La vie sur Jupiter?

Ken Tapping, le 03 avril 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Jupiter brille haut au sud depuis la tombée de la nuit jusque vers 3 h 30.
  • Mars et Saturne se lèvent vers 21 h et minuit, respectivement.
  • Vénus est facilement visible à l’aube, au bas de l’horizon.
  • La Lune atteindra son premier quartier le 6 avril.

À cette époque-ci de l’année, Jupiter est l’objet le plus brillant dans le ciel après le Soleil et la Lune. Cette planète apparaît haut dans la voûte céleste lorsque la noirceur s’installe et descend vers l’ouest durant la nuit. Dans un petit télescope, on verra un disque de couleur fauve, ceinturé de lignes plus foncées et entouré d’étoiles sombres (quatre au maximum) qui changent de position chaque nuit. Il s’agit des quatre plus gros satellites de la planète : Io, Europe, Ganymède et Callisto.

Jupiter est un monde étrange. Cinquième planète en termes de distance au Soleil, la Terre étant la troisième, Jupiter en est cinq fois plus éloignée. Comme elle reçoit à peine 4 % de l’énergie solaire au mètre carré par rapport à ce que nous recevons, la température y est glaciale. Cette planète est immense : son diamètre est de 143 000 km, contre un peu moins de 12 800 km pour la Terre. Jupiter fait donc 1 400 fois le volume de la Terre, mais elle est à peine 318 fois plus massive. Sa densité moyenne n’est que de 1,3, contre 5,5 pour la Terre. La plupart des roches qui forment la croûte terrestre ont une densité aux alentours de 2,5, ce qui signifie que Jupiter est moins dense que la moyenne des roches terrestres. On pense qu’elle est composée principalement d’un mélange d’hydrogène, d’ammoniaque, de méthane et d’autres composés organiques. Il s’agit d’une géante gazeuse, catégorie de planètes formées essentiellement de gaz et d’un noyau solide très profond. Il n’y a pas de surface solide. Ce n’est donc pas un milieu propice à la vie telle que nous la connaissons. De là à dire que toute forme de vie y est impossible, il y a toutefois un pas à franchir. Dans la série Cosmos, Carl Sagan a examiné cette possibilité, et des auteurs de science-fiction tels qu’Arthur C. Clarke ont décrit des créatures flottant dans l’atmosphère de Jupiter. Lorsqu’on y regarde de plus près, ce n’est peut-être pas si impensable.

Les nuages sombres de l’espace composés de gaz et de poussières regorgent de composés organiques divers. Soumis en laboratoire à des décharges électriques, ce cocktail a engendré une matière visqueuse, dans des tons de rouge tournant au brun et même au noir. L’analyse a révélé que cette matière contenait des acides aminés, matériaux de base des protéines. Ces acides sont les blocs élémentaires de la vie comme nous la connaissons. Nous croyons que l’atmosphère des jeunes planètes contient souvent ce genre de mélange, la foudre faisant le reste. Or, ces couleurs observées en laboratoire sont celles de la ceinture de nuages qui forment l’atmosphère de Jupiter.

Carl Sagan et Arthur C. Clarke ont tous deux imaginé des organismes ressemblant à de grands sacs de gaz, à la dérive dans l’atmosphère de Jupiter, et se nourrissant de substances organiques et autres, avant de devenir à leur tour la proie de créatures plus mobiles. Ce monde regorge assurément de substances « comestibles » et flotter de façon indolente est à la portée d’une forme de vie très rudimentaire. Toutefois, la réalité est plus complexe. Jupiter est une planète beaucoup plus grosse que la Terre et tourne beaucoup plus rapidement sur elle même, environ en dix heures. Sur Terre, l’équateur tourne à environ 1 700 km/h dans le sens antihoraire, alors que sur Jupiter, la vitesse atteint 45 000 km/h. La différence de vitesse entre les pôles (nulle) et l’équateur engendre des conditions météorologiques très violentes qui repoussent les nuages autour de la planète, où ils forment des ceintures. Il y a aussi beaucoup d’orages. Certains, tels que le gros vortex appelé la Grande Tache rouge, ont une superficie plus grande que la Terre. Il y a des endroits où les habitants de Jupiter ne pourraient vraiment pas s’aventurer. Il existe toutefois sur Terre des lieux inhospitaliers pour les êtres comme nous, les volcans et les abysses océaniques par exemple, qui regorgent pourtant de vie dans des conditions qui nous sont rapidement fatales. Il ne faut donc pas rejeter d’emblée la vie sur Jupiter et plutôt demeurer aux aguets.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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