Éviter les collisions

Ken Tapping, le 7 mai 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Saturne se lève à la tombée de la nuit. Mars brille au sud et Jupiter, à l’ouest.
  • Vénus apparaît vers 5 h dans les lumières de l’aube.
  • La Lune révélera son premier quartier le 6 et sera pleine le 14.

La croûte terrestre arbore 188 cratères causés par des collisions avec de gros objets en provenance de l’espace. Depuis sa formation, la Terre a cependant subi un nombre beaucoup plus grand d’impacts, mais les preuves ont été effacées, le phénomène de subduction et la formation de nouvelles roches renouvelant constamment l’écorce terrestre. La surface criblée de la Lune est plus éloquente à cet égard, car le recyclage des roches y est minime. Les grandes plaines lunaires sont l’œuvre des coulées de roche en fusion produites lors d’impacts majeurs. La lave recouvre les cratères existants, faisant ainsi table rase pour de nouveaux.

Comme il existe très peu d’endroits inhabités sur Terre et que nous exploitons les ressources de la planète avec une intensité frénétique, nous sommes devenus très vulnérables aux catastrophes écologiques, notamment une collision avec un astéroïde. Le fait de savoir qu’un très grand nombre d’astéroïdes croisent l’orbite que trace la Terre autour du Soleil et après avoir vu de gros objets heurter Jupiter, nous sommes très conscients du risque. Comment se protéger?

Trois problèmes fondamentaux se posent. Il faut d’abord être en mesure de détecter les objets qui menacent d’entrer en collision avec notre planète. Il faut aussi avoir les moyens d’évaluer le risque et de faire des prévisions quant au moment et au lieu où se produirait l’impact. Finalement, il faut disposer de la technologie pour éviter cet impact.

La plupart des roches errant dans l’espace sont formées de basalte, une roche volcanique noire. Au fil de milliards d’années, les variations de température et les impacts de micrométéorites ont érodé leur surface, produisant une fine couche de poussière noire qui rend ces objets très difficiles à distinguer dans l’espace sombre. Il faut des télescopes dotés de grands miroirs pour collecter le maximum de lumière et balayer de vastes secteurs d’un coup pour réduire le risque de rater un objet important. Malheureusement, un astéroïde de 100 m de diamètre – ce qui, à l’échelle astronomique, est minuscule – serait extrêmement difficile à détecter mais aurait des effets catastrophiques s’il entrait en collision avec la Terre. Par conséquent, pour éviter une collision, il faudrait pouvoir détecter et mesurer le risque potentiel suffisamment tôt pour réagir. À l’heure actuelle, nous n’avons pas la capacité requise, mais la technologie progresse rapidement.

Au cinéma, on voit souvent des superhéros aller déposer une bombe gigantesque sur un astéroïde sur le point d’entrer en collision avec la Terre, bombe dont l’explosion à la toute dernière minute sauve l’humanité de la catastrophe. Dans les faits, on remplacerait ainsi un énorme risque par une multitude de gros risques pouvant avoir des effets cumulatifs encore plus graves. La meilleure stratégie consisterait à détourner l’objet de sa trajectoire en appliquant une grande poussée juste avant l’impact ou une légère poussée plus tôt.

Détourner une masse rocheuse de plusieurs millions de tonnes, voire de quelques milliards de tonnes, nécessite une très grande poussée, et l’application d’une brève poussée bien appliquée juste avant l’impact pourrait amener l’astéroïde à se désintégrer, ce qui serait un scénario encore pire. Quoi qu’il en soit, nous ne disposons pas pour l’instant des moyens requis pour donner à ces objets les grosses poussées adéquates. L’autre solution consiste à appliquer une légère poussée plus tôt sur la trajectoire de l’objet, et à la maintenir longtemps. On pourrait par exemple utiliser un petit dispositif pour faire évaporer la surface de l’astéroïde et produire un jet qui, à long terme, modifierait son orbite. Pour réussir, il faudra détecter les objets à risque une décennie environ avant la date de collision prévue. La technologie nécessaire est pratiquement à notre portée, mais il reste à trouver le moyen de prédire de manière fiable leur orbite aussi longtemps d’avance. Pour accroître nos chances de survie, il faudra modifier la trajectoire suffisamment pour pallier toute erreur dans les prévisions et éviter après coup d’avoir à regretter âprement d’être intervenus.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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