Y a-t-il quelqu'un à l'écoute?

Ken Tapping, le 6 mai 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus luit brillamment à l’ouest après le coucher du Soleil; Jupiter brille avec presque autant d’éclat haut dans le ciel, au sud-ouest.
  • Saturne se lève vers 23 h.
  • La Lune dessinera son dernier quartier le 11.

En 1960, Frank Drake, astronome à l’Université Cornell, a été le premier à utiliser un radio télescopepour tenter de détecter les signaux d’éventuelles civilisations extraterrestres. Son projet, baptisé « Ozma », a marqué le début des efforts pour détecter des signaux radio provenant d’intelligences extraterrestres. Évidemment, seule une civilisation très évoluée pourrait transmettre des signaux dans l’espace jusqu’à nous. Pour réussir à les capter, il faudrait diriger nos antennes dans la bonne direction au bon moment et aussi, régler nos récepteurs sur la bonne fréquence.

Autre problème : nous ne savons pas quelle technologie serait utilisée pour transmettre l’information par les signaux radio. La télévision, la radio et les réseaux sans fil utilisent les ondes radio pour transporter de l’information d’un endroit à un autre. Cette information est intégrée à un signal radio artificiel (au moyen d’un procédé appelé « modulation ») qui sert à la transmettre. À l’arrivée, le signal est capté par une antenne de réception et l’information est tout simplement extraite des ondes porteuses. Il existe un grand nombre de méthodes de codage. Certaines produisent des signaux que l’on reconnaît d’emblée comme des signaux artificiels, et ce, sans même avoir besoin de les comprendre. D’autres génèrent des signaux difficiles à distinguer des signaux cosmiques. Pour cette raison, détecter et décoder les signaux d’origine extraterrestre pourrait s’avérer beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît. Pour accroître les chances de succès, il faut sonder de vastes étendues du ciel, comportant des milliers d’étoiles, et syntoniser un large éventail de radio fréquences simultanément. Nous comptons bien sûr sur le fait que nos amis galactiques utilisent les ondes radio autant que nous, ce qui est loin d’être certain. Cette technologie serait en effet de peu d’utilité pour des êtres qui vivent sous l’eau. Certains ont émis l’hypothèse que les extraterrestres pourraient utiliser les ondes lumineuses pour communiquer. Ils émettraient des faisceaux de lumière infrarouge, ultraviolette ou dans le spectre visible au moyen de lasers très puissants pour envoyer des signaux dans l’espace. Ces signaux, lumineux ou radio, ne peuvent cependant être produits qu’au moyen de technologies semblables aux nôtres. Une autre solution pourrait nous permettre de détecter un large éventail de formes de vie ailleurs dans l’univers.

Ces dernières années, nous avons découvert l’existence de plus d’un millier d’exoplanètes orbitant autour d’étoiles. L’une des principales méthodes de détection utilisée à cette fin est celle des transits, c’est-à-dire que l’on mesure l’infime diminution de la luminosité que cause le passage d’une planète devant son étoile. Nous possédons aujourd’hui des instruments suffisamment sensibles pour détecter si ces planètes sont pourvues d’atmosphère et jusqu’à la composition de celle-ci. On analyse pour cela les raies spectrales caractéristiques d’éléments et de composés chimiques qui se trouvent dans la lumière captée, et l’on parvient ainsi à déduire la nature de l’environnement où ils se trouvent.

La température des étoiles est tellement élevée, que seuls certains composés chimiques exotiques peuvent y exister. Les signatures d’autres composés détectées par la méthode des transits révèlent les gaz qui forment l’atmosphère des planètes. L’oxygène est l’une des substances que l’on recherche le plus, parce que ce gaz ne se forme pas naturellement, il est produit par des êtres vivants – les plantes. Deplus, comme il est très réactif, il disparaît très rapidement de l’atmosphère et doit être constamment renouvelé. La présence d’oxygène est donc un bon indicateur de l’existence de la vie sur une planète. On connaît d’autres substances aussi et même plus réactives que l’oxygène qui sont associées aux êtres vivants, mais comme l’oxygène est l’élément le plus courant sur Terre, autant dans l’eau que dans les minéraux, il est logique qu’on l’utilise comme indicateur de la présence de la vie.

Si jamais nous parvenions à détecter des signes d’une intelligence extraterrestre ou des signaux radio ou lumineux, la capacité actuelle de nos technologies de communications fait en sorte qu’il faudrait des milliers d’années pour répondre à nos interlocuteurs galactiques. À ce rythme-là, la conversation risque d’être difficile.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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