Zuben Elgenubi

Ken Tapping, le 17 juin 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Deux planètes dominent le ciel à l’ouest après le coucher du Soleil : Vénus, la plus basse et la plus brillante, et Jupiter.
  • Saturne est visible au sud.
  • La Lune sera nouvelle le 16 et entrera dans son premier quartier le 24.
  • Le 21 juin, le Soleil atteindra le point le plus au nord de son périple annuel, un événement appelé solstice d’été.

Zuben Elgenubi est l’ancien nom arabe de l’étoile la plus brillante de la constellation de la Balance. Ce nom, qui signifie « la pince du sud », date de l’époque où l’étoile faisait partie de la constellation voisine, le Scorpion. La deuxième étoile de la Balance, Zuben Elchamali, « la pince du nord », appartenait aussi au Scorpion. Pour trouver ces étoiles, il faut d’abord trouver Antares, l’étoile rougeâtre lumineuse visible au sud ces jours-ci. Saturne, la planète ambrée, brille avec éclat au-dessus de cette étoile. Pour les distinguer, il suffit de se rappeler que les étoiles scintillent et pas les planètes. Zuben Elchamali se trouve à une distance d’Antares équivalant à la distance entre Antares et Saturne. Tirez ensuite une ligne perpendiculaire vers le bas d’une longueur équivalant à la distance entre Saturne et Zuben Elchamali pour trouver Zuben Elgenubi. Cherchez bien, car ces deux étoiles ne sont pas très lumineuses.

Ce sont nos lointains ancêtres qui nous ont légué ces appellations imagées et romantiques. Autour de feux de camp, ils transposaient leurs récits, leurs légendes et leurs héros dans le ciel étoilé. Les constellations sont un vaste bestiaire qui comprend des ours, des lions, des serpents, un scorpion, un cygne, un aigle ainsi que des héros comme Orion, Persée et Hercule. Les étoiles qui dessinent ces constellations ont reçu le nom de partie du corps du héros ou de l’animal qu’elles représentaient ou dans certains cas, un nom qui évoque une de leurs caractéristiques comme la couleur ou l’apparence. Par exemple, Sirius signifie « la brillante », un nom qu’elle porte bien dans le ciel sombre d’hiver. Cette façon de nommer les étoiles est si solidement ancrée dans notre rapport à la nature que nous l’avons perpétuée pour les étoiles de l’hémisphère sud : une croix, un paon, une mouche, différentes parties corps du héros grec Jason, un télescope, un microscope, un chevalet et même une pompe à air. Comme c’est le cas pour leurs contreparties de l’hémisphère nord, la correspondance entre le nom des constellations et leur configuration ne tient qu’à un fil.

Il y a eu plusieurs tentatives de réforme de la nomenclature des constellations, notamment pour adopter des symboles religieux ou des noms de personnalités politiques. Chaque fois ce fut un échec. Aujourd’hui, c’est l’Union astronomique internationale (UAI) qui a la prérogative de nommer les constellations et autres objets célestes. Cette organisation protège les noms existants et soumet la désignation de tous les nouveaux objets à la concertation. Il subsiste cependant des traces d’une tentative de rationalisation datant d’avant la fondation de cet organisme. La plupart des étoiles ont en effet une double désignation : leur nom traditionnel et un autre nom en vertu de la classification de Bayer.

Johann Bayer est un astronome qui a chevauché le XVIe et le XVIIe siècle. Il a proposé une méthode simple de désignation reposant sur l’alphabet grec. Dans cette convention, les étoiles étaient désignées par luminosité décroissante, la plus brillante était alpha, la deuxième, beta, et ainsi de suite. Sirius est devenue Alpha Canis Majoris – l’étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien, et Antares, Alpha Scorpii, la plus brillante de la constellation du Scorpion. Le catalogue de Bayer a l’avantage d’indiquer à quelle constellation appartient chaque étoile et souvent son rang. Il est toutefois limité, car l’alphabet grec ne compte que 24 lettres, un nombre insuffisant pour certaines constellations.

Malgré l’utilité et la logique de la nomenclature de Bayer, il serait triste d’abandonner les anciens noms d’étoiles. La mythologie et l’histoire écrites dans le firmament donnent à l’astronomie un charme que les autres sciences, à commencer par la physique des particules élémentaires, n’ont pas. Même si les désignations Alpha Librae et Beta Librae sont plus précises, Zuben Elgenubi et Zuben Elchamali sont bien plus pittoresques.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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