Des mondes semblables au nôtre ?

Ken Tapping, le 28 janvier 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus frôle l’horizon au sud-ouest peu après le coucher du soleil, Mars brillant un peu plus haut.
  • Jupiter trône dans le firmament, au sud, et Saturne fait son apparition vers 4 h.
  • Pleine Lune le 3.

Déterminer si nous sommes seuls ou pas dans l'univers figure parmi les plus grandes quêtes de la science contemporaine. La chimie à l'origine de la vie sur Terre fait appel à des ingrédients que l'on retrouve dans les nuages de gaz et de poussières qui émaillent les galaxies, dont la nôtre. Ce qui s'est produit ici il y a quelque 3,5 milliards d'années pourrait donc facilement s'être produit ailleurs.

Sur Terre, des créatures vivent dans des eaux acides, presque portées à ébullition, mais aussi dans la glace, sous le point de congélation, ou les eaux froides et obscures de lacs situés loin sous la calotte de l'Antarctique. Des organismes vivants peuplent les fosses les plus profondes de l'océan et la roche, à des kilomètres sous la surface du sol. Des animaux, tel le tardigrade, peuvent survivre en l'absence d'air, à des températures extrêmes et à des doses mortelles de rayonnements. Ils entrent simplement en dormance jusqu'à ce que les conditions s'améliorent à l'extérieur et survivent des années sans nourriture. Des bactéries très communes sur la Terre ont également survécu longtemps à la surface de la Lune. Par son incroyable capacité d'adaptation, la vie terrestre complique le choix des mondes sur lesquels la vie pourrait s'épanouir d'une manière quelconque.

Pendant des décennies, on a cherché la vie en essayant de capter des signaux radio émanant de l'espace. Cette méthode ne permet toutefois que la découverte de civilisations disposant de puissants émetteurs munis d'antennes tournées dans notre direction et réglés à la même fréquence que nos propres appareils et recourant à des techniques de transmission que nous pourrions percevoir. La période au cours de laquelle une civilisation accomplirait un tel exploit pourrait être passablement courte. Songez que si nous communiquions et émettions avec des tours à haute puissance il y a à peine dix ou vingt ans, nous recourons aujourd'hui à des réseaux consommant peu d'énergie comme ceux de la téléphonie cellulaire ou les réseaux sans fil. Ensemble, une bonne partie des signaux émanant d'une planète ressemblerait énormément au sifflement issu des étoiles ou de la Voie lactée. Certes, il serait intéressant d'apprendre que des civilisations intelligentes peuplent des planètes gravitant autour d'autres astres, mais puisque les signaux mettent des décennies, voire des siècles, à traverser l'espace, les chances d'entamer un dialogue sont assez minces. Une question plus fondamentale est : y a-t-il de la vie sous une forme quelconque « là-bas »? Notre propre expérience nous a appris que des organismes prospèrent dans une multitude de conditions. Celles qu'affectionnent certaines créatures se traduiraient par une mort immédiate pour d'autres. Sans quelques règles pour nous guider, nous ne saurons donc quoi faire ni par où commencer.

Nous connaissons à présent environ 1 900 planètes orbitant autour d'autres étoiles. Dans presque tous les cas, leur existence a été démontrée par des moyens indirects, mais indéniables. Quelques-unes ont pu être observées à l'occasion, points ténus de lumière tournant autour d'un astre, mais c'est tout. En revanche, on peut évaluer la taille d'une planète et la distance qui la sépare de son étoile, donc déduire la température à sa surface. Ce qui signifie qu'on peut repérer celles ayant à peu près la taille de la Terre, où la température en surface permettrait à l'eau de garder l'état liquide. Or, toutes les formes de vie terrestre ont besoin d'eau liquide. Voici donc une règle utilisable.

Quand une planète passe devant son étoile, la lumière de celle-ci traverse son atmosphère – en supposant qu'elle en ait une – ce qui permet de capter la signature des molécules qui s'y trouvent. Des instruments peuvent analyser ces signatures. En général, l'atmosphère des étoiles est beaucoup trop chaude pour autoriser la présence de molécules. Les molécules détectées se trouvent donc fatalement dans l'atmosphère de la planète. Nous avons découvert de l'eau sur certaines, mais il est possible d'aller plus loin. Sur Terre, la vie a vraiment commencé à proliférer quand les plantes ont rempli l'atmosphère d'oxygène. À cause de sa grande réactivité, cet élément facilite la conversion des aliments et la production d'énergie. Cela signifie aussi qu'il ne demeure pas longtemps dans l'atmosphère et qu'il en disparaît sitôt après avoir réagi avec quelque chose. L'oxygène doit être constamment renouvelé, ce que font en permanence les plantes à la surface du sol et dans les océans. La présence d'oxygène dans l'atmosphère des mondes lointains signifie donc que ceux-ci doivent au moins avoir de la végétation. Et sans doute bien plus.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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