Une autre collision évitée de justesse

Ken Tapping, le 20 février 2013

Dans le ciel, cette semaine…

  • Mercure et Mars frôlent l’horizon à l’ouest et disparaissent dans les feux aveuglants du crépuscule.
  • Jupiter luit avec éclat, très haut au sud-ouest.
  • Saturne apparaît vers minuit.
  • La Lune sera pleine le 25.

Le 15 février, un astéroïde passait à moins de 28 000 km de la Terre, c’est-à-dire aux trois quarts environ des 36 000 km où se trouve la ceinture de satellites géosynchrones assurant la majorité de nos communications et transmissions par satellite, et à 7 % des 384 400 km nous séparant de la Lune. L’objet mesurait près de 45 mètres de diamètre et avait une masse d’environ 130 000 tonnes; il se déplaçait à la vitesse de 7,8 kilomètres par seconde. Bien que minuscule à l’échelle du cosmos, cet objet aurait causé un cataclysme s’il nous avait heurté. Par chance, les calculs sur sa trajectoire ont révélé que cela ne se produirait pas. Quoi qu’il en soit, la Terre a été frappée à maintes reprises durant sa vie. À vrai dire, sans de telles collisions, nous ne serions pas là aujourd’hui pour nous en préoccuper.

Lorsque le Soleil s’est formé, il y a environ 4,5 milliards d’années, suite à l’effondrement d’un gigantesque nuage de gaz et de poussières, la jeune étoile était entourée d’un disque de matériaux de construction en surplus. De petits fragments en ont heurté d’autres et la poussière s’est muée en gravillons, puis en rocs et éventuellement en gros amas. Ces derniers ont continué de se heurter et de s’agglomérer jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus que les planètes et les autres objets constituant le système solaire actuel. Néanmoins, beaucoup de poussière, de gravillons, de rocs et d’amas de grande taille inutilisés poursuivent leur course autour du Soleil. Des planètes se construisent donc encore, mais à un rythme beaucoup plus lent.

Certains chocs ont considérablement affecté l’histoire de notre planète. L’un d’eux est survenu il y a environ 250 millions d’années, amenant l’extinction de plus de 90 % des espèces qui vivaient sur la Terre. L’une des principales, les trilobites, n’y a pas survécu. Une autre collision, il y a 65 millions d’années, a détruit environ 70 % des espèces vivantes, parmi lesquelles les dinosaures et les ammonites. La fin de l’ère où les reptiles dominaient sur la Terre a permis l’ascension des mammifères et l’avènement de l’espèce humaine. Nous faire éjecter de la scène pour être remplacés par une quelconque espèce nouvelle ne nous enthousiasme guère, c’est pourquoi nous restons à l’affût des astéroïdes susceptibles de frapper la planète. Une multitude de télescopes balaient maintenant le ciel pour identifier les astéroïdes et en calculer la course. Jusqu’à présent, nous n’avons pas imaginé de moyen très efficace pour écarter pareille menace. Une grosse bombe n’aurait pas grand effet sur la plupart des astéroïdes et, dans le meilleur des cas, nous troquerions une puissante collision contre une foule d’impacts plus modestes, répartis sur une grande superficie.

La fusée d’appoint la plus puissante et la plus fiable jamais construite est celle qui formait le premier étage de la fusée Saturn 5, avec laquelle les astronautes de la mission Apollo ont aluni. En fixant une de ces fusées à notre astéroïde de 45 m, nous aurions pu en modifier la vitesse d’environ 0,6 km/sec avant que la réserve de carburant s’épuise. Cela aurait pu modifier la trajectoire de l’objet assez pour qu’il rate la Terre. Toutefois, s’il avait eu un diamètre d’un kilomètre ou davantage, le changement de direction aurait été infime. Une autre solution serait de lui imprimer une très petite poussée pendant une très longue période. La chose est réalisable, mais cela signifierait identifier les menaces de nombreuses années à l’avance, ce qui s’avère très difficile. Par bonheur, la Terre n’est pas heurtée par quelque chose de vraiment gros très souvent, donc nous disposons sans doute de quelques siècles, sinon plus, pour inventer un moyen de réaliser ce que les trilobites, les ammonites et les dinosaures ont été incapables de faire.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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