À la recherche de la vie

Ken Tapping, le 31 juillet 2013

Dans le ciel, cette semaine…

  • Cherchez Vénus à l’ouest bas dans le ciel après le coucher du soleil.
  • Saturne est visible au sud-ouest toute la nuit. Mars et Jupiter se tiennent à proximité l’une de l’autre à l’aube, au-dessus de Mercure, qui se trouve plus bas dans le ciel.
  • La nouvelle Lune fera son apparition le 6 août.

Dans ma jeunesse, je me souviens d’avoir lu une histoire de science-fiction dans laquelle des explorateurs partis à la découverte de Mars faisaient la rencontre d’un extra-terrestre tout droit sorti du désert qui leur expliquait d’entrée de jeu que la vie sur cette planète était fondée sur le silicium. Pour ajouter à l’étrangeté des propos, ce premier contact se déroulait naturellement en anglais. Les premières formes de vie que nous découvrirons un jour dans l’Univers risquent fort d’être de simples bactéries ou des végétaux, voire des animaux rudimentaires. Ce sont encore aujourd’hui les formes de vie les plus courantes sur notre planète. Il est par ailleurs très peu probable qu’elles viennent à la rencontre des explorateurs, il faudra au contraire partir à leur recherche.

Sur Terre, rares sont les endroits totalement dénués de vie, même les milieux les plus inhospitaliers pour l’être humain, comme les eaux de source volcanique fortement minéralisées et les anfractuosités rocheuses à des kilomètres sous terre, sont habités. Dans les années 1960, la sonde Surveyor qui a atterri sur la Lune transportait des bactéries que les astronautes d’Apollo ont retrouvées bien vivantes des années plus tard. Elles avaient survécu sans atmosphère, à de grands écarts de température et à des seuils élevés de radiation. Il semblerait que dès que la vie réussit à atteindre un nouvel endroit elle déploie toutes ses énergies pour le coloniser.

Cet épisode est riche en enseignements pour les futures missions d’exploration spatiale. Tout d’abord, il faudra se rappeler que si les conditions sont le moindrement favorables, la vie va déployer tous les efforts possibles pour s’établir. Cela signifie qu’il nous faudra éviter de transporter des passagers clandestins lorsque nous débarquerons sur d’autres mondes. En d’autres mots, nos ambassadeurs devront être le plus stériles possible.

La capsule de la mission Apollo qui a atterri sur la Lune était un vaisseau d’une seule pièce. Pour sortir à la surface, les astronautes devaient enfiler leurs combinaisons à bord, puis faire le vide absolu à l’intérieur de la cabine avant d’ouvrir la porte pour se glisser à l’extérieur.

Comme tous les représentants du règne animal, les humains ne sont pas très propres. Les bactéries que nous transportons sur nous représentent d’ailleurs plus de la moitié de notre poids. Notre peau en est littéralement couverte et à chaque mouvement, nous semons autour de nous des bactéries, des cellules de peau mortes, des cheveux et des gouttes de sueur, sans compter ce que contient l’air que nous expirons. L’air à bord d’Apollo était saturé de ces contaminants, qui ont été relâchés sur la Lune. Les combinaisons des astronautes en étaient sans doute aussi couvertes. Nous ignorons le risque de contamination pour la Lune, mais nous savons qu’il en existe un. Dans le cas de Mars et d’autres mondes, le risque pourrait s’avérer beaucoup plus grave; la question retient d’ailleurs beaucoup l’attention des milieux scientifiques en ce moment.

À moins d’utiliser des engins spatiaux suffisamment grands pour transporter des systèmes de stérilisation capables d’éliminer les contaminants de l’équipement et des combinaisons spatiales, il faudra sans doute s’abstenir d’envoyer des missions habitées dans les premiers temps. Il pourrait en effet être préférable de s’en tenir aux robots jusqu’à ce que l’on sache de manière sûre comment éviter les risques de contamination indus, puisque l’on dispose de moyens suffisamment efficaces pour stériliser les instruments et les robots, mais ceux-ci tueraient sur le coup un être humain.

Il y a plusieurs années, l’auteur de science-fiction Arthur C. Clark a écrit une nouvelle au sujet de la première expédition habitée à se rendre sur Vénus. Après avoir rempli leur mission, les intrépides explorateurs ont balancé leurs déchets par-dessus bord. Les formes de vie rudimentaires qui peuplaient alors Vénus ont trouvé ces déchets et ont été contaminées par les bactéries terriennes qu’elles contenaient et rayées de la surface de la planète avant même que l’on découvre leur existence. Cela ne signifie pas qu’il ne faudra jamais envoyer de missions habitées dans l’Univers, mais seulement qu’il faudra prendre toutes les précautions nécessaires et se préparer en conséquence.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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