Mercure

Ken Tapping, le 10 avril 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Jupiter luit haut dans le ciel au sud à la tombée de la nuit et se couche vers 2 heures.
  • Mars et Saturne se lèvent vers 20 heures et 21 heures, respectivement.
  • Facile à voir en raison de son éclat, Vénus apparaît juste au-dessus de l’horizon aux premières lueurs.
  • La Lune sera pleine le 14 avril.

Parfois, à l’ouest après le coucher du soleil ou à l’est avant les premières lueurs du jour, on peut apercevoir un point lumineux dans le ciel. Si on observe cet objet durant un mois environ, on constate qu’il s’éloigne du halo solaire puis s’en rapproche peu à peu et finit par y disparaître. Quelques semaines plus tard, il revient de l’autre côté du ciel, alternant ses apparitions entre le coucher et le lever du soleil.

Dans l’Antiquité, on avait classé cet objet dans la famille des corps lumineux se déplaçant parmi les étoiles. Pour les désigner, les Grecs utilisaient le terme planêtês, dont est issu le mot planètes. Comme l’objet en question voyageait rapidement autour du Soleil, on lui a donné le nom du messager des dieux chez les Romains, Mercure. Avant les sondes spatiales, tout ce qu’on savait de Mercure était ce qu’en avaient révélé les télescopes terrestres à travers les nuages et la brume : une planète furtive, disparaissant dans les lueurs du couchant ou du levant. Le pire obstacle à l’observation, ce sont les turbulences atmosphériques, particulièrement intenses à l’aube et au crépuscule, surtout au ras de l’horizon.

Selon les calculs, Mercure a un diamètre de 4 900 km, contre 3 500 km pour la Lune et 12 800 km pour la Terre. Sa distance du Soleil équivaut à 40 % de celle de la Terre et son orbite autour du Soleil s’accomplit en 88 jours à peine. L’énergie solaire reçue à la surface de la Terre est de 1 400 watts par mètre carré (m2), dont environ 40 % sont réfléchis vers l’espace, le reste nous assurant un climat confortable. Comme Mercure est plus proche du Soleil, cette planète reçoit environ 10 000 watts/m2 d’énergie solaire, mais elle n’en réfléchit que 10 %. La température y est suffisamment élevée pour liquéfier le plomb et l’étain.

Notre Lune est trop petite pour conserver une atmosphère. Mercure est un peu plus volumineuse et a une force d’attraction plus grande, mais elle est beaucoup plus chaude, ce qui est peu propice au maintien d’une atmosphère, surtout avec les vents solaires qui décapent sa surface. Cela portait à croire que Mercure était une planète stérile, pratiquement dénuée d’atmosphère et recouverte de coulées de lave et de cratères comme la Lune. Et c’est ce que les images prises par les sondes ont confirmé. Malgré certaines différences géologiques avec notre satellite, les hypothèses étaient justes.

Les scientifiques ont toutefois cru à tort que la force des marées exercée par le Soleil sur Mercure avait ralenti la rotation de la planète au point que celle-ci montrait toujours la même face au Soleil; cette face avait une température extrêmement élevée alors que l’autre était glaciale. Cela ne s’est pas encore produit : à l’heure actuelle, Mercure effectue une rotation complète en 59 jours. Il n’y a donc pas de face éclairée ou cachée en permanence. Depuis que la planète a été cartographiée, on a découvert près des pôles des endroits que les rayons solaires ne frappent jamais. Ces surfaces sont très froides, et il existe des preuves de plus en plus nombreuses de l’existence de grandes accumulations de glace. Les comètes et autres corps de glace qui entrent en collision avec la planète y apporteraient de la vapeur d’eau s’accumulant aux pôles. C’est du moins ainsi qu’on explique l’origine d’une partie de la glace observée. On ignore cependant si toute la glace présente sur la planète est visible. Comme il y a peu de chance qu’une sonde atterrisse sur Mercure prochainement, il faut faire des analogies avec la Lune. Notre satellite est lui aussi un monde de poussières, pratiquement dépourvu d’atmosphère et comportant des cratères sombres recouverts de glace en permanence près de pôles. Un jour, lors de futures explorations, on pourra forer au fond d'un de ces cratères pour voir s’il y a des couches de glace loin en profondeur.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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