Une sonde nommée Rosetta

Ken Tapping, le 06 août 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus brille dans le ciel au petit matin.
  • On peut voir Saturne au sud-ouest en soirée, Mars se trouvant un peu plus à l'ouest et un peu plus bas.
  • La Lune sera pleine le 10.

Dans la nuit du 12 août, les amateurs d'étoiles filantes – météores pour être plus exact – seront dans leur jardin ou à notre soirée annuelle d'observation des Perséides pour admirer le spectacle lumineux qui se produit lorsque des débris de comète brûlent dans l'atmosphère. Les astronomes, qui avaient vu des comètes se désintégrer en frôlant le Soleil de trop près et vu aussi des météores pleuvoir sur la Terre lorsqu'elle croisait l'orbite de comètes, soupçonnaient depuis longtemps un lien entre les deux phénomènes.

Ce n'est toutefois qu'en 1996, lors de la dernière incursion de la comète de Halley à l'intérieur du système solaire, que nous avons véritablement pu observer le phénomène grâce à la sonde Giotto de l'Agence spatiale européenne. L'engin a été baptisé en l'honneur du peintre florentin ayant vécu au XIIIe et XIVe siècle, qui a peint une scène de la Nativité où l'étoile des bergers représentée a été identifiée des siècles plus tard comme étant la comète de Halley.

Lorsque la sonde est arrivée à proximité de la comète, les caméras ont montré une masse de glace et de poussières de forme oblongue et de quelques kilomètres de diamètre, qui projetait des jets de vapeur et de particules formant un halo lumineux, dont une partie était repoussée par le vent et les rayons solaires pour former la spectaculaire chevelure des comètes. Comme Giotto n'avait aucun moyen de ralentir son élan, nous n'avons eu qu'un aperçu de la comète poursuivant sa course, mais cette rencontre a été tellement fascinante qu'on a aussitôt prévu une autre mission où cette fois la sonde intercepterait la trajectoire d'une comète et l'accompagnerait dans son périple jusqu'au Soleil et un peu au-delà. Cette sonde a été baptisée « Rosetta », car on s'attend à ce qu'elle ait pour les comètes les mêmes répercussions qu'a eues la pierre de Rosette pour les hiéroglyphes égyptiens. Pour ce rendez-vous historique, les scientifiques ont choisi comme cible la comète Churyumov-Gerasimenko. Lorsqu'elle rencontrera la comète, Rosetta lancera Philae (du nom d'une île du Nil), un atterrisseur qui se posera à la surface de la cible. Si tout se passe comme prévu, nous verrons pour la toute première fois ce qui se produit lorsqu'une comète s'approche du Soleil et voit sa matière se sublimer de plus et plus rapidement sous l'effet de la chaleur croissante. Poser un atterrisseur à la surface d'une comète sera complètement différent d'un alunissage ou d'un atterrissage sur une autre planète. Un corps formé de glace sale ayant un diamètre de quelques kilomètres est pratiquement dépourvu de gravité. La vitesse d'évasion – la vitesse à laquelle un objet lancé de la surface peut s'affranchir de la force gravitationnelle – y est inférieure à 50 cm/s, contre 11,2 km/s sur Terre. Sur une comète, un simple saut suffit à vous lancer en orbite!

Voici comment on compte procéder. Une fois libéré, Philae devrait descendre doucement vers la comète. La vitesse d'impact sera tellement faible qu'aucune rétrofusée ne sera nécessaire pour ralentir sa descente. Le plus difficile sera d'empêcher le module de rebondir dans l'espace au contact ou de culbuter en retombant. Pour éviter cette situation, une fusée s'allumera à l'atterrissage pour plaquer le module au sol, le temps que ses ancrages pénètrent profondément dans la surface. Sans ces dispositifs, il serait impossible de forer la surface et d'explorer l'intérieur de la comète.

Rosetta a été lancée le 2 mars 2004. Après avoir vu de près les astéroïdes Steins et Lutèce, elle est entrée en hibernation par souci d'économie d'énergie et pour éviter le gel de ses instruments durant son long voyage. En janvier dernier, la sonde s'est réveillée et elle devrait croiser sa cible le 6 août 2014. Elle ralentira sa course grâce à ses rétrofusées pour entrer dans une orbite rapprochée à basse vitesse autour de la comète et l'accompagner dans son périple vers le Soleil. Si tout se passe bien, elle devrait larguer l'atterrisseur en novembre. Lorsque la comète passera au périhélie (point le plus près du Soleil), le 13 août 2015, nous jouirons d'un spectacle grandiose. Le module poursuivra sa mission d'observation au moins jusqu'au 31 décembre 2015, tandis que la comète repartira vers les confins du système solaire.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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