La super lune

Ken Tapping, le 20 août 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Jupiter et Vénus, les deux planètes les plus brillantes, sont visibles l’une à proximité de l’autre avant l’aube.
  • Vénus étant la plus lumineuse des deux.
  • Au crépuscule, Saturne et Mars se côtoient, Mars étant la plus à l’ouest.
  • Nouvelle Lune le 25 août.

Le dimanche 10 août, la Lune s’est levée dans toute sa plénitude pour illuminer le ciel d’une lueur cuivrée, nimbée par la fumée des feux de forêt. Le spectacle était captivant. Les médias n’ont pas cessé de répéter qu’il s’agissait d’une « super Lune », mais était-elle vraiment plus grosse qu’à l’habitude?

La Lune montante nous semble toujours grosse, mais dans les faits, sa taille apparente est toujours la même. Toutefois, chaque fois que la Lune se trouve bas dans le ciel, il se produit une illusion qui nous amène à penser qu’elle est beaucoup plus grosse. C’est probablement ce phénomène qui est à l’origine de la taille complètement disproportionnée des lunes que l’on voit dans les films, les dessins animés et de nombreux tableaux.

L’orbite lunaire n’est pas parfaitement circulaire. Au cours de son périple de 29 jours autour de la Terre, la Lune se trouve à une distance variant entre 363 000 et 406 000 kilomètres de nous. La super Lune se produit lorsque la Lune est pleine et qu’elle est à son point le plus rapproché de la Terre (le périgée). Le diamètre apparent de la Lune est alors 12 % supérieur à celui qu’elle présente à son point le plus éloigné. La différence est mince. L’illusion d’optique qui se produit lorsque la Lune est basse à l’horizon donne l’impression que la Lune est beaucoup plus grosse.

L’orbite de la Terre autour du Soleil n’est pas non plus parfaitement circulaire. En janvier, la Terre se trouve le plus près du Soleil, à 147 millions de kilomètres, alors qu’en juillet, elle est à 152 millions de kilomètres. La différence ne se reflète pas de manière perceptible sur la taille apparente du disque solaire, mais elle se manifeste dans d’autres phénomènes comme les éclipses et les marées.

La Terre jouit d’une conjoncture exceptionnelle dans le système solaire : le Soleil et la Lune sont à la bonne distance pour paraître pratiquement de la même taille dans notre ciel. C’est ce qui rend possible les éclipses solaires. Il y a éclipse lorsque la Lune passe précisément entre le Soleil et la Terre, ce qui est assez rare. Si l’on se trouve au bon endroit au bon moment, on peut voir la Lune masquer graduellement le Soleil pendant une minute ou un peu plus. Le ciel s’obscurcit et l’on peut voir des étoiles ainsi que les planètes trop proches du Soleil pour être visibles en plein jour. On peut aussi observer la couronne solaire laiteuse et les protubérances incandescentes qui forment des arcs et des jets tout autour du disque solaire masqué.

Lorsque la Terre est à son apogée – point le plus éloigné de son orbite – et que la Lune est à son périgée, le Soleil paraît plus petit et la Lune, plus grosse. Le passage de la Lune devant le Soleil dure alors plus longtemps et l’éclipse est longue. Inversement, lorsque la Terre est à son périgée et que la Lune est à son apogée, le disque lunaire est alors trop petit pour couvrir entièrement le Soleil : le pourtour non caché du Soleil forme un anneau autour du disque noir de la Lune. On a alors une éclipse annulaire. Dans un article précédent, nous avons vu que la Lune s’éloignait de la Terre de quelques centimètres par année sous l’effet de la force des marées. Avec le temps, les longues éclipses se feront de plus en plus rares, puis la Lune deviendra tout simplement trop éloignée pour couvrir entièrement le Soleil.

Ce qui distingue la super Lune n’est pas tellement sa taille apparente, mais plutôt la force des marées qu’elle déclenche. La Lune, lorsqu’elle est à son périgée, qu’elle est pleine ou nouvelle et qu’elle est alignée avec le Soleil et la Terre, cause effectivement des marées de grande amplitude (des « super marées »). Dans ces conditions, les forces gravitationnelles exercées sur les océans sont à leur maximum et se conjuguent. Il est rare que les facteurs nécessaires aux super marées soient réunis, mais on assiste à un phénomène presque aussi intense à la pleine Lune ou à la nouvelle Lune lorsque notre satellite est le plus rapproché de nous, soit tous les 413 jours. Plus rares, les super marées se produisent lorsque la super Lune tombe en janvier. Les prochaines auront lieu le 2 janvier 2018.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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