Un nouveau regard

Ken Tapping, le 21 mai 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Saturne, bas au sud-est, Mars, haut au sud, et Jupiter, à l’ouest.
  • Vénus se lève vers 4 h, peu avant l’aube.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 21 mai.

La nuit, par ciel dégagé, on peut voir les étoiles et les objets qu’elles illuminent. La température des étoiles est suffisamment élevée pour qu’elles génèrent leur propre lumière, alors que la Lune et les planètes ne sont visibles que parce qu’elles reflètent la lumière du Soleil. Les spectaculaires nuages lumineux de gaz et de poussières que captent le télescope Canada France-Hawaï ou le télescope spatial Hubble ne font en fait que réfléchir la lumière des étoiles. La matière qui compose l’Univers est essentiellement froide et éloignée de toute source lumineuse; elle est donc invisible pour nous.

Tout est question d’énergie. Pour produire de la lumière, il faut davantage d’énergie que pour émettre des ondes électromagnétiques longues, comme les ondes infrarouges ou radio. Le cosmos est sombre, car il n’y a pas assez d’énergie disponible pour produire de la lumière partout. La plupart du temps, il y a cependant assez d’énergie pour produire des ondes infrarouges ou radio, ce qui a mené à une explosion rapide du nombre et de la taille des télescopes fonctionnant dans cette gamme d’ondes. Ces instruments permettent de cartographier le cosmos et d’étudier l’essentiel de la matière qui comble l’espace interstellaire. Autre avantage : les ondes longues sont moins perturbées par les amas de gaz et de poussière qu’elles traversent, et peuvent donc révéler les objets que cachent ces amas. Le centre de notre galaxie par exemple, qui est juste au-dessus de l’horizon sud durant les soirs d’été, ne peut être vu à l’œil nu ni même au moyen de télescopes optiques parce qu’il est caché par des nuages de gaz et de poussière s’étalant sur des milliers d’années-lumière. Les télescopes à infrarouges et à ondes radio nous ont toutefois révélé les étranges objets qui se trouvent au centre, dont un immense trou noir.

Il n’y a pas si longtemps que nous nous intéressons aux rayonnements invisibles à l’œil, ce qui constitue une rupture importante avec l’astronomie pratiquée depuis des millénaires par nos ancêtres. Ceux-ci disposaient bien sûr d’astrolabes, de compas et d’autres instruments, mais tout était basé sur la vue. L’invention du télescope n’y a rien changé. Il s’agissait simplement d’un instrument qui permettait d’améliorer la vision, en collectant davantage de lumière pour mieux voir les objets peu lumineux et grossir les détails non visibles à l’œil nu. L’utilisation d’appareils photo a ensuite simplement permis d’immortaliser les images captées. Lorsque les observations à d’autres longueurs d’onde ont été possibles et que leur valeur a été reconnue, l’infrarouge s’est imposé.

L’engouement pour les ondes infrarouges ne signifie pas pour autant que nous ne nous intéressons plus au spectre de la lumière visible. Un nouvel instrument puissant doté d’un miroir de 2,6 mètres, le VST (Visual Survey Telescope), vient en effet d’être mis en service en haute altitude au Chili. Il servira à effectuer de vastes relevés de l’univers plutôt que de suivre des « objets d’intérêt ». Les instruments de cartographie sont de plus en plus populaires, car ils permettent de capter plusieurs phénomènes d’intérêt et sont plus propices aux nouvelles découvertes. L’astronomie optique demeure toutefois le champ d’intérêt des amateurs. Les progrès constants dans la conception des télescopes, appareils photo, ordinateurs et logiciels de traitement permettent de réaliser des images d’une qualité que même les professionnels ne pouvaient obtenir il y a à peine une ou deux dizaines d’années. Contrairement aux apparences, le télescope optique pourrait être tout aussi populaire aujourd’hui qu’à l’époque de Galilée.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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