Jusqu'aux étoiles

Ken Tapping, le 7 janvier 2015

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus brille avec éclat dans le ciel du couchant, avec Mercure dans son voisinage.
  • La nuit, Jupiter est l'objet le plus brillant du ciel au sud. Saturne se lève à l'aube.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 13 janvier.

L'année qui vient de s'achever a été riche dans le domaine de l'astronomie et de l'exploration spatiale. En 2014, nous avons assisté à la naissance d'une nouvelle étoile et à la formation de son système planétaire, Mars nous a dévoilé d'autres secrets et une sonde est parvenue à s'approcher d'une comète et à poser un atterrisseur à sa surface. Tout juste avant la fin de l'année, la sonde Orion a réussi à orbiter autour de la Terre. On devrait assister à une relance des programmes d'exploration spatiale au cours des prochaines années, mais il faudra du temps avant de connaître de nouveau l'effervescence des années 1960.

Devant les progrès rapides accomplis dans l'exploration de notre système solaire et la découverte presque quotidienne de planètes en orbite autour d'autres étoiles, on peut se demander à quand les missions – habitées ou non – vers ces étoiles. Malheureusement, les capacités des moteurs supraluminiques qui propulsent le vaisseau Enterprise dans notre galaxie relèvent encore de la science-fiction.

La complexité de la mission qui a permis à la sonde Rosetta de s'approcher de la comète 67P montre bien les progrès qu'il reste à accomplir avant de nous lancer dans l'exploration interstellaire. Nous ne possédons pas actuellement de lanceur capable d'envoyer un engin directement sur une comète. Pour atteindre la vitesse nécessaire pour se catapulter sur sa cible, Rosetta a dû utiliser la gravité terrestre par trois fois et celle de Mars, une fois. C'est ainsi qu'une mission qui aurait pu se dérouler en quelques mois a nécessité toute une décennie. Même s'il s'agit d'un exploit de la technologie spatiale, ce n'est pas ainsi que nous atteindrons les étoiles.

Pour se maintenir en orbite autour de la Terre, il faut maintenir une vitesse d'environ 30 000 km/h, soit 8 km/s. Autour de 42 000 km/h (12 km/s), un engin peut aller sur la Lune. En maintenant cette vitesse, il faudrait 10 heures, malheureusement, ce n'est pas possible, si bien qu'il faut deux jours pour s'y rendre.

À l'heure actuelle, on ne peut se déplacer à 250 km/s, mais cela sera sûrement possible un jour. On pourra alors atteindre Mars en quelques jours et envoyer des missions habitées aux quatre coins du système solaire. Toutefois, même à cette vitesse, les étoiles demeurent hors de portée.

Il faut environ 8 minutes à la lumière du Soleil pour parcourir les 150 millions de kilomètres jusqu'à la Terre. C'est pourquoi on dit que le Soleil se trouve à 8 minutes-lumière de la Terre. Outre le Soleil, l'étoile la plus proche de nous se trouve à 4,3 années-lumière. C'est le temps qu'il faut à sa lumière pour nous atteindre. En voyageant à 250 km/s, il faudrait environ 5 500 ans pour atteindre cette étoile. Pour atteindre Sirius, l'étoile d'un blanc bleuté qui brille au sud en cette période de l'année, il faudrait 8,6 années-lumière, soit environ 11 000 ans. Pour traverser notre galaxie, qui fait 100 000 années‑lumière de diamètre, il faudrait 130 millions d'années. De toute évidence, cela est largement au-delà des capacités de la technologie d'exploration spatiale actuelle. Les technologies de propulsion ionique expérimentales sur lesquelles nous travaillons actuellement pourraient toutefois nous permettre d'atteindre des vitesses équivalant au dixième de la vitesse de la lumière, soit 30 000 km/s. À cette vitesse, il faudrait au minimum 43 ans pour atteindre les étoiles les plus proches de la Terre. Des vaisseaux robotisés pourraient facilement entreprendre un tel voyage, mais il serait sans doute plus difficile de trouver des volontaires. On pourrait éventuellement mettre en hibernation l'équipage des vaisseaux d'exploration jusqu'à leur arrivée à destination. Une autre possibilité consisterait à construire d'immenses vaisseaux où des générations d'explorateurs se succéderaient jusqu'à la fin de la mission. La vitesse n'est cependant pas la solution au problème, car à grande vitesse, le temps se dérègle. Personnellement, je pense qu'il faut prendre le taureau par les cornes et travailler à mettre au point les technologies supraluminiques.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

Tél. : 250-497-2300
Téléc. : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

Date de modification :