La planète bleue

Ken Tapping, le 24 avril 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • À la tombée de la nuit, Mars luit au sud-est et Jupiter se trouve haut dans le ciel à l’ouest.
  • Saturne se lève vers 22 h et Vénus apparaît à l’aube, vers 5 h.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 28.

Étant donné que nous voyons la Terre à nos pieds, nous avons tendance à oublier qu’elle fait partie des corps célestes que nous admirons au-dessus de notre tête. Il s’agit pourtant de la troisième planète à partir du Soleil, une étoile naine jaune passablement ordinaire située aux deux tiers à partir du centre d’une galaxie spirale comme il en existe des millions, voire des milliards.

Des extraterrestres s’aventurant dans cette région de la galaxie ignoreraient probablement notre système solaire, s’il n’y avait pas cette cacophonie d’étranges émissions radio qui en émane. À l’aide de leurs instruments, ils constateraient que ces émissions ne proviennent pas du centre ni des planètes gazeuses géantes éloignées, sources auxquelles on pense d’emblée, mais plutôt de la troisième planète. Nous émettons effectivement des signaux radio dans toutes les directions depuis plus d’un siècle, si bien qu’on peut les détecter dans un rayon de 100 années-lumière autour de la Terre. Une enquête s’impose…

En s’approchant, on constate que les deuxième et troisième planètes à partir du Soleil, à savoir Vénus et la Terre, sont de taille très semblable. Vénus a un diamètre de 12 104 km et la Terre, de 12 756 km. Vénus est toutefois brûlante et entièrement enveloppée de nuages opaques alors que la Terre, malgré son couvert nuageux partiel, a une température beaucoup plus modérée et présente une surface bleue puisque pratiquement les deux tiers de sa surface sont recouverts d’eau. Contrairement à Vénus, la Terre possède une grosse lune, sphère rocheuse dépourvue d’atmosphère comme de nombreux autres objets du système solaire.

Autre surprise : l’oxygène forme près de 20 % de l’atmosphère terrestre. Voilà qui est curieux, car il s’agit d’un gaz hautement réactif qui aurait dû disparaître de l’atmosphère il y a très longtemps. S’il y en a encore, c’est qu’il continue d’être produit, en majeure partie par les végétaux dans la mer et dans les forêts. La présence abondante d’oxygène, ou d’un autre gaz très réactif, dans l’atmosphère d’une planète indique habituellement la présence d’une forme de vie.

Mars contraste avec sa couleur rougeâtre, attribuable à l’oxyde de fer présent dans le sol et les roches. On peut donc affirmer qu’il y a dû y avoir de l’oxygène dans l’atmosphère ou à tout le moins du fer s’oxydant dans beaucoup d’eau. On trouve également sur Terre des roches très anciennes d’un rouge prononcé, qui datent d’il y a environ 360 millions d’années, époque où il y avait une fois et demie plus d’oxygène dans l’atmosphère qu’il y en a aujourd’hui et où les libellules faisaient plus de 60 cm d’envergure. Le fer contenu dans les roches s’est graduellement combiné avec de l’oxygène pour former de l’oxyde de fer, ce qui leur a donné cette couleur rouge.

Les astronautes des missions Apollo ont ramené des échantillons de sol lunaire qui prouvent que la surface n’a subi aucun changement important depuis plusieurs milliards d’années. Cela confirme l’âge que l’on donne à la Terre et à la Lune, soit environ 4,5 milliards d’années. On trouve sur Terre des roches qui ont approximativement le même âge que les roches lunaires, surtout en Australie et dans le Grand Nord canadien, mais la plupart des roches sont plus jeunes. C’est là l’œuvre d’un phénomène unique dans notre système solaire : le mouvement des plaques tectoniques. La croûte terrestre se recycle constamment, en partie à cause de l’action des océans, et c’est ce qui rend notre monde habitable. Vue de l’espace, la Terre ressemble à une bille bleue marbrée de blanc, une oasis accueillante qui tranche avec l’obscurité hostile de l’espace. Nous ne connaissons pour l’instant aucun autre endroit dans l’univers où nous pourrions vivre sans un soutien technologique massif. Notre planète est unique, et nous devons donc en prendre soin.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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