Impact cosmique

Ken Tapping, le 27 février 2013

Dans le ciel, cette semaine…

  • Jupiter brille haut dans le firmament, au sud, une fois la nuit tombée, et progresse vers l’ouest jusqu’à minuit.
  • Saturne se lève vers 23 h.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 4.

Il était environ 9 h 20 et ce vendredi 15 février 2013 s’annonçait comme une journée de travail ordinaire dans la cité industrielle de Chelyabinsk, en Russie. Puis vint le drame. Grâce aux multiples caméscopes fonctionnant à cet instant, a suivi ce qui est sans doute l’impact d’une météorite le mieux documenté de l’histoire.

Les enregistrements montrent l’apparition puis le déplacement d’un point brillant dans l’aube naissante. Le point gagne en éclat et laisse derrière lui une piste lumineuse. Luisant de plus en plus, sa trace s’allonge. Finalement, son éclat éclipse celui du Soleil, éblouissant les caméras comme les passants avant de disparaître sous l’horizon, avec en héritage une trace aussi longue que complexe. Peu après, une série d’explosions endommagent les bâtiments, pulvérisent les fenêtres et expédient plus d’un millier de personnes à l’hôpital.

Les fantastiques bandes vidéo de l’évènement dévoilent l’arrivée d’un amas de débris cosmiques d’une grosseur inhabituelle. Au moment où j’écris ceci, la NASA estime que l’objet pesait environ 10 000 tonnes, avait approximativement 10 mètres d’envergure et se déplaçait à la vitesse d’à peu près 20 km/sec.

Ceci en fait le plus gros objet à heurter la Terre depuis 1908, quand quelque chose a pénétré dans l’atmosphère au-dessus de la Tongouska, en Sibérie, et a explosé, libérant l’équivalent en énergie d’environ 30 millions de tonnes (mégatonnes) de TNT. Les arbres ont été soufflés sur un rayon de nombreux kilomètres et l’explosion a fait tinter des verres jusqu’à Paris. Fut-elle survenue dans une zone densément peuplée, la catastrophe aurait été indescriptible. Une autre météorite a frappé la Russie en 1947, mais l’objet était plus petit que celui du 15 février.

Un corps de 10 000 tonnes voyageant à la vitesse de 20 km/sec possède une formidable quantité d’énergie cinétique, soit à peu près l’équivalent de celle libérée par l’explosion de 500 000 tonnes (500 kilotonnes) de TNT ou 20 fois la puissance de la bombe qui a rasé Hiroshima. Cette énergie doit se dissiper en cours de route vers le sol ou lors de la collision.

Pour un objet se mouvant à une telle vitesse (plus de 50 fois celle du son), l’atmosphère devient presque solide. La traverser engendre une énorme élévation de température (jusqu’à 10 000 degrés) et de formidables ondes de choc. La chaleur et la rapidité de la décélération s’avèrent finalement trop dures pour l’objet, qui éclate. Ce sont à ces ondes de choc et à ces explosions qu’on doit blessés et dégâts.

La situation aurait pu être pire. Ce visiteur cosmique a pénétré l’atmosphère selon un angle rasant, si bien qu’il a perdu la majeure partie de son énergie avant que ses fragments percutent le sol. S’il avait suivi une trajectoire plus verticale, une plus grande partie de son énergie aurait été libérée au niveau du sol ou sous forme de l’explosion à faible altitude d’une bombe de près de 500 kilotonnes. Je vous laisse imaginer la scène.

Nous repérons de mieux en mieux les objets qui frôlent la Terre, tel l’astéroïde 2012 DA14 qui a longé la planète à une distance inoffensive de 28 000 kilomètres le même jour. Cependant, nous avons encore beaucoup à faire pour détecter les objets d’une dizaine de mètres de diamètre avant qu’ils traversent l’atmosphère et produisent un drame comme celui qui a illuminé le ciel de Russie vendredi. Que nous parvenions à prévenir de tels impacts dans un avenir rapproché est loin d’être sûr.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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