Un téléphone cellulaire sur Mars

Ken Tapping, le 10 septembre 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus luit bas dans le ciel avant l’aube, surplombée par Jupiter.
  • Au crépuscule, on peut voir Saturne et Mars à proximité l’une de l’autre, Saturne étant maintenant la plus à droite.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 15.

« Ce radiotélescope pourrait capter les émissions d’un téléphone cellulaire sur Mars. » C’est entre autres ce que nous disons à nos visiteurs au sujet de notre radiotélescope de 26 mètres. Cette antenne parabolique commence à se faire vieille et n’est pas très grande en comparaison des modèles récents, mais son équipement est indéniablement à la fine pointe. Les ondes émises par les cellulaires et la multitude d’autres appareils radio que nous utilisons, beaucoup plus proches de nous que Mars, constituent le principal obstacle auquel se heurte la radioastronomie. Compte tenu de la mer d’émissions artificielles dans laquelle nous baignons, on peut s’étonner qu’il soit encore possible d’utiliser des radiotélescopes. Les émissions radio provenant du cosmos que nous étudions ont mis des milliers, voire des millions ou des milliards d’années à nous parvenir, et elles sont infiniment faibles en comparaison des signaux que nous produisons, de façon délibérée ou fortuite. Comment capter ces murmures venant du fond du cosmos dans tout le vrombissement que nous produisons? Comment faire face à cette situation qui devient chaque jour plus difficile?

La première ligne de défense est la législation. En tant que membre des Nations Unies, le Canada participe aux travaux d’une de ses organisations, l’Union internationale des télécommunications. Celle ci fixe à l’échelle internationale les radiofréquences pouvant être utilisées pour les émissions de télévision et de radio, les radars, les services d’urgence et d’autres applications, y compris les radiotélescopes. Le Canada souscrit également aux normes visant à empêcher que les signaux des utilisateurs légitimes du spectre radio subissent les interférences d’autres utilisateurs ou d’appareils électroniques mal conçus. Faites l’expérience vous-même : placez une radio FM portative à côté d’un ordinateur et écoutez les différents bruits que fait la radio lorsque vous ne syntonisez pas de chaîne et que vous utilisez l’ordinateur pour sauvegarder des fichiers, aller sur Internet, ainsi de suite. Les ordinateurs sont des émetteurs de bonne qualité, mais s’il n’y avait pas de règles strictes sur la quantité d’émissions qu’ils peuvent produire, la situation serait infernale. Comme nous n’avons aucun pouvoir sur les ondes cosmiques, il nous faut composer avec leur très faible puissance. La radioastronomie est donc l’application radio la plus vulnérable au parasitage. En revanche, elle définit un seuil immuable pour la conception de dispositifs radio et électroniques « propres ». De nos jours, nous sommes submergés de signaux, qu’il s’agisse de la radio, du téléphone, du sans-fil, de Bluetooth ou d’autres services de radio conventionnels. Les automobiles sont aujourd’hui équipées de radars anticollision et d’autres dispositifs électroniques, et nous portons nous mêmes en tout temps un ou plusieurs dispositifs radio sur nous. Individuellement, ces signaux sont ténus, mais collectivement, ils deviennent puissants. Le murmure de plus en plus assourdissant produit par des millions d’appareils qui respectent tous les normes atteint aujourd’hui un seuil critique. Les solutions ne sont pas évidentes, mais nous collaborons avec nos partenaires d’Industrie Canada pour en trouver. Ce faisant, nous devenons de plus en plus compétents pour détecter et évaluer les problèmes potentiels. Notre observatoire possède des dispositifs pour vérifier les niveaux d’interférence, et nous travaillons à concevoir des moyens pour trouver leur origine.

L’un des outils que nous avons mis au point pour trouver les sources d’interférence provient d’une nouvelle technologie appelée « radio réalisée par logiciel ». Au lieu de traiter les signaux émis par une antenne au moyen d’équipement électronique conventionnel, on numérise les signaux qui sont ensuite injectés dans un ordinateur passablement puissant. Grâce à cette technologie, on peut détecter de nombreux types de signaux et les décoder d’un simple clic. Les données peuvent ensuite être transmises à Industrie Canada. Évidemment, l’équipement électronique numérique haute vitesse utilisé pour ce faire est gardé dans une enceinte métallique protégée, en raison des interférences qu’il pourrait produire. La radioastronomie est déjà suffisamment complexe sans qu’on y ajoute de nouvelles sources d’interférence. On peut se rassurer en sachant qu’en cas de problème, nous pourrons toujours compter sur notre sens de l’innovation, mais il ne sera malheureusement jamais possible de revenir en arrière et d’éliminer toutes les sources d’interférence.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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Téléc. : 250-497-2355
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