Voyage vers Pluton

Ken Tapping, le 13 mai 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus luit à l'ouest avec l'intensité d'un projecteur après le coucher du Soleil; Jupiter brille avec presque autant d'éclat haut dans le ciel, au sud-ouest.
  • Saturne se lève vers .
  • .

La réunion tenue en 2006 par l'Union astronomique internationale (UAI), organisme international habilité à se prononcer sur ces questions, a été, selon le point de vue que l'on adopte, le théâtre d'un débat raisonné exhaustif ou d'une foire d'empoigne passionnée au sujet de Pluton. Depuis sa découverte en 1930, Pluton était considérée comme la 9ième planète du système solaire, la plus éloignée du Soleil. Dans l'ordre, il y avait Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Pluton. Lors de cette réunion historique, l'auguste assemblée de l'UAI a décidé à la majorité des voix de rétrograder Pluton au rang de « planète naine ». Neptune a donc repris le titre de planète la plus éloignée du soleil. La décision n'a pas fait l'unanimité et n'a pas non plus reçu l'assentiment général de la communauté astronomique. Depuis, le débat couve. Pourtant, 2006 n'a pas été mauvaise sur toute la ligne pour Pluton, puisque la NASA a lancé cette année-là une sonde qui devait passer à proximité de celle‑ci.

Les quatre premières planètes du système solaire sont des « boules de roches » pourvues d'une atmosphère passablement mince. L'atmosphère de Mercure est même très mince. Les quatre dernières planètes sont au contraire d'énormes objets constitués essentiellement de gaz entourant un petit noyau de roche ou de glace. On les appelle pour cette raison des « géantes gazeuses ». La théorie actuellement retenue veut qu'à la formation du système solaire, il y a quelque 4,5 milliards d'années, les planètes rocheuses étaient tellement proches du Soleil que la plus grande partie de leur atmosphère a été soufflée par l'embrasement de la nouvelle étoile, alors que les géantes gazeuses se trouvaient suffisamment loin pour être épargnées. L'étude d'exoplanètes en orbite autour d'autres étoiles a cependant révélé que cela n'était pas aussi simple. Si on suit la logique du système solaire, soit des planètes rocheuses près du Soleil et des géantes gazeuses plus éloignées, à quoi Pluton devrait-elle ressembler?

Les télescopes spatiaux et terrestres nous ont révélé plusieurs choses sur Pluton. D'un diamètre d'environ 2 400 km, elle est plus petite que la Lune, qui fait 3 500 km. Étant 40 fois plus éloignée du Soleil que la Terre, elle reçoit environ 1/1 600 de la lumière et de la chaleur de cette étoile. Comme on pouvait s'y attendre, il y fait extrêmement froid, et le mercure s'y maintient autour de −229 °C. Pluton est pourvue d'une atmosphère très mince, composée d'azote, de méthane et de monoxyde de carbone. Étant donné que la distance de Pluton au Soleil varie légèrement selon sa position sur son orbite de 250 ans, la planète connaît des variations de température saisonnières. On peut voir des signes de givre laissés par les gaz gelés à sa surface, qui retournent à la phase gazeuse au « printemps ». Même si elle est minuscule, Pluton compte au moins quatre satellites : Charon, Hydre, Kerbéros et Styx, des compagnons bien choisis pour le dieu des enfers.

Pluton n'est pas une géante gazeuse et elle ne ressemble pas non plus aux quatre planètes telluriques du système solaire intérieur. Elle semble être le premier spécimen connu d'une autre catégorie de corps célestes qu'on ne retrouve qu'aux confins sombres et glacés du système solaire – les reliquats congelés de la genèse de notre système planétaire. C'est donc pour percer le mystère de Pluton que la NASA a lancé une sonde en 2006 vers ce monde lointain. La sonde parviendra à destination en juillet prochain, au terme d'un voyage qui aura duré neuf ans. Pour des questions de poids, la sonde n'a ni les capacités ni le carburant nécessaires pour ralentir et se placer en orbite autour de la planète, ce qui aurait été formidable. Elle devra se contenter de la frôler à grande vitesse. Néanmoins, lors de son passage à proximité de la planète, les appareils photo et autres instruments de bord enregistreront le maximum de données. Après neuf ans d'attente, il sera difficile de trouver la patience nécessaire pour attendre les cinq heures qu'il faudra aux signaux radio émis par la sonde pour franchir la distance qui sépare Pluton de la Terre. Peut-être en apprendrons-nous alors assez pour demander à l'UAI de réviser la décision prise en 2006 au sujet de Pluton.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

Tél. : 250-497-2300
Téléc. : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

Date de modification :