Des télescopes à ne pas toucher

Ken Tapping, le 15 octobre 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Jupiter se lève à l'aube.
  • Saturne se tient assez bas dans le ciel au crépuscule, et Mars, encore plus proche de l’horizon, est difficile à trouver.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 15 octobre.

Il y a quelques années, j’ai eu la chance de visiter le vieil observatoire consacré à l’observation de la planète Mars que Percival Lowell avait fait construire à Flagstaff, en Arizona. Lowell souhaitait cartographier les canaux construits par les Martiens pour acheminer les minces réserves d’eau de leur planète agonisante. J’ai même eu l’occasion d’utiliser le télescope pour admirer la voûte céleste.

Cette expérience perpétuait la vision du travail effectué par les astronomes à une autre époque : j’étais tapi dans la pénombre, le dôme entrouvert sur une tranche de ciel étoilé, avec pour seul repère la lueur des voyants lumineux. Hormis le murmure et le cliquetis des machines, tout était silencieux. Lowell avait l’habitude de passer des heures l’œil rivé à son télescope pour scruter patiemment la voûte. Même si cette vision surannée perdure dans nos esprits, le travail d’observation actuel est entièrement différent.

Autrefois, vu la grande similitude qui existait entre les télescopes et les instruments des différents observatoires, il suffisait à un astronome invité d’une brève familiarisation pour s’installer aux commandes afin de collecter des données – et d’un simple numéro de téléphone à composer en cas de problème. Dans les années 1970, les télescopes et autres instruments sont devenus plus complexes. Les observations nécessitaient donc l’aide d’un technicien ou d’un assistant. Puis l’automatisation de plus en plus grande de l’équipement a de nouveau permis aux astronomes de travailler de manière autonome, en restreignant l’utilisation qu’ils pouvaient faire de cet équipement très coûteux de façon à ne pas l’endommager. Le technicien était toujours présent par mesure de sécurité, mais dans les faits, il tuait le temps à feuilleter des magazines. Il a ensuite été possible de stocker toutes les images captées au cours d’une séance d’observation dans un fichier informatique. Le télescope pouvait dès lors réaliser des heures d’observations sans aucune intervention humaine. Ces séances pouvaient certes être d’un ennui mortel, mais l’automatisation permettait d’éviter les bêtises qui surviennent facilement au cœur de la nuit.

Les instruments d’aujourd’hui sont si coûteux et si complexes qu’on ne les confie qu’à des techniciens chevronnés. Toutefois, grâce aux connexions Internet haute vitesse, les astronomes n’ont même plus besoin d’être sur place pour les observations courantes. Cela permet non seulement de réaliser des économies substantielles en frais de déplacement et d’hébergement, mais procure une grande souplesse dans les heures de fonctionnement des observatoires, ce qui constitue un net avantage.

Jusqu’à tout récemment, les horaires d’observation exigeaient une planification rigoureuse, avec des plages à date et heure déterminées. Après avoir été informé du créneau précis qui lui était réservé, l’astronome devait faire les réservations de vol, d’hôtel et de voiture en conséquence. Toutefois, rien ne garantissait de bonnes conditions d’observation durant la plage attribuée à cet utilisateur, incertitude à laquelle s’ajoutait le risque de bris d’une pièce d’équipement essentielle au moment crucial. Avec un ou deux projets de rechange en poche, il était possible d’éviter un voyage stérile, mais cela ne changeait rien au fait que l’objectif premier n’avait pas été réalisé. À ce temps perdu et ces déplacements inutiles s’ajoutaient les coûts exorbitants d’utilisation du télescope.

De nos jours, à moins de projets spéciaux, il n’est plus nécessaire de respecter un horaire très rigide. Le personnel de l’observatoire peut tenir compte des conditions d’observation et des pannes d’équipement, et comme l’astronome n’a plus à se déplacer, les reports sont sans conséquence sur son travail. Il lui suffit d’attendre le message confirmant que les observations demandées ont été effectuées et que les données sont prêtes à télécharger. Pour les observatoires terrestres, cette façon de fonctionner est très pratique, mais pour les instruments spatiaux et les observatoires sur la Lune, ce sera probablement la seule possible – même si réaliser les observations sur place serait très certainement intéressant.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

Tél. : 250-497-2300
Téléc. : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

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