Le réveil de Rosetta

Ken Tapping, le 29 janvier 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus se lève vers 6 heures.
  • Jupiter domine le firmament toute la nuit, alors que Mars apparaît vers 1 heure, suivie de Saturne autour de 3 heures.
  • Nouvelle lune le 30 janvier.

Depuis toujours, les comètes ont été vues comme des messagers. Au Moyen-Âge, elles étaient un présage de catastrophe. Une gravure sur bois datant de cette époque montre d’ailleurs une comète comme un sabre dans les cieux. En 1996, la comète Hyakutake ressemblait justement à cela : une immense épée fendant le ciel. Il n’est donc pas étonnant que les comètes aient semé la terreur chez les Anciens.

Aujourd’hui, les comètes sont des messagers d’un genre nouveau. Elles nous apportent en effet des renseignements sur les confins du système solaire. À cet endroit se trouvent d’énormes quantités de matières, des débris résultant de la formation du Soleil et de ses planètes il y a quelque 4,5 milliards d’années. Il s’agit de poussières, de glace et de substances organiques, dont certaines sont essentielles à la vie. Les comètes sont des agrégats de ces matériaux, détournés de leur orbite originale par une collision ou un autre accident et qui parfois se rapprochent jusqu’au cœur de notre système solaire. Ainsi, les comètes nous apportent non seulement des messages du fin fond de notre galaxie, mais aussi d’un lointain passé, ce qui leur donne un grand intérêt. En 1986, la sonde Giotto a réussi à survoler la tête de la comète de Halley, et à présent nous sommes sur le point de pouvoir enfin examiner de près ces objets célestes.

Il y a 10 ans, soit en mars 2004, la fusée Ariane 5 de l’Agence spatiale européenne s’est envolée du port spatial de Kourou en Guyane française. À son bord se trouvait Rosetta, une sonde de 2 mètres carrés dont la mission consiste à croiser la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko lorsque celle-ci passera près du centre du système solaire. Rosetta accompagnera la comète dans son périple près du Soleil et déposera un module atterrisseur de 100 kg, appelé Philaé, à la surface de la comète. Cet atterrissage sera très différent de celui qui permet de poser un engin spatial sur un corps de plus grande dimension, tel que la Lune, où la gravité exerce une forte attraction et où on doit même utiliser des rétrofusées pour ralentir la descente. En général, les comètes n’ont que quelques kilomètres de diamètre et leur force gravitationnelle est à peine suffisante pour maintenir leur cohésion. Par conséquent, Philaé dérivera lentement jusqu’à la comète et au moment de s’y poser, lancera un harpon dans le noyau pour bien s’arrimer. Par ailleurs, pour éviter que le lancement de l’atterrisseur ne catapulte la sonde aux confins de l’espace, celle-ci devra actionner un petit moteur à réaction.

La manière logique de réaliser une mission spatiale comme celle-ci serait de lancer la sonde, de la faire dériver jusqu’à la comète, puis de faire le contact. Malheureusement, cela est encore technologiquement impossible, même avec les plus gros lanceurs dont nous disposons aujourd’hui. Pour amener la sonde au bon endroit, au bon moment et à la bonne vitesse, il a fallu lui faire effectuer quatre révolutions autour du Soleil et utiliser l’assistance gravitationnelle de la Terre et de la planète Mars pour accélérer la vitesse de croisière de l’engin et corriger sa course. Par souci d’économie d’énergie, Rosetta a été maintenue en hibernation la majeure partie du temps depuis son lancement il y a 10 ans. Maintenant qu’elle approche de sa destination, on a procédé à la délicate manœuvre consistant à la réveiller. Le 20 janvier dernier, à 18 h 17, temps universel, le dispositif de localisation de satellites de l’Agence spatiale européenne à Darmstadt, en Allemagne, a capté le signal de Rosetta, confirmant que la sonde était activée et opérationnelle.

Lorsque Rosetta arrivera à la hauteur de la comète 67P, tout sera très calme. Toutefois, au fur et à mesure que la comète, Rosetta et Philaé se rapprocheront du centre du système solaire, la chaleur dégagée par le Soleil fera évaporer le noyau de la comète, qui émettra alors de puissants jets de gaz et de poussière, se parant ainsi de la queue typique des comètes. Nous pourrons alors connaître non seulement la matière composant la comète et la zone qui l’entoure, mais aussi la nature de son noyau. Nous serons également des témoins privilégiés de ce qui se produit lorsqu’une comète passe à proximité du Soleil.

La sonde Rosetta doit son nom à la pierre de Rosette, car on espère qu’à l’instar de cette pierre qui a changé notre compréhension de l’histoire, cette sonde nous fera des révélations sur la nature des comètes et sur nos origines. Nous avons l’habitude que les missions spatiales produisent des résultats spectaculaires, et celle-ci devrait combler nos attentes.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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