La panspermie

Ken Tapping, le 19 juin 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Jupiter est au ras de l’horizon au crépuscule, laissant Saturne et Mars luire haut au sud.
  • Vénus se lève vers 4 heures.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 19 juin.

Au cours des quelque 20 dernières années, nous avons découvert qu’il n’était plus nécessaire d’effectuer des missions spatiales pour recueillir des échantillons de minéraux. En effet, ils sont livrés à domicile! Lorsqu’un gros objet, comme une comète ou un petit astéroïde, heurte une planète, une grande quantité de matière est projetée dans l’espace et se met à orbiter autour du Soleil jusqu’à ce qu’elle rencontre un autre objet. Nous avons ainsi réuni une belle collection de roches martiennes tombées sur Terre sous forme de météorites. On peut déduire l’origine de ces roches en analysant leur composition ainsi que les liquides et les gaz qu’elles contiennent.

La fréquence à laquelle ces fragments de planètes sont lancés dans l’espace et retombent sur d’autres planètes a ravivé l’idée de la panspermie, une ancienne théorie selon laquelle tous les mondes abritant la vie auraient été fécondés par une « graine » commune lorsque les conditions étaient propices. Le périple entrepris par ces graines n’a évidemment rien à voir avec notre conception d’un voyage lors duquel nous sommes confortablement assis pour un trajet d’une durée raisonnable, avec des décollages et des atterrissages en douceur, et ayant pour seul souci que les bagages ont suivi.

Cela n’a rien à voir non plus avec le fait d’être éjectés d’une planète par une explosion gigantesque donnant une impulsion capable de nous pulvériser. Exposés aux radiations et au vide interstellaire, nous tournerions autour du Soleil pendant des milliers, voire des millions d’années. Les survivants devraient ensuite vivre les affres d’un atterrissage, avec une entrée dans l’atmosphère du nouveau monde s’effectuant à des dizaines de kilomètres par seconde. À cette vitesse, l’écorce des navettes rocheuses atteint des milliers de degrés et se liquéfie. L’atterrissage s’avèrerait aussi violent que le décollage, à savoir une collision à grande vitesse avec le sol. Quels organismes vivants pourraient survivre à une telle épreuve? Aucun animal de grande taille, y compris les humains, ne pourrait survivre à un tel voyage interplanétaire.

En 1969, les astronautes d’Apollo 12 sont retournés au module lunaire Surveyor 3, en rade sur la Lune depuis 1967, pour rapporter certains composants. Ils ont eu la surprise de découvrir que des bactéries terrestres ayant fait le voyage sur le module étaient encore vivantes. Des créatures simples telles que des bactéries pouvaient donc survivre pendant de longues périodes dans l’espace, malgré les radiations, le vide et les températures extrêmes. À présent, nous savons également que les bactéries et les virus peuvent survivre à l’état latent pendant de très longues périodes, et ce, dans un large éventail de conditions hostiles. Mais pourraient-ils résister au stress d’un décollage et d’un atterrissage?

Pour le découvrir, on a inséré des bactéries dans des projectiles faits de roche synthétique qui ont été tirés au moyen d’un engin spécial dans des bacs de sable. En une fraction de seconde, elles ont atteint une vitesse de plusieurs kilomètres par seconde, puis ont freiné de façon aussi brutale. Un grand nombre ont pourtant survécu. Il semble donc que les formes de vie simples peuvent voyager d’une planète à une autre sur des débris d’impact.

Les étoiles produisent tous les éléments de base nécessaires à la vie. En réagissant avec les nuages interstellaires, ces éléments forment de nombreuses autres substances chimiques essentielles aux organismes vivants. Nombre de planètes formées de ces matériaux pourraient être propices au développement de formes de vie ou offrir un milieu hospitalier aux organismes transportés par des météorites. Malheureusement, même si tout porte à croire que la vie devrait être très répandue dans l’Univers, nous ne connaissons qu’une seule planète habitée. La question demeure donc entière : la vie est-elle apparue ici ou provient-elle de l’espace?

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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