L’Ère du Verseau

Ken Tapping, le 23 janvier 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Mercure brille bas sur l'horizon dans les lueurs du crépuscule, tandis que Jupiter domine le firmament toute la nuit.
  • Mars se lève vers minuit, Saturne autour de 3 heures et Vénus vogue au-dessus de l'horizon aux aurores.
  • Nouvelle lune le 30 janvier.

Les astronomes de l'Antiquité avaient constaté que les constellations se déplaçaient dans le ciel la nuit et au fil des saisons, mais qu'elles conservaient leur intégrité, un peu comme si elles étaient épinglées sur une grande coupole noire en rotation. De là est née l'idée de la « sphère céleste ». D'autres objets comme le Soleil, la Lune et les planètes, apparemment libres d'entraves, se déplaçaient sur la toile. Fait étonnant toutefois, ces objets errants ne partaient pas dans toutes les directions, ils glissaient au contraire sur une bande étroite qu'on appelle aujourd'hui l'écliptique. Cette impression vient du fait que la Terre et les autres planètes en orbite autour du Soleil sont sur le même plan, et que la Lune est pratiquement sur le même plan que la Terre, ce qui donne l'impression que ces objets se déplacent comme des billes dans une assiette (du point de vue d'une bille). Cette ceinture étroite du ciel traverse 13 constellations : le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion, Ophiuchus ou le Serpentaire, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau et le Poisson. Ophiuchus a été rayé de l'alignement en raison d'une aversion des Anciens pour le nombre 13, les 12 constellations qui restent sont connues aujourd'hui comme les « signes du zodiaque ».

Dans l'ancienne cosmogonie, on croyait que le Soleil, la Lune et les planètes voguaient entre la Terre et la sphère céleste, sur la toile de fond du zodiaque. On disait par exemple que Jupiter se trouvait dans la constellation des Gémeaux. Comme la Terre, la sphère céleste possède des pôles, qui sont directement dans l'axe des pôles terrestres et qu'on appelle les pôles célestes nord et sud. À mi-chemin entre les deux, sur le même plan que l'équateur terrestre, se trouve l'équateur céleste. La Terre étant inclinée selon un angle d'environ 23 degrés, l'écliptique croise l'équateur céleste en deux points ou nœuds. C'est ce qui explique que le Soleil, la Lune et les planètes se déplacent entre l'hémisphère nord et l'hémisphère sud célestes.

Comme la Terre poursuit son périple autour de son étoile, le Soleil se déplace au fil des saisons en suivant l'écliptique. Aux environs du 21 mars, sa verticale croise l'équateur céleste en remontant vers le nord, c'est l'équinoxe du printemps. Puis le 21 septembre, plus ou moins quelques heures, le Soleil croise de nouveau l'équateur céleste en descendant vers le sud, c'est l'équinoxe d'automne.

Lorsque les Anciens adoptèrent le zodiaque, le nœud correspondant à l'équinoxe du printemps pointait dans la constellation du Bélier, qui devint alors le premier signe du zodiaque. Cette convention a persisté jusqu'au schiste entre l'astronomie et l'astrologie, science et pseudoscience. La situation a depuis changé.

Si vous avez déjà joué avec une toupie, vous savez qu'il est difficile de garder la toupie parfaitement à la verticale; la plupart du temps, elle se met à osciller, son axe central dessinant peu à peu un cône, c'est ce qu'on appelle la précession. La même chose se produit avec la Terre. Comme elle n'est pas parfaitement ronde et qu'elle subit la force d'attraction du Soleil et de la Lune, sa révolution produit une précession qui s'accomplit toutefois en 25 800 ans. La précession a pour effet de modifier les points où l'équateur céleste coupe l'écliptique et de faire reculer l'équinoxe d'un signe environ tous les 2150 ans par rapport au Zodiaque. Aujourd'hui, le point vernal n'est plus dans le Bélier, mais dans les Poissons, qui est le premier signe de notre zodiaque. Il y a quelque 2000 ans, nous étions dans « l'Ère du Bélier ». Nous sommes maintenant dans « l'Ère du Poisson ». Dans quelque 2150 ans, nous aurons de nouveau reculé d'un signe et serons dans « l'Ère du Verseau ». Évidemment, l'ode de la célèbre comédie musicale sera depuis longtemps tombée dans l'oubli. Dans 23 650 ans, le Bélier sera revenu au début du Zodiaque et un autre cycle commencera.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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