Une photo pour la postérité

Ken Tapping, le 11 décembre 2013

Dans le ciel, cette semaine…

  • Vénus brille avec éclat bas à l'horizon au sud-ouest après le coucher du soleil.
  • Jupiter se lève vers 19 h et Mars se fait attendre jusqu'à 1 h.
  • La Lune sera pleine le 17 décembre.

Imaginez-vous, sous un dôme non chauffé, l'œil rivé à l'oculaire d'un télescope braqué sur la Lune, une planète ou un autre corps quelconque. Vous patientez, sans bouger, jusqu'à ce que l'atmosphère se stabilise enfin pendant un moment fugace et que l'image devienne claire. Vous ajoutez alors un trait ou une ombre au dessin sur lequel vous travaillez, puis la turbulence atmosphérique revient et l'image se remet à trembloter de nouveau. Vous reprenez donc l'attente dans le froid jusqu'à la prochaine fenêtre d'observation. Réaliser ces dessins pouvait prendre des heures et de nombreuses séances d'observation. C'est ainsi que l'on procédait au début de l'astronomie. Aujourd'hui encore, certains astronomes amateurs passionnés soutiennent qu'il s'agit de la meilleure façon de saisir la subtilité des images observées. Ces puristes sont toutefois de moins en moins nombreux, car le trésor de patience et les habiletés artistiques requises se font de plus en plus rares.

On peut facilement comprendre que dès l'invention de la photographie, les astronomes ont ajouté l'appareil-photo à leur arsenal. Dans les premiers temps de l'astrophotographie, comme on appelle cette discipline, les résultats étaient toutefois inégaux. Les premières émulsions photographiques (enduits chimiques sensibles à la lumière servant à capter les images) n'étaient pas suffisamment sensibles, il fallait donc un long temps d'exposition et comme l'atmosphère demeure rarement stable très longtemps, les images captées étaient floues. De plus, les émulsions n'avaient pas la même sensibilité à toutes les couleurs du spectre lumineux. Elles étaient beaucoup plus sensibles au bleu clair qu'au rouge, ce qui fait que les étoiles rouges et autres objets à rayonnement rouge n'apparaissaient pas du tout sur les photos, alors que les étoiles bleu pâle moins lumineuses étaient prépondérantes. L'une des plus belles illustrations de ce problème aigu montre le mécanicien d'une locomotive à vapeur du XIXe siècle et un pompier posant fièrement à côté d'un engin. La porte du foyer est ouverte sur une chambre de combustion noir charbon, comme s'il n'y avait aucun brasier à l'intérieur. Toutefois, la jauge de pression de la chaudière indique un maximum de vapeur, ce qui signifie que la chaudière est chauffée à bloc. Depuis, de nouvelles émulsions plus sensibles au spectre lumineux en général, et à la lumière rouge en particulier, ont été mises au point. Les photographes ont ensuite adopté la pellicule, bande de plastique mince enduite d'émulsion, mais les astronomes sont demeurés fidèles aux plaques de verre, non par excès de purisme, mais plutôt parce que les plaques de verre avaient l'avantage de ne pas s'incurver ni de s'étirer, ce qui permettait la mesure précise des positions. La faible sensibilité des émulsions exigeait toutefois encore des heures d'exposition. Les astronomes ne pouvaient donc pas s'éclipser pour passer la nuit bien au chaud, car ils devaient demeurer au poste pour assurer une poursuite appropriée des objets observés durant toute la durée de l'exposition et éviter ainsi que les étoiles apparaissent comme des taches.

L'invention des ordinateurs et de la photographie numérique a créé une véritable révolution dans l'astrophotographie. Contrairement à la pellicule ou aux plaques photographiques, ces technologies permettaient de superposer plusieurs images. De cette façon, on peut prendre en rafale des images sur une période de deux heures à raison d'une exposition de quelques secondes ou moins chaque fois. Comme toutes les images sont prises très rapidement, on peut très bien se passer d'intervention humaine, un bon système de poursuite automatique suffit. À la fin de la période d'observation, il n'y a plus qu'à choisir les images les plus nettes et les plus claires et de les combiner pour obtenir le résultat voulu. C'est ainsi que sont produites les magnifiques images que l'on voit dans les revues et journaux d'astronomie. Même les astronomes amateurs peuvent réaliser des clichés qui feraient pâlir d'envie les astronomes professionnels d'il y a à peine quelques années. On peut rêver aux progrès qui seront réalisés dans l'imagerie astronomique d'ici cinq ans…

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

Tél. : 250-497-2300
Téléc. : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

Date de modification :