Planète en chantier

Ken Tapping, le 14 août 2013

Dans le ciel cette semaine…

  • Vénus brille bas dans le ciel à l’ouest après le coucher du soleil.
  • Saturne est visible au sud-ouest toute la nuit.
  • Mars et Jupiter se côtoient à l’aube, alors que Mercure s’observe plus bas dans le ciel.
  • La Lune atteindra son premier quartier le 14 août.

Ceux d’entre nous qui ont eu la chance de voir la pluie de météorites des Perséides cette année ont assisté sans le savoir à une autre étape dans la construction de notre planète. Les Perséides et les autres pluies de météorites, telles que les Léonides attendues la nuit du 16 au 17 novembre, sont des spectacles magnifiques. Il fut toutefois une époque où le façonnement des planètes était beaucoup plus intense; aujourd’hui encore, à de rares occasions, on assiste à un déchaînement des forces à l’œuvre.

Il y a environ 4,5 milliards d’années, un nuage tourbillonnant de gaz et de poussière cosmiques s’est effondré sur lui-même pour former un disque en rotation se contractant vers son centre. La matière au cœur du disque a formé le Soleil, tandis que les particules de poussière libres se sont amalgamées en granules. Ceux-ci ont continué à s’agglomérer jusqu’à donner naissance aux planètes qui constituent aujourd’hui notre système solaire. Il reste toutefois d’immenses quantités de poussière et d’agrégats de matière, dont certains atteignent des centaines de kilomètres de diamètre.

La plupart de ces amas de matière sont essentiellement constitués de glace. Lorsqu’ils entrent en collision avec un autre objet, ou pour d’autres raisons, ces amas sont parfois déviés sur une orbite qui passe près du Soleil, où la chaleur intense fait fondre et évaporer la glace, laissant derrière des traînées de poussière et de débris. Lorsque la Terre traverse ces nuages à des vitesses atteignant plusieurs dizaines de kilomètres par seconde, les particules pénètrent dans notre atmosphère où elles s’embrasent, créant des traînées lumineuses que nous appelons météores ou étoiles filantes. C’est ce phénomène qui est à l’origine des Perséides.

D’autres particules, aussi petites que des grains de poussière ou de taille plus importante, tournent autour du Soleil de manière indépendante. La Terre croise constamment ce type d’objet sur son parcours autour du Soleil, comme en témoignent les traits lumineux que l’on peut voir dans le ciel la nuit. Il existe donc un risque ténu que notre planète entre en collision avec un objet de plus grande taille, comme celui qui s’est écrasé en Russie il n’y a pas si longtemps.

Les traces de collisions entre la Terre et ces objets plus imposants s’observent un peu partout sur la planète. L’exemple le plus célèbre est le cratère Barringer, en Arizona, qui fait environ 1,5 kilomètre de diamètre sur près de 200 mètres de profondeur. Il a été creusé il y a quelque 50 000 ans par une météorite d’environ 50 mètres de diamètre et pesant quelque 270 000 tonnes, qui s’est écrasée au sol à une vitesse 20 kilomètres par seconde. L’énergie dégagée par la collision était comparable à l’explosion de 2,5 millions de tonnes de dynamite. Les cratères sont toutefois assez rares sur Terre, car ils subissent l’érosion des intempéries et finissent par être effacés par le processus de recyclage perpétuel de la surface de notre planète associé au mouvement des plaques tectoniques. Pour mieux comprendre le rôle des collisions dans le façonnement de la surface des planètes, il suffit de regarder la Lune. Notre satellite n’a ni plaque tectonique ni saison. Les seuls éléments qui modifient sa surface sont les collisions qu’il subit et les flots de lave générés par ces impacts. Armé d’un petit télescope, on peut voir le résultat de 4,5 milliards d’années de travaux de construction et démolition.

Au début, il y a eu de nombreux épisodes de bombardements importants, mettant en cause des objets interplanétaires de bonne dimension. Ce sont eux qui ont formé les grands cratères que l’on voit sur la Lune aujourd’hui, dont certains font des centaines de kilomètres de diamètre. Compte tenu de la taille de la Terre et de la force de gravité qui y est plus élevée, il est très probable que notre planète ait été bombardée de façon encore plus intense. Toutefois, ces anciens cratères gigantesques ont disparu depuis longtemps.

De nombreux objets de grande taille errent encore dans l’espace. Depuis l’apparition de la vie sur Terre, ces objets ont contribué à des extinctions massives qui ont anéanti chaque fois entre 50 % et 90 % des espèces vivantes. Dernièrement, en 1906, un astéroïde a pénétré dans l’atmosphère terrestre et a explosé au-dessus de la Sibérie, couchant les arbres sous son souffle à des milles à la ronde. S’il avait explosé au-dessus d’une ville, celle ci aurait été littéralement balayée par l’énergie dégagée. Notre planète est un chantier de construction en activité permanente.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.

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