Vers l’inconnu

Ken Tapping, le 9 octobre 2013

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus et Saturne frôlent l’horizon à l’ouest après le crépuscule.
  • Jupiter apparaît vers minuit et Mars vers 3 h.
  • La Lune entrera dans son premier quartier le 11 octobre.

Cette année, la sonde spatiale Voyager 1, lancée en 1977, a finalement franchi les frontières de notre système solaire et circule désormais dans l’espace interstellaire. Depuis son lancement il y a 36 ans, elle a parcouru 11 milliards de kilomètres. Devant cet état de fait, une question s’impose : si l’espace est « vide » comment est-ce possible de se déplacer d’un espace à l’autre?

En fait, l’espace n’est pas vide. Bien au contraire, il est possible d’identifier avec précision certains de ses quartiers. À titre d’exemple, le champ magnétique de la Terre forme une bulle, laquelle nous protège des vents solaires et de la plupart des particules à haute énergie émanant du Soleil et d’ailleurs dans l’Univers. La vélocité des vents solaires est telle qu’au contact du champ magnétique de la Terre celui-ci prend la forme d’une larme. À l’intérieur de la bulle, nous nous trouvons dans « l’espace proche de la Terre », soit notre cour cosmique. C’est d’ailleurs là que se déroulent la plupart de nos activités spatiales et où se trouve la Station spatiale internationale. L’exploitation de cet espace, tout comme le fait d’y habiter et d’y travailler, comporte de nombreux défis et risques.

Le Soleil a également un champ magnétique, lequel s’étend avec les vents solaires au-delà des planètes, où il se bute au champ magnétique de la Voie lactée, notre galaxie. À l’intérieur de la bulle magnétique du Soleil, même si nous n’avons plus de protection contre les activités du Soleil, nous sommes toujours en grande partie protégés contre les rayons cosmiques, ces particules à haute énergie éjectées par notre galaxie. Nous aurions très bien pu nommer l’intérieur de la bulle magnétique du Soleil « espace solaire », mais le terme « espace interplanétaire » s’est imposé sous l’influence de décennies de science-fiction. La journée où Voyager 1 a quitté les champs magnétiques du Soleil et de la Voie lactée, la sonde est entrée dans « l’espace interstellaire ».

Si nous le comparons aux meilleurs vides que nous créons en laboratoire, l’espace est bel et bien vide. Si nous regardions par les hublots des navettes spatiales pendant que nous passons de l’espace proche de la Terre à l’espace interplanétaire puis à l’espace interstellaire, nous ne saurions faire la différence. Dans les faits, nous ne verrions que des étoiles et un Soleil de plus en plus lointains. Par contre, en mesurant les champs magnétiques ainsi que la vitesse et la nature des particules dans ces champs, il devient alors facile de déterminer dans quel espace nous nous trouvons.

En regardant les images obtenues avec des télescopes optiques et des radiotélescopes, nous pouvons avancer sans crainte de nous tromper que nous en savons beaucoup sur l’espace interstellaire. Il va également sans dire que nous en apprenons beaucoup sur les vastes nuages de gaz et de poussières se trouvant entre les étoiles. Cependant, ces nuages sont immenses et nous les voyons parce qu’ils renferment une quantité colossale de matériaux. Par contre, si nous pouvions envoyer un vaisseau spatial pourvu d’instruments dans l’un d’eux, il serait bien plus difficile de les détecter. En fait, nous en savons très peu sur les petits éléments se trouvant dans l’espace interstellaire.

C’est pourquoi l’exploration de Voyager 1 dans l’espace interstellaire est si excitante. Grâce à ses instruments, la sonde nous transmettra une kyrielle de données sur les petits éléments, les champs magnétiques, la densité des particules et ainsi de suite. Ce sera tout comme si nous y étions.

Il convient de rendre hommage aux ingénieurs et aux scientifiques qui ont construit un vaisseau spatial capable de fonctionner pendant 36 années dans un environnement hostile sans montrer de signes d’essoufflement. Certains font le projet d’envoyer un vaisseau spatial robot vers des étoiles voisines, ce qui signifie un voyage de quelques centaines d’années. Il va sans dire qu’il y a un engouement à cette perspective, mais rares sont les scientifiques qui aimeraient consacrer le travail d’une vie à concevoir et construire un tel vaisseau pour que la postérité en récolte les données.

Pour conclure sur une note un peu comique, certains d’entre vous se souviendront d’une scène dans l’un des films de Star Trek au cours de laquelle un des membres d’équipage d’un vaisseau klingon dit à un autre, en pointant du doigt une de nos vieilles sondes spatiales lancées dans les années 1970 : « Je parie que tu es incapable de tirer dessus! »

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

Tél. : 250-497-2300
Téléc. : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

Date de modification :