Feu d’artifice ou pétard mouillé

Ken Tapping, le 4 décembre 2013

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus est au ras de l'horizon au sud-ouest après le coucher du soleil.
  • Jupiter et Mars se lèvent à 19 h et à 1 h, respectivement.
  • Saturne et Mercure brillent bas dans le ciel avant l'aube.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 12 décembre.

La comète ISON vient tout juste de passer derrière le Soleil et devrait maintenant poursuivre sa trajectoire vers les confins du système solaire. En décembre, elle s'éloignera progressivement du halo aveuglant de notre étoile et se dévoilera au regard peu avant l'aube. Malheureusement, malgré toute l'encre que font couler les comètes qui passent à proximité de la Terre, nous ne savons pas encore si ISON sera digne du titre de « comète du siècle » et illuminera le ciel de tous ses feux ou si plutôt elle passera en catimini, faible lueur discernable uniquement avec le bon équipement, sur un ciel très noir, et encore, faudra-t-il savoir exactement où regarder, ou si on assistera à une situation mi-figue mi-raisin. Même si on peut calculer avec exactitude la trajectoire d'une comète, on ne peut l'observer tant qu'elle est éloignée du Soleil et nous sommes également incapables de prédire l'intensité avec laquelle elle brillera lorsqu'elle se réchauffera au voisinage du Soleil.

Grâce aux données relevées par des sondes spatiales, nous savons aujourd'hui de quoi sont composées les comètes. Le corps – ou noyau – est une masse de matière gris foncé de quelques kilomètres de diamètre qui peut être lisse ou crevassée. Il peut être de forme arrondie, ressembler à un tubercule ou à une cloche, un peu comme si deux objets vaguement sphériques s'étaient soudés l'un à l'autre. Il est formé de glace, de gaz et de substances chimiques organiques; en fait, sa composition ressemble beaucoup au mélange de glace fondue que l'on retrouve dans les rues des villes canadiennes à la fin de l'hiver. Ce qui fait la différence entre une comète spectaculaire comme la comète Hale-Bopp en 1995 ou un pétard mouillé comme la comète Kohoutek en 1973, c'est la proportion relative de ces éléments et leur distribution dans le noyau. Les deux comètes mentionnées avaient fait l'objet d'un battage médiatique alors qu'elles étaient encore très éloignées du Soleil. La première a répondu aux attentes, la seconde les a largement déçues.

Ces amas de matières sombres qui errent par millions dans le froid sidéral aux limites de notre système solaire sont en fait des reliquats de la formation de ce dernier. À l'occasion d'une collision ou d'une interaction avec le champ gravitationnel d'un autre objet, ces amas se détachent et se lancent sur une trajectoire vers le centre du notre système solaire, là où la Terre orbite. Au fur et à mesure qu'ils se rapprochent du Soleil, ils s'échauffent jusqu'au point où la glace et les autres matériaux volatils qui les composent commencent à se sublimer.

Contrairement à d'autres objets plus et gros et plus massifs comme la Terre et la Lune, les minuscules amas de matière que sont les comètes possèdent des champs gravitationnels trop faibles pour conserver leur intégrité structurelle, ce qui les rend friables et poreux. Lorsque le phénomène d'évaporation commence à l'intérieur du noyau, les vapeurs peuvent emprunter une multitude de canaux pour atteindre la surface et jaillir dans l'espace en projetant poussières et vapeur. La matière qui se trouve à la surface n'échappe pas à la désintégration. Comme la force de gravité est très faible, c'est surtout la glace qui maintient la structure du noyau. Lorsqu'elle fond en propulsant des jets de vapeur d'eau dans l'espace, le liant disparaît et le noyau se désagrège progressivement.

Au début, la matière désagrégée forme un nuage autour du noyau, qui réfléchit la lumière et rend la comète enfin visible aux astronomes. Plus la comète se rapproche du Soleil, plus sa vitesse d'évaporation et de désintégration s'accroît sous l'effet de la chaleur. À un certain point, le nuage de la comète est repoussé par le vent solaire et forme alors une queue qui peut atteindre des millions de kilomètres de long. C'est le moment de vérité pour la comète : si la quantité de poussière relâchée est suffisante, la queue de la comète sera brillante, sinon, elle sera beaucoup plus discrète. On ne peut toutefois prédire à partir des observations faites lorsque la comète est encore éloignée du Soleil si elle connaîtra un destin de diva ou non. C'est pour cette raison que la découverte d'une nouvelle comète suscite un battage médiatique qui n'est pas toujours justifié au bout du compte.

Ken Tapping est astronome à l'Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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