignée de nous que le seul moyen d’éclaircir son mystère est d’aller à sa rencontre.

Au fil des données amassées sur Pluton, il est devenu évident qu’elle faisait bande à part. Tout d’abord, les autres planètes orbitent toutes plus ou moins sur le même plan, un peu comme des billes roulant sur un plateau, alors que la trajectoire de Pluton forme un angle prononcé avec ce plan. Deuxièmement, les autres planètes tournent autour du Soleil sans jamais croiser d’autres planètes; chacune demeurant sur son orbite parallèle, alors que Pluton croise la trajectoire de Neptune. Son orbite est aussi inhabituellement allongée, si bien que sa distance du Soleil varie entre 29 et 49 fois la distance qui sépare la Terre du Soleil et qu’il lui faut pratiquement 250 ans pour accomplir une révolution complète – une année plutonienne – autour du Soleil.

L’orbite terrestre étant pratiquement circulaire, le cycle des saisons est attribuable à l’inclinaison de l’axe de rotation du globe. En été, l’hémisphère nord est incliné vers le Soleil, ce qui signifie que l’hémisphère sud est orienté dans l’autre direction : c’est donc l’hiver dans cette partie du globe. La situation se renverse six mois plus tard. L’alternance des saisons sur Pluton tient plutôt à la variation de la distance de la planète par rapport au Soleil. Au point le plus éloigné du Soleil, la température à la surface de Pluton oscille autour de -240 °C. Après la moitié d’une année plutonienne, soit 125 années terrestres, la planète se trouve au point le plus rapproché du Soleil et la température grimpe alors jusqu’à ‑220 °C. À cette température, les principaux gaz de notre atmosphère seraient gelés en permanence. On pense que les rochers à la surface de Pluton sont formés d’azote solide principalement, ainsi que de monoxyde de carbone et de méthane. Pluton est dotée d’une mince atmosphère, comme l’atteste l’horizon voilé.

Dans les années 1930, Pluton était comme la planète la plus éloignée du Système solaire, on pensait même que d’autres planètes pourraient être découvertes encore plus loin. Aujourd’hui, les objets transneptuniens, qui sont des protoplanètes formées de glace dont l’évolution n’a pas abouti, sont classés dans une autre catégorie. Ils se trouvent dans la ceinture de Kuiper. Ces naines glacées sont en fait des amas de matière brute datant de la formation de notre système planétaire et elles intéressent donc beaucoup les scientifiques.

Sur la surface rocheuse de Pluton, le Soleil luit faiblement, il ressemble en fait à une simple étoile tellement il est loin. Le ciel est noir et rempli d’étoiles. L’horizon est brumeux. La Terre est tellement éloignée qu’elle se perd dans la lumière du Soleil. Et il fait un froid inimaginable. Ce portrait représente tout ce que l’on sait et que l’on peut imaginer de Pluton à l’heure actuelle. Après le 14 juillet cependant, nous aurons une meilleure idée de Pluton, l’objet le plus éloigné que nous n’aurons jamais visité.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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