Quelle date sommes-nous?

Ken Tapping, le 1 janvier 2014

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus se fond dans les lueurs du couchant.
  • Jupiter et Mars se lèvent à 17 heures et 1 heure, respectivement.
  • Saturne fait son entrée en scène vers 4 heures.
  • Le 1er janvier 2014 était jour de pleine lune. Bonne année à tous!

À l'église Saint-Sulpice de Paris, un trou percé au faîte du bâtiment, côté sud, permet au soleil de midi d'éclairer une languette de laiton courant sur le sol, du nord au sud. Comme la position du Soleil dans le ciel varie, de très bas au solstice d'hiver à très haut au solstice d'été, le point de chute des rayons sur la languette se déplace au cours de l'année. En hiver, le soleil est tellement bas dans le ciel que les rayons qui pénètrent par l'orifice ne peuvent toucher le sol, si bien qu'à l'extrémité nord, la languette fait place à un obélisque. Cet obélisque rendu célèbre par le film Le code Da Vinci est désormais orné d'un nouvel écriteau pour prévenir les curieux qu'il n'y a absolument rien d'enfoui en dessous.

La languette de bronze qui trace un méridien nord-sud a été installée en 1727 par le clergé local pour indiquer la date du jour, en particulier celle de Pâques. On peut en déduire que même au XVIIIe siècle il était difficile d'établir la date avec précision. Posséder son propre méridien affranchissait le clergé du calendrier.

Nos lointains ancêtres devaient également savoir quand semer et récolter, et quand ils pouvaient chasser ou pêcher les poissons, les oiseaux et les animaux dont ils s'alimentaient. Une erreur de calcul et c'était la famine. Connaître la date et l'heure était un besoin vital pour nos ancêtres, mais l'avènement des religions organisées et de leur calendrier de fêtes et de festivals a rapidement consacré l'importance de la date. Pour l'Église chrétienne, savoir quand célébrer Pâques et Noël était essentiel.

On s'est d'abord fié au cycle lunaire. L'intervalle entre deux pleines lunes consécutives équivaut à 29,53059 jours. Le fait qu'il ne s'agisse pas d'un nombre de jours entiers ou d'un nombre facilement maniable complique la tâche. Au fil des mois lunaires, la marge d'erreur s'accroît et il devient difficile de déterminer la date avec exactitude. Pire encore, l'année, soit le temps qui s'écoule entre deux équinoxes de printemps consécutifs et qui équivaut au temps que prend la Terre pour effectuer une révolution complète autour du Soleil, n'est ni un nombre entier de jours (365,24219) ni un nombre entier de mois lunaires (12,368249). À moins d'y apporter des correctifs, ces méthodes de calcul simples finissent par trop dévier de la réalité.

À l'époque où il était pontife, Jules César, insatisfait du calendrier alors en usage, décréta qu'il fallait un nouveau calendrier qui demeure synchronisé avec le mouvement du Soleil sans qu'il soit nécessaire d'y apporter constamment des correctifs. La durée de l'année a alors été fixée à 365,25 jours et la date du solstice d'hiver, au 25 décembre. À partir de ce moment, le christianisme qui avait commencé à balayer l'Empire romain s'est réapproprié les célébrations du solstice d'hiver. Le nouveau calendrier, baptisé « calendrier julien », a été juste pendant un certain temps, mais comme l'année ne dure pas exactement 365,25 jours, les écarts ont commencé à s'accumuler. En 1582, la situation étant devenue intenable, le pape Grégoire procéda à une autre réforme afin de ramener la date de Pâques au bon moment, au moyen d'une formule encore utilisée de nos jours. Ainsi, tous les millésimes multiples de 4, mais non de 100, à moins qu'il ne s'agisse d'une année séculaire divisible par 400, sont des années bissextiles d'une durée de 366 jours, autrement, l'année est de 365 jours. Cette méthode de calcul fonctionne beaucoup mieux, mais les écarts continuent de s'accumuler. Pour les corriger, nous avons recours à la « seconde intercalaire » pour conserver l'exactitude du calendrier à la seconde près. Noël tombe toujours le 25 décembre, mais le solstice d'hiver a été déplacé au 21.

Le calendrier grégorien est largement utilisé aujourd'hui, mais il n'est pas le seul. L'Église orthodoxe grecque continue de suivre le calendrier julien, dans lequel Noël est célébré le 7 janvier.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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