Orion le chasseur

Ken Tapping, le 15 janvier 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Dans une semaine ou deux, Vénus brillera bas dans le ciel avant les lueurs de l'aube.
  • Jupiter est la reine de la nuit, alors que Mars se lève vers minuit et Saturne autour de 3 heures.
  • La Lune sera pleine le 15 janvier.

Par temps clair à ce temps-ci de l'année, l'hémisphère austral est dominé par ce qui est probablement la plus spectaculaire de toutes les constellations : Orion. Pour la trouver, il faut d'abord repérer Sirius, une étoile très brillante d'un blanc bleuté, puis porter le regard vers la droite jusqu'à une triade d'étoiles équidistantes à peu près dans l'axe de Sirius. Ces étoiles représentent le baudrier d'Orion, le chasseur. Ce baudrier s'inscrit à l'intérieur d'un astérisme rectangulaire qui forme les épaules et les genoux du personnage. L'épaule gauche est représentée par Bételgeuse, une géante rougeâtre, et le genou droit, par Rigel, une étoile blanche très lumineuse. En remontant vers le baudrier, on peut voir au centre un amas d'étoiles de faible luminosité dans un magma argenté très diffus qui s'incline vers le bas, là où devrait en principe se trouver l'épée. Plus haut, la tête du chasseur est représentée par trois étoiles de faible luminosité.

Orion est une constellation tellement spectaculaire que de nombreuses civilisations l'ont couchée sur leurs cartes du ciel et bien souvent, lui ont donné la personnalité d'un guerrier. Contrairement à d'autres héros mythologiques comme Hercule, très peu de récits complets au sujet d'Orion nous sont parvenus. Ceux qui ont persisté racontent l'histoire d'un beau jeune homme, fort et brave, mais sans humilité. Son arrogance et sa vantardise irritaient tellement les dieux que ceux-ci auraient lancé un scorpion à ses trousses, immortalisé dans la constellation du Scorpion. Pour éviter le dard mortel de son ennemi, Orion se tient aux antipodes de sa constellation, c'est pourquoi on voit le Scorpion l'été et Orion l'hiver.

Il semblerait que l'arrogance d'Orion n'ait pas déplu à Diane, la déesse de la chasse, qui se serait entichée du jeune homme. Malheureusement, Apollon était aussi épris de la belle chasseresse et comme tous les dieux du panthéon grec, n'avait cure de la morale et des conséquences de ses actions. Tandis qu'Orion se baignait dans la mer, Apollon vit venir Diane armée de son arc. Il la mit au défi d'atteindre d'une flèche une petite cible mouvante dans les vagues, au loin, laquelle n'était nulle autre que la tête du malheureux Orion…

Les anciens Égyptiens connaissaient bien cette constellation à laquelle ils accordaient beaucoup d'importance. À dessein ou par pure coïncidence, les trois grandes pyramides de Gizeh, près du Caire, sont disposées de la même manière, avec le même espacement relatif et selon la même orientation que les trois étoiles qui forment le baudrier d'Orion.

À l'aide de jumelles ou d'une petite lunette d'approche, on peut observer l'épée d'Orion à partir du baudrier et voir ce qui ressemble à un petit amas argenté. Avec un télescope plus puissant, on peut distinguer un magnifique nuage de gaz incandescent. Ce nuage est une pépinière d'étoiles dont les radiations, riches en rayons ultraviolets, illuminent le nuage. Il s'agit de la Grande nébuleuse, nébuleuse signifiant « nuage ».

Malgré son éclat lumineux, la nébuleuse est une masse de gaz froide, très sombre dans une région du ciel appelée « nuage moléculaire d'Orion », car les milliards de réactions chimiques qui s'y produisent ont donné lieu à un magma de molécules organiques, dont un grand nombre sont des précurseurs de la vie. On peut observer ce nuage à partir des rayonnements infrarouges et des ondes radio qu'il émet, signature de toutes ces molécules. En fait, ces signatures sont tellement nombreuses, que le problème n'est pas de les détecter, mais de les identifier.

Le nuage brillant que l'on voit dans la constellation Orion correspond à un point de la nébuleuse où l'effondrement de la matière a donné naissance à de nouvelles étoiles et probablement à des planètes. Le rayonnement de ces étoiles a percé un trou dans la masse des nuages et ce qu'on aperçoit est en fait la surface interne réfléchissante d'une cavité béante à l'intérieur de cette pépinière de nouvelles étoiles.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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