La lueur zodiacale

Ken Tapping, le 19 mars 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Mars et Saturne se lèvent vers 21 h et 23 h, respectivement.
  • Vénus apparaît aux alentours de 5 h.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 23 mars.

Au printemps, l’écliptique – trajectoire suivie par les planètes au sein des étoiles – se trouve à un angle d’inclinaison prononcé par rapport à l’horizon ouest. En plus d’être propice à l’observation des planètes, cette période de l’année est celle où l’on peut le mieux admirer la lumière zodiacale.

Sur les chantiers de construction, à la fin des travaux, on trouve toujours des monticules de débris et de matériaux inutilisés. La même chose vaut pour notre système solaire, qui est en quelque sorte un chantier à ses dernières étapes : les débris et la matière résiduelle y abondent.

Notre système solaire est né de la contraction d’un nuage de gaz et de poussières cosmiques il y a environ 4,5 milliards d’années. Comme la plupart des nuages interstellaires, notre cocon primordial tournait très lentement sur lui-même, mais après s’être délesté d’une énorme quantité de matière, il s’est emballé et s’est aplati. Pensez à une patineuse qui exécute une pirouette et qui, en ramenant ses bras contre le corps, se met à tourner plus rapidement et voit sa jupe s’évaser. Le Soleil est issu du cœur du nuage, et une partie de la matière restante a formé les planètes. Il ne reste maintenant que des vestiges de matière, allant de fines particules à des blocs de plusieurs kilomètres de diamètre. Même si les planètes avalent chaque jour un peu plus de ces débris, il reste des quantités phénoménales de matière en suspens.

La plus grande partie de cette matière forme un disque de très fines poussières qui tourne autour du Soleil sur le même plan que les planètes. Ce nuage est en général très difficile à voir. Au printemps, toutefois, les nuits sont très sombres et le disque, qui correspond au plan de l’écliptique, forme un angle d’inclinaison prononcé au-dessus de l’horizon ouest. Cela permet de bien observer ce pilier de lumière qui monte dans le ciel à l’ouest, comme une seconde Voie lactée. Il s’agit des innombrables particules de poussière éclairées par le Soleil. Avec des jumelles, on constate que cette lueur est toutefois très différente de la Voie lactée, car au lieu d’une multitude d’étoiles, on ne voit qu’une masse lumineuse diffuse. Autrefois, on utilisait le terme « zodiaque » pour désigner l’écliptique, d’où le nom de lumière zodiacale donné à cette lueur. Comme la pollution lumineuse nuit à son observation, il faut un ciel dégagé et très sombre pour la détecter. Lorsque vous l’observez, rappelez-vous qu’il s’agit en fait des résidus de la matière qui a servi à former les différents éléments de notre système solaire.

Le 20 mars se produit chaque année un événement astronomique très attendu : le début du printemps. Ce moment, appelé équinoxe du printemps, survient lorsque le Soleil croise l’équateur céleste dans sa course vers le nord. L’équateur céleste est un cercle imaginaire dans la projection de l’équateur terrestre, qui divise la sphère céleste en deux hémisphères, nord et sud. Lorsque le Soleil croise l’équateur céleste, les jours et les nuits sont d’égale durée, comme l’indique d’ailleurs le mot « équinoxe ». Même si l’hiver tarde à quitter nos régions, l’équinoxe est en fait annonciateur du beau temps.

Pendant des milliers d’années, cet équinoxe, dédié à la déesse Éostre, a été synonyme de fertilité et de renouveau. Lorsque le christianisme s’est répandu en Europe, il a assimilé les célébrations printanières et d’autres fêtes païennes. Pour assurer le synchronisme des célébrations partout, l’Église a toutefois dû adopter un mécanisme pour en fixer la date. C’est ainsi qu’au premier concile de Nicée, en 325, elle a décrété que la fête chrétienne tomberait le premier dimanche suivant la pleine lune après l’équinoxe du printemps. Malgré cette christianisation de la fête, l’empreinte de la déesse Éostre survit, en anglais du moins, dans le mot « Easter ».

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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